🎧 Hugo Clément part d’une idée simple : si l’être humain doit bouger, c’est parce qu’il a été pendant l’essentiel de son histoire un chasseur-cueilleur.
Si j’ai bien compris son raisonnement, nous serions donc faits pour courir, ou au moins pour fournir régulièrement de longs efforts, parce que nos ancêtres auraient passé leur vie à se déplacer, à chasser, à cueillir et à survivre dans un environnement beaucoup plus physique que le nôtre.
Sur le fond, personne ne contestera sérieusement que la sédentarité moderne pose un vrai problème. Passer huit heures par jour assis devant un écran, réduire ses déplacements au strict minimum et considérer le mouvement comme une option du week-end n’a rien d’idéal pour le corps humain. Là -dessus, Hugo Clément touche un point juste.
On n’en peut plus de l’argument di chasseur-cueilleur
Mais il y a un problème avec l’argument du chasseur-cueilleur : on n’en peut plus de le voir remis à toutes les sauces. Dès qu’il faut justifier le jeûne, la viande, le végétal, le minimalisme, le froid, le barefoot, le sport quotidien ou la course longue, quelqu’un ressort l’image de l’humain ancestral qui vivait dehors et bougeait tout le temps. Sauf que cette image est souvent beaucoup plus fantasmée que démontrée.
Les chasseurs-cueilleurs se déplaçaient, oui. Ils marchaient probablement beaucoup. Ils pouvaient courir dans certaines situations. Ils devaient porter, grimper, chercher, observer, suivre des traces, éviter des dangers, transporter de la nourriture ou changer de campement. Mais ils ne couraient sans doute pas 42 km sans s’arrêter pour faire un marathon, ni 170 km autour du Mont-Blanc avec un dossard, une montre GPS et des ravitaillements.
C’est précisément là que le raisonnement devient fragile. Dire que l’être humain est fait pour bouger est une chose. Dire qu’il est fait pour courir longtemps, souvent, et que le sport quotidien serait simplement un retour à notre nature profonde en est une autre. Entre le mouvement nécessaire à la survie et l’endurance sportive moderne, il y a une différence majeure.
Il faut donc reprendre point par point ce que dit Hugo Clément. Non pas pour nier les bienfaits de l’activité physique, mais pour montrer où son raisonnement glisse, où il mélange mouvement et sport, où il confond chasse-cueillette et entraînement moderne, et pourquoi l’argument du chasseur-cueilleur ne suffit pas à prouver que nous serions faits pour courir tous les jours.
À 0 min 12, Hugo Clément dit que nous sommes « déconnectés de la machine biologique qui est notre corps »
Dans sa vidéo, Hugo Clément affirme : « ça montre à quel point on est complètement déconnecté de la machine biologique qui est notre corps et des animaux que nous sommes ».
Son idée est simple : ceux qui mettent en garde contre l’excès de sport auraient oublié que l’être humain est d’abord un corps vivant, un animal, un organisme fait pour se mouvoir. Il oppose donc la prudence autour du sport à une forme de déconnexion moderne.
Il y a une part de vérité dans cette phrase. Nos modes de vie ont changé très vite. Beaucoup de personnes bougent trop peu. Le corps humain ne fonctionne pas idéalement lorsqu’il reste assis toute la journée.
Pourquoi Hugo Clément se trompe sur notre machine biologique
Le problème, c’est qu’il transforme une remarque juste sur la sédentarité en argument contre les alertes sur l’excès de sport.
Dire que le corps humain est fait pour bouger ne veut pas dire que toutes les pratiques sportives sont bonnes, ni que toutes les mises en garde sont absurdes. Un corps peut être conçu pour le mouvement et quand même souffrir d’un excès de charge, d’un manque de récupération, d’une blessure mal gérée ou d’une pratique compulsive.
Le vrai débat n’est donc pas : « faut-il bouger ou rester assis ? » Tout le monde sait qu’il vaut mieux bouger. Le vrai débat est : à partir de quel moment le sport devient-il excessif, mal dosé ou risqué ? En ramenant tout à une opposition entre nature et déconnexion moderne, Hugo Clément simplifie trop.
