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🎧 Un lecteur nous reproche de consacrer trop d’articles à l’UTMB, à la 6000D, au Grand Raid Kiprun 3 Vallées et aux coureurs amateurs qui participent à ces grandes épreuves commerciales.
Selon lui, le trail serait aujourd’hui rempli de « canards boiteux » et de « blaireaux » qui ne seront jamais des Kilian Jornet, mais dont les blessures, les abandons et les difficultés seraient racontés en permanence par les médias spécialisés.
Son message nous vise donc directement. Pourquoi u-Trail accorde-t-il autant de place à ces événements commerciaux et à des participants anonymes qui ne jouent ni la victoire ni un record ? La formulation est brutale, mais les deux critiques qu’elle contient méritent une réponse.
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Courrier du lecteur : deux reproches adressés à u-Trail
Le message reçu ne critique pas seulement les coureurs engagés sur les grands ultras. Il remet d’abord en cause notre ligne éditoriale.
Selon ce lecteur, u-Trail participerait à la surexposition de courses devenues trop commerciales. L’UTMB, la 6000D ou le Grand Raid Kiprun 3 Vallées bénéficieraient déjà de partenaires puissants, de services de communication et d’une importante visibilité sur les réseaux sociaux. Un média spécialisé ne devrait donc pas, selon lui, leur offrir davantage d’espace.
Son second reproche concerne les participants. Il estime que beaucoup de coureurs amateurs se mettent excessivement en scène, racontent leurs douleurs, montrent leurs blessures et transforment leur participation en exploit personnel alors qu’ils resteront très loin du niveau des champions.
D’un côté, il dénonce donc les grandes courses commerciales et la place que nous leur accordons. De l’autre, il critique l’ego de certains amateurs qui utiliseraient ces événements pour se donner une importance qu’ils n’ont pas sportivement.
Le traitement médiatique des grandes courses commerciales ?
La première critique n’est pas totalement infondée.
À certaines périodes de l’année, l’actualité du trail semble tourner presque exclusivement autour des mêmes grands événements. L’UTMB occupe une place considérable pendant plusieurs semaines. La 6000D génère de nombreux sujets sur la météo, le matériel obligatoire, les favoris, les résultats ou les conditions de course. Le nouveau Grand Raid Kiprun 3 Vallées attire également l’attention avec son format de 170 kilomètres, ses sept courses et son partenaire majeur.
Ces organisations disposent d’importants moyens de communication. Elles publient des vidéos, organisent des directs, diffusent des communiqués et produisent en permanence de nouvelles informations.
En relayant cette actualité, les médias spécialisés contribuent nécessairement à leur visibilité. Il serait donc malhonnête de prétendre que nous ne participons pas, nous aussi, au spectacle construit autour de ces événements.
Parler d’une course ne signifie pas lui faire de la publicité
Nous assumons pourtant de traiter ces grandes courses lorsqu’elles font l’actualité.
Les ignorer parce qu’elles sont commerciales ne les ferait pas disparaître. Cela reviendrait surtout à abandonner leur traitement aux organisateurs, à leurs partenaires et à leurs services de communication.
Notre rôle n’est pas de recopier leurs communiqués ni de présenter chaque décision comme une avancée formidable. Nous pouvons parler d’une course tout en interrogeant son prix, ses contraintes, son matériel obligatoire, ses risques, ses contradictions ou son impact sur les pratiquants.
Une course commerciale peut également soulever de vrais sujets journalistiques. Une modification de parcours, une alerte canicule, un changement de barrière horaire ou un incident de sécurité concernent directement des milliers de participants et leurs proches.
Le fait que l’UTMB, la 6000D ou le Grand Raid Kiprun soient devenus de grandes machines économiques ne les rend donc pas inintéressants. Cela impose simplement de ne pas confondre information et promotion.
Les grandes courses ne doivent cependant pas résumer tout le trail
Nous entendons malgré tout la critique sur l’équilibre éditorial.
Lorsque plusieurs grands événements se déroulent au même moment, l’accumulation d’articles peut donner l’impression que le trail se résume aux ultras, aux marques et aux compétitions les plus médiatisées.
La réalité de la pratique est pourtant beaucoup plus large. Le trail se vit aussi sur des courses locales, lors de sorties sans dossard, sur des formats courts ou moyens et loin des caméras.
Notre responsabilité consiste donc à traiter les grands rendez-vous sans oublier l’entraînement, la santé, le matériel, l’environnement et le trail amateur.
Le trail amateur rempli de « canards boiteux » à l’ego démesuré
La seconde critique du lecteur est beaucoup plus sévère.
