🎧 Claire Bannwarth : génie ou folie, sept mois après son opération ?
Sept mois après une lourde opération du pied, Claire Bannwarth vient d’enchaîner deux ultra-trails particulièrement exigeants en l’espace d’une semaine. Après sa deuxième place sur la X-Alpine, elle a encore terminé deuxième du 120 km de la Monte Rosa Walserwaeg.
Sportivement, la performance est exceptionnelle. Médicalement, elle interroge forcément.
Faut-il célébrer le retour spectaculaire de l’une des ultra-traileuses les plus endurantes de la planète ? Ou se demander si parcourir plus de 260 kilomètres et près de 18 000 mètres de dénivelé positif avec un tendon qu’elle décrit elle-même comme étant « en mousse » n’est pas une prise de risque complètement insensée ?
La réponse se trouve probablement quelque part entre les deux.
Claire Bannwarth a enchaîné deux ultras en seulement une semaine
Le premier acte de ce retour s’est déroulé sur la X-Alpine du Trail Verbier Saint-Bernard.
Une course de 140 kilomètres et 9 000 mètres de dénivelé positif, considérée comme l’une des épreuves les plus difficiles du circuit UTMB. Claire Bannwarth l’a terminée en 25 h 27 min 57 s, à la 20e place du classement général et à la deuxième place féminine.
Rien que cette performance aurait déjà suffi à valider son retour sur ultra après de longs mois de blessure.
Mais une semaine plus tard, la Française a repris le départ d’une autre épreuve démesurée : Les Sentiers des Valdôtains, le format long de la Monte Rosa Walserwaeg by UTMB.
Au programme : environ 120 kilomètres et plus de 8 000 mètres de dénivelé positif autour du massif du Mont-Rose.
Claire Bannwarth a bouclé cette deuxième course en 19 h 25 min 57 s. Elle termine 14e au classement général et deuxième femme, seulement 6 minutes et 18 secondes derrière l’Italienne Lisa Borzani. La troisième, Martina Klancnik Potrč, termine cinq minutes derrière elle.
En une semaine, Claire Bannwarth a donc parcouru environ 260 kilomètres et gravi près de 18 000 mètres de dénivelé positif.
Le tout sept mois seulement après une opération du pied.
« Deux 100 miles en une semaine, ce n’est absolument pas raisonnable »
La principale intéressée ne cherche d’ailleurs pas à faire passer cet enchaînement pour une décision parfaitement rationnelle.
Dans son compte rendu publié après la course, Claire Bannwarth reconnaît elle-même avoir longtemps hésité à prendre le départ.
« Deux 100 miles en une semaine à sept mois de l’opération, c’est absolument pas raisonnable. »
Avant la course, elle avait pris une précaution plutôt inhabituelle chez elle : ne faire aucun sport pendant toute la semaine. Pas de footing de récupération, pas de vélo, pas de marche sportive. Seulement du repos.
Le jeudi précédant le départ, elle ne ressentait plus d’irritation au niveau de son tendon. Tous les voyants lui semblaient donc au vert.
Son plan était simple : partir prudemment, arrêter immédiatement à la moindre alerte ou terminer la course en randonnée si son pied ne lui permettait plus de courir.
Sur le papier, cette stratégie ressemble à une forme de prudence.
Dans les faits, prendre le départ d’un ultra de 120 kilomètres une semaine après une X-Alpine reste tout sauf prudent.
Une opération bien réelle et une reconstruction encore récente
Il ne s’agit pas simplement d’une petite tendinite gérée avec quelques semaines de repos.
Claire Bannwarth a subi une opération de reconstruction de son pied plat. Six semaines après l’intervention, elle expliquait seulement pouvoir abandonner sa botte de protection. Elle reconnaissait encore récemment que, pour une personne suivant une récupération classique, sept mois correspondent davantage au moment où l’on recommence progressivement à courir qu’à celui où l’on enchaîne deux ultras.
Son retour a également été marqué par plusieurs alertes.
À la mi-juin, elle évoquait encore une lourde contracture alors qu’elle tentait de reprendre normalement le trail. Son tendon semblait tenir, mais l’ensemble de la chaîne musculaire restait fragilisé après dix-huit mois de blessure, de compensations et de rééducation.
C’est précisément ce contexte qui rend son enchaînement aussi impressionnant… et aussi difficile à considérer comme un exemple à suivre.
Génial, parce que son corps a tenu et qu’elle a retrouvé son niveau
Sur le plan sportif, il est difficile de minimiser ce que vient d’accomplir Claire Bannwarth.
Elle ne s’est pas contentée de terminer deux courses en marchant au fond du classement. Elle a obtenu deux deuxièmes places féminines sur deux épreuves de très haut niveau.
Sur la Monte Rosa Walserwaeg, son scénario de course a même été totalement contraire à celui qu’elle avait imaginé.
Après un départ compliqué sous la chaleur, elle a progressivement remonté le classement pendant la nuit. Au 80e kilomètre, elle a rejoint puis dépassé la première femme.