À 0 min 26, Hugo Clément dit que pendant « 290 000 ans », nous avons été des chasseurs-cueilleurs
Il affirme : « Nous, les Homo sapiens, on a à peu près trois cent mille ans, et sur ces trois cent mille ans d’existence, pendant deux cent quatre-vingt-dix mille ans, donc pendant la grande majorité de notre existence, on a été des chasseurs-cueilleurs, nomades ».
Son argument repose sur l’évolution. L’être humain aurait passé l’immense majorité de son histoire dans des sociétés de chasseurs-cueilleurs. La sédentarisation, l’agriculture et la ville seraient très récentes. Donc notre corps serait encore adapté à ce mode de vie ancien.
Là encore, le raisonnement semble logique. Il est vrai que la sédentarité agricole et industrielle est récente à l’échelle de l’histoire humaine. Il est aussi vrai que les modes de vie anciens impliquaient davantage de mouvement que nos journées modernes passées assis.
Pourquoi Hugo Clément se trompe en reprenant le sempiternel exemple des chasseurs-ceuilleurs
Il se trompe quand il fait de cette histoire évolutive une preuve directe que nous serions faits pour le sport quotidien, ou pour l’effort long moderne.
Les chasseurs-cueilleurs ne vivaient pas comme des marathoniens. Ils ne suivaient pas un plan d’entraînement. Ils ne faisaient pas une sortie longue le dimanche, du fractionné le mardi, du renforcement le jeudi et une course de cent kilomètres le week-end. Ils marchaient, portaient, grimpaient, cueillaient, observaient, attendaient, chassaient parfois, se reposaient aussi.
Leur activité était intégrée à la survie. Elle n’était pas une pratique sportive autonome. Le mouvement servait à se nourrir, se déplacer, se protéger, rejoindre un groupe ou exploiter un territoire. Ce n’est pas la même chose qu’un entraînement de course à pied ou de trail.
Utiliser les chasseurs-cueilleurs pour dire que l’être humain doit bouger est raisonnable. Les utiliser pour justifier le sport quotidien ou l’endurance répétée est beaucoup plus fragile.
À 0 min 32, Hugo Clément dit que les chasseurs-cueilleurs « passaient leur temps à se déplacer »
Il dit précisément que nos ancêtres étaient des chasseurs-cueilleurs « nomades, qui passaient leur temps à se déplacer ».
Cette phrase est centrale. Elle donne l’image d’humains en mouvement permanent, toujours en marche, toujours actifs, toujours en train de parcourir de longues distances.
Mais cette image est incomplète.
Pourquoi Hugo Clément se trompe car les chasseurs-cueilleurs ne couraient pas des 42 km non stop, ils faisaient des pauses
Les chasseurs-cueilleurs se déplaçaient, oui. Mais ils ne passaient pas littéralement tout leur temps à marcher ou à courir. Leur quotidien comportait aussi des temps longs d’arrêt, de préparation, de repos, de transformation des aliments, de fabrication d’outils, de soins aux enfants, de vie sociale, de transmission et d’observation.
Surtout, le déplacement n’était pas forcément intense. Une grande partie de l’activité physique humaine ancestrale relevait probablement de la marche, de la marche lente, du portage, des gestes répétés et de l’alternance d’efforts. Rien à voir avec l’imaginaire moderne du coureur qui accumule des kilomètres pour performer.
C’est là que la phrase pose problème pour le trail. Un ultra-traileur qui court cent kilomètres avec du dénivelé ne reproduit pas simplement la vie d’un chasseur-cueilleur. Il impose à son corps une contrainte sportive spécifique, avec des impacts, une fatigue musculaire, une dette de sommeil, un stress digestif et une recherche de performance.
Dire que nos ancêtres se déplaçaient beaucoup ne prouve donc pas que nous sommes faits pour courir longtemps, souvent, et sans risque.