Selon lui, certains amateurs se prendraient trop au sérieux. Ils exposeraient leurs douleurs, leurs chutes, leurs abandons et leurs arrivées difficiles comme s’ils accomplissaient des performances comparables à celles des meilleurs traileurs du monde.
Il est vrai que les réseaux sociaux favorisent cette mise en scène. Une participation à un ultra peut donner lieu à des dizaines de publications : annonce de l’objectif, préparation, reconnaissance, matériel, suivi GPS, photos aux ravitaillements, récit de course et images des blessures après l’arrivée.
Certains coureurs finissent effectivement par présenter chaque difficulté comme une épopée. Une ampoule devient une blessure de guerre, un abandon une leçon de vie et une arrivée dans les profondeurs du classement un exploit présenté comme exceptionnel.
Cette autocélébration peut agacer, surtout lorsqu’elle s’accompagne de leçons données aux autres pratiquants.
La souffrance est devenue un élément du spectacle
Le lecteur touche également à une dérive réelle lorsqu’il critique l’exploitation de la souffrance.
Les chutes, les vomissements, les pieds abîmés, les coureurs qui vacillent et les arrivées en larmes produisent des images fortes. Les organisateurs, les marques, les influenceurs et parfois les médias savent qu’elles attirent l’attention.
L’amateur est alors présenté comme un héros simplement parce qu’il a continué malgré la douleur, sans que l’on se demande toujours s’il aurait été plus raisonnable de s’arrêter.
Cette glorification permanente de la souffrance peut entretenir une représentation dangereuse du trail : plus un coureur souffre, plus son aventure serait admirable.
Sur ce point, la critique mérite d’être entendue. Continuer blessé n’est pas toujours une preuve de courage. Abandonner peut aussi constituer une décision lucide.
Mais tous les amateurs ne se prennent pas pour Kilian Jornet
Le raisonnement devient toutefois injuste lorsqu’il consiste à réduire tous les participants à des « canards boiteux » en quête d’attention.
La majorité des coureurs engagés sur l’UTMB, la 6000D ou le Grand Raid Kiprun savent parfaitement qu’ils ne gagneront jamais. Ils ne prennent pas le départ parce qu’ils se croient capables de devenir Kilian Jornet.
Ils cherchent à finir, à respecter une barrière horaire, à dépasser une distance inconnue, à revenir après une blessure ou simplement à vivre une aventure préparée pendant plusieurs mois.
Personne ne reproche à un marathonien amateur de ne pas courir comme Eliud Kipchoge. Personne ne demande à un joueur de football du dimanche de posséder le niveau d’un international. Le sport amateur existe précisément parce que la pratique n’est pas réservée aux champions.
Un coureur lent ou blessé reste un coureur légitime
Le trail rassemble des profils très différents.
Certains participants sont rapides, expérimentés et parfaitement préparés. D’autres courent plus lentement, reprennent le sport, avancent avec des fragilités ou ont besoin de presque toute la barrière horaire pour terminer.
Une organisation fixe un règlement, des critères d’inscription et des barrières horaires. Dès lors qu’un participant respecte ces conditions, il possède autant de légitimité que les autres à prendre le départ.
Il est également impossible de juger le niveau réel d’un coureur à partir d’une image prise au mauvais moment. Sur un ultra-trail, même une élite peut boiter, vomir, s’effondrer ou connaître une défaillance.
La fatigue ne distingue pas toujours les champions des anonymes.
Notre avis : critiquer les ego, oui ; mépriser les amateurs, non
Oui, certains coureurs amateurs se mettent excessivement en scène.
Oui, les réseaux sociaux encouragent l’exagération, l’autocélébration et la transformation de chaque participation en aventure héroïque.
Oui, les grandes courses utilisent parfois les douleurs et les larmes de leurs participants pour renforcer leur propre récit.
Ces dérives méritent d’être critiquées. Mais elles ne justifient pas de mépriser l’ensemble du peloton.
Sans les coureurs amateurs, les bénévoles, les accompagnants et les familles, l’UTMB, la 6000D ou le Grand Raid Kiprun n’existeraient pas sous leur forme actuelle. Les élites apportent la performance sportive, mais les anonymes donnent à ces événements leur ampleur populaire et économique.
Le trail ne se limite pas à ceux qui gagnent. Il appartient aussi à ceux qui terminent au milieu du classement, à ceux qui arrivent juste avant la barrière horaire et à ceux qui doivent abandonner après avoir essayé.
On peut donc dénoncer les ego surdimensionnés sans considérer chaque coureur lent comme un imposteur. On peut critiquer les grandes machines commerciales tout en continuant à informer sur leurs courses. Et on peut admirer Kilian Jornet sans exiger que tous les participants lui ressemblent.
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