🎧 Quand la surexploitation du Mont Blanc finit par poser problème.
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Entre les records de vitesse et les premières mondiales, le plus haut sommet d’Europe a vu dĂ©filer beaucoup de performances ces derniers mois. Mais derrière la course aux chronos et aux records Ă battre, on se pose une question. Le Mont-Blanc n’est-il pas en train de devenir un sommet surexploitĂ©, avec une quĂŞte d’exploits qui ressemble parfois Ă de l’acharnement ? DĂ©sormais traquĂ© par les puces GPS et mis en scène sur les rĂ©seaux sociaux, le massif semble s’ĂŞtre transformĂ© en un terrain de jeu. Cet automne et ce printemps, les records se sont enchaĂ®nĂ©s Ă un rythme presque indĂ©cent.
Le printemps de tous les records sur le Mont-Blanc
Au cours des dernières semaines, le massif du Mont-Blanc prend presque des airs de pĂ©riphĂ©rique aux heures de pointe… mais en version ultra performance.
– Pas plus tard que hier, le Franco-Suisse Nicolas Lehmann rĂ©ussissait un dĂ©fi inĂ©dit et monumental, celui d’enchaĂ®ner quatre ascensions du sommet (4 808 m) en quatre jours consĂ©cutifs, par quatre itinĂ©raires diffĂ©rents.
– Quelques semaines plus tĂ´t, fin avril, ce sont les skieurs-alpinistes MathĂ©o Jacquemoud et Samuel Equy qui ont battu le record de l’aller-retour Ă ski depuis l’Ă©glise de Chamonix jusqu’au sommet du Mont-Blanc en 4h41.
– Puis dĂ©but mai, c’est Lorna Bonnel qui a battu ce mĂŞme FKT dans la catĂ©gorie fĂ©minine, en 6h52.
Ces exploits sont monumentaux, certes.
Mais Ă force de vouloir le gravir plus vite, plus souvent, et par tous les versants, on trouve que le sommet de l’Europe est surexploitĂ©.
L’Ă©thique contre la vulgarisation des FKT
Au milieu de cette course au record, ou au FKT (Fastest Known Time) et Ă la visibilitĂ© sur les rĂ©seaux, il faut tout de mĂŞme souligner que la performance de Nicolas Lehmann est plutĂ´t Ă©thique. En choisissant le mode « unsupported » (en autonomie totale), sans aucune assistance extĂ©rieure, sans Ă©quipe logistique pour l’aider ou lui tendre un gel Ă©nergĂ©tique Ă 4 000 mètres, l’athlète a tenu Ă garder l’esprit de l’alpinisme, celui d’être engagĂ© face aux Ă©lĂ©ments et respectueux de la montagne. Cette dĂ©marche est devenue rare Ă l’époque des projets parfois sur-assistĂ©s, et des coups de communication pensĂ©s pour les rĂ©seaux sociaux.
Lehmann a dĂ» s’adapter, modifier son tracĂ© initial sur la fin parce que la voie italienne Ă©tait trop dangereuse, et c’est lĂ toute la nuance. Face au Mont Blanc, et pour le respecter, il faut accepter les règles de la nature, et non pas vouloir la faire plier face Ă son calendrier de quĂŞte de record.
Le problème de cette mise en scène permanente du Mont-Blanc grimpĂ© en quelques heures, c’est qu’elle donne au public une illusion de facilitĂ©.
Vulgariser des performances extrĂŞmes pousse chaque Ă©tĂ© des pseudo-alpinistes en short-baskets Ă s’attaquer Ă l’ascension ou Ă tout autre dĂ©fi de ce genre, en sous estimant les risques les plus Ă©lĂ©mentaires. Ces dernières annĂ©es, les accidents sur le massif du Mont Blanc sont d’ailleurs de plus en plus nombreux.
Saint-Gervais contre la PrĂ©fecture – le Mont-Blanc au tribunal
Cette surconsommation a déjà transformé par le passé le sommet du Mont-Blanc en un véritable casse-tête politique et juridique, transformant parfois les sentiers enneigées en une arène administrative.
La Mairie de Saint-Gervais, plutôt adepte de durcir les lois, avait proposé de réclamer des cautions financières aux alpinistes (pour couvrir les frais de secours en cas de besoin) et même demandé une fermeture de certains refuges à la haute saison.
Le Maire expliquait que « les candidats se pressent pour gravir le Mont-Blanc et atteindre son sommet à n’importe quel prix ».
Mais de l’autre cotĂ©, la PrĂ©fecture et les dĂ©fenseurs d’une montagne libre d’accès essaient plutĂ´t de maintenir des quotas de frĂ©quentations.
Ce dialogue de sourds rĂ©curent entre la Mairie et la PrĂ©fecture montre Ă quel point le Mont-Blanc est sous tension rĂ©glementaire. On ne gère plus un espace sauvage, on gère des flux d’une usine touristique en haute altitude.
En rĂ©sumĂ©, la saison ne fait que commencer. Après les chasseurs de records du printemps, le massif accueillera Ă la fin du mois d’aoĂ»t la semaine mondiale du trail : l’UTMB.
Des dizaines de milliers de coureurs, de marques et de spectateurs vont Ă nouveau encercler et saturer le massif.
Alors, ne serait il pas temps de laisser le Mont-Blanc un peu tranquille ? Que le Mont-Blanc paye le prix de sa propre lĂ©gende, qu’il soit le lieu d’exploits purs comme celui de Lehmann, qu’il soit une destination phare pour les touristes amateurs de randonnĂ©e, ou le cĹ“ur d’une industrie du trail qui pèse des millions d’euros, on peut l’entendre.
Mais il devient en ce moment même le miroir grossissant de nos excès. Il serait peut être temps de stopper ces envies d’aller toujours plus loin, toujours plus vite, toujours plus haut…. Là où un peu de silence et de contemplation ne feraient pas de mal.
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Auteur : Marta, serre-file