À 0 min 48, Hugo Clément dit que notre corps « a évolué pour le mouvement »
Il affirme : « notre corps, il a évolué pendant des dizaines de milliers d’années pour le mouvement, et il est adapté au mouvement, pas à la sédentarité ».
Cette phrase est probablement la plus juste de sa vidéo. Le corps humain n’est pas fait pour rester immobile toute la journée. La marche, l’activité physique régulière, le renforcement musculaire et l’endurance raisonnable sont bénéfiques pour la santé.
Mais le mot important ici, c’est « mouvement ». Pas « sport intensif ». Pas « marathon ». Pas « ultra-trail ». Pas « entraînement quotidien soutenu ».
Pourquoi Hugo Clément se trompe en mettant mouvement et sport intensif au même niveau
Il se trompe parce qu’il glisse du mouvement vers le sport sans vraiment distinguer les deux.
Le mouvement, c’est marcher, monter des escaliers, jardiner, porter des charges, se lever souvent, se déplacer à pied, jouer, travailler physiquement, faire du vélo tranquille ou courir doucement.
Le sport, lui, implique souvent une intensité, un objectif, une répétition, une progression, une charge d’entraînement et parfois une logique de performance. Ce n’est pas la même chose.
Un corps adapté au mouvement peut très bien être fragilisé par un sport mal dosé. En course à pied, les blessures de surcharge existent. En trail, les descentes sollicitent fortement les quadriceps, les tendons, les articulations et le système nerveux. Sur ultra, la fatigue, le manque de sommeil, la déshydratation, les troubles digestifs et les microtraumatismes sont réels.
Donc oui, notre corps est fait pour bouger. Non, cela ne signifie pas qu’il est fait pour encaisser n’importe quelle dose de sport.
À 0 min 51, Hugo Clément dit que nous sommes faits pour « nous déplacer sur de longues distances »
Il dit : « On a un corps qui est fait pour bouger tous les jours, pour se déplacer sur de longues distances, pour fournir des efforts pendant de longues périodes, parfois de manière soutenue ».
Cette phrase parle directement aux coureurs. Elle ressemble presque à une justification biologique du marathon, du trail long ou de l’ultra-endurance. Elle suggère que les longues distances feraient partie de notre programme naturel.
Il est vrai que l’être humain possède des capacités d’endurance remarquables. Nous ne sommes pas les animaux les plus rapides, mais nous sommes capables de marcher longtemps, de courir longtemps à intensité modérée, de réguler notre température et d’enchaîner des efforts prolongés.
Pourquoi Hugo Clément se trompe en mettant sur le même plan capacité et norme
Il se trompe parce qu’une capacité ne devient pas automatiquement une norme.
L’être humain peut courir longtemps. Cela ne veut pas dire qu’il doit courir longtemps tout le temps. Il peut jeûner, mais cela ne veut pas dire qu’il doit jeûner en permanence. Il peut porter lourd, mais cela ne veut pas dire qu’il doit porter lourd tous les jours. Il peut survivre dans le froid, mais cela ne veut pas dire que le froid est toujours bon pour lui.
La capacité d’endurance humaine prouve une chose : notre espèce peut produire des efforts longs. Elle ne prouve pas que le marathon moderne, les ultras ou les entraînements quotidiens sont naturellement sans danger.
Dans le trail, cette nuance est fondamentale. Un corps peut être capable de finir une course de cent kilomètres et avoir besoin de plusieurs semaines pour récupérer. Un coureur peut terminer un ultra et ressortir avec des douleurs, une fatigue profonde, des troubles digestifs ou des signaux de surcharge. Le fait d’être capable ne signifie pas que l’effort est neutre.
À 1 min 33, Hugo Clément dit que faire de l’activité physique « tous les jours ou presque » devrait être normal
Il affirme : « faire de l’activité physique tous les jours, ou presque tous les jours, quelle que soit cette activité physique, ça devrait être la normalité ».