Elle a ensuite mené la course jusqu’au 114e kilomètre.
À cet instant, la prudence promise avant le départ avait manifestement disparu. Claire Bannwarth le reconnaît avec son humour habituel : au lieu de finir tranquillement en randonnée, elle a « cravaché comme un goret ».
Des ampoules particulièrement douloureuses ont transformé les vingt derniers kilomètres en calvaire. Lisa Borzani l’a finalement dépassée dans la dernière descente technique, mais Claire Bannwarth a réussi à conserver sa deuxième place.
Les trois premières femmes terminent en à peine plus de onze minutes.
Après dix-huit mois presque sans trail, parvenir à lutter pour une victoire sur une course aussi relevée tient de l’exploit.
Complètement débile, parce qu’une absence de douleur ne signifie pas une guérison totale
Le problème est que l’absence de douleur au départ ne garantit pas qu’une structure opérée est totalement consolidée.
Claire Bannwarth connaît évidemment son corps mieux que quiconque. Elle est également suivie médicalement et semble avoir fixé une règle claire : s’arrêter à la moindre douleur suspecte au niveau du tendon.
Mais l’ultra-trail possède une particularité : après plusieurs heures d’effort, les signaux envoyés par le corps deviennent beaucoup plus difficiles à interpréter.
La fatigue générale, les douleurs musculaires, les ampoules, les irritations et l’adrénaline de la compétition peuvent masquer ou relativiser une alerte qui aurait paru évidente lors d’un entraînement normal.
Lorsqu’une athlète reprend la tête d’une course au 80e kilomètre, il devient également beaucoup plus difficile de respecter la promesse d’abandonner au premier doute.
Le cerveau ne raisonne plus seulement en fonction de la santé du tendon. Il voit une victoire possible, un podium inattendu et le retour tant attendu après des mois de galère.
C’est humain. Mais c’est précisément à ce moment-là que la prise de risque augmente.
Claire Bannwarth a-t-elle été inconsciente ?
Oui, probablement un peu.
Faire deux ultras aussi difficiles en une semaine, sept mois après une reconstruction du pied et avec un tendon encore décrit comme fragile, n’est objectivement pas une reprise conventionnelle.
Claire Bannwarth le savait avant de partir. Elle ne prétend d’ailleurs jamais le contraire.
Mais elle n’est pas non plus partie sans réfléchir, uniquement portée par son goût du défi. Elle s’est reposée toute la semaine, a attendu la disparition complète de l’irritation et avait prévu de s’arrêter au moindre signal inquiétant.
Le problème, c’est que son talent et ses sensations lui ont permis de se retrouver en tête de la course. À partir de là, la randonnée prudente s’est transformée en bataille pour la victoire.
ATTENTION, ce qui fonctionne pour Claire Bannwarth ne doit surtout pas devenir un modèle
Il vient aussi de la manière dont cette performance peut être interprétée.
Sur les réseaux sociaux, les réactions sont presque unanimement admiratives : « la machine est de retour », « reprise incroyable », « Lapin Duracell is back » ou encore « manquer de raison mène à de grands exploits ».
Cette admiration est compréhensible.
Mais elle pourrait laisser penser qu’une blessure grave peut être surmontée en serrant les dents, en prenant le départ et en faisant confiance à son mental.
Or le parcours de Claire Bannwarth raconte exactement l’inverse.
Elle a passé près de dix-neuf mois à tenter différents traitements. Elle a connu les échecs, les rechutes, l’opération, l’immobilisation et une reprise extrêmement progressive. Elle a dû réapprendre à marcher puis à courir quelques minutes.
Son enchaînement n’est donc pas la preuve que le repos et la rééducation ne servent à rien.
Il est l’aboutissement de mois de soins, avec une prise de risque finale que seule Claire Bannwarth peut décider d’accepter pour elle-même.
Alors, génial ou complètement débile ?
Les deux.
Génial parce que Claire Bannwarth vient de prouver qu’elle n’avait rien perdu de ses capacités d’endurance, de sa résistance mentale et de son instinct de compétitrice.
Complètement fou parce que cet enchaînement aurait aussi pu ruiner des mois de reconstruction si son tendon avait de nouveau lâché.
Elle repart finalement avec deux podiums, des pieds en sang et, apparemment, aucune nouvelle douleur majeure au niveau de la zone opérée.
Cette fois, le pari a fonctionné.
Cela ne signifie pas qu’il était raisonnable. Cela signifie simplement que Claire Bannwarth a une nouvelle fois réussi quelque chose que presque personne d’autre n’aurait osé tenter.
Et c’est probablement la définition la plus fidèle du « Lapin Duracell ».
Lire aussi
- BRAVO : l’ultra-traileuse Claire Bannwarth termine deuxième d’un 140 km après deux années très difficiles
- Claire Bannwarth est encore blessée
- A peine de retour sur les sentiers, Claire Bannwarth se fait une cheville
- De quoi souffre la traileuse Claire Bannwarth ?
- Trail : pourquoi le programme 2026 de Claire Bannwarth pose question