Cette phrase est plus prudente que d’autres, parce qu’il parle ici d’activité physique et pas seulement de sport. Si l’on comprend « activité physique » comme marcher, bouger, s’activer, jardiner, faire du vélo doux ou courir tranquillement, l’idée tient.
Bouger tous les jours devrait effectivement ĂŞtre plus normal que rester immobile.
Pourquoi Hugo Clément se trompe en confondant activité physique et sport
Il se trompe lorsqu’il enchaîne immédiatement avec l’idée que « faire du sport tous les jours » ne serait « pas un truc de fou ».
L’activité physique quotidienne, oui. Le sport quotidien, cela dépend. Le sport intense quotidien, encore plus.
Une personne peut marcher tous les jours sans problème. Elle peut aussi faire du renforcement doux, de la mobilité, du vélo tranquille ou des activités variées. Mais courir tous les jours, faire de la musculation lourde tous les jours, s’entraîner sans récupération ou enchaîner des séances dures n’a rien d’automatiquement sain.
Le corps progresse pendant la récupération autant que pendant l’effort. Les tendons, les muscles, les os, le système nerveux et le système hormonal ont besoin d’alternance. En trail, l’erreur classique consiste justement à croire que plus on en fait, mieux c’est. Or la progression vient souvent du bon dosage, pas de l’accumulation aveugle.
À 1 min 39, Hugo Clément dit que « ce n’est pas un truc de fou de faire du sport tous les jours »
Il dit : « C’est pas un truc de fou, en fait, de faire du sport tous les jours. C’est juste ce pourquoi on est fait ».
Cette phrase est la plus contestable, parce qu’elle transforme une recommandation générale de mouvement en affirmation très large sur le sport quotidien.
Elle peut être entendue comme une banalisation : si vous faites du sport tous les jours, vous ne faites que respecter votre nature. Ceux qui s’inquiètent exagèrent.
Pourquoi Hugo Clément se trompe en étant trop généraliste
Il se trompe parce que le sport quotidien n’a pas la même signification selon les personnes, les intensités et les contextes.
Faire 30 minutes de marche rapide chaque jour n’a rien à voir avec courir 15 kilomètres par jour. Faire un footing léger n’a rien à voir avec une séance de côtes, une sortie longue ou un bloc trail en montagne. Faire du yoga doux n’a rien à voir avec du fractionné, du crossfit ou une préparation marathon.
La phrase devient donc trop générale pour être juste. Elle peut même devenir problématique pour des personnes déjà fragiles, blessées, fatiguées, ou enfermées dans une relation compulsive au sport.
Dire que l’activité physique quotidienne est souhaitable est une chose. Dire que le sport quotidien est « ce pourquoi on est fait » en est une autre. Le corps humain est fait pour bouger, mais il est aussi fait pour récupérer, dormir, manger suffisamment, alterner les efforts et économiser son énergie.
À 1 min 44, Hugo Clément reconnaît qu’il faut respecter « la progressivité, la récupération, l’alimentation »
Il ajoute : « Alors évidemment, il y a des règles à respecter, la progressivité, la récupération, l’alimentation. Bien sûr, on peut se faire mal ou s’abîmer la santé si on fait trop de sport, d’un coup, n’importe comment ».
Cette précision est importante. Hugo Clément reconnaît lui-même que l’excès, la brutalité et le manque de méthode peuvent poser problème.
Sur ce passage, il nuance son propos. Il admet qu’il existe une manière dangereuse de pratiquer.
Pourquoi Hugo Clément se trompe quand même
Le problème, c’est que cette nuance arrive après un discours très affirmatif sur le fait que le corps serait fait pour le sport quotidien.
Or ce sont précisément ces règles qui changent tout. La progressivité, la récupération et l’alimentation ne sont pas des détails. Ce sont les conditions mêmes d’une pratique durable.
En course à pied, beaucoup de blessures viennent d’une augmentation trop rapide du volume, d’une intensité mal placée, d’un déficit de récupération ou d’un manque d’énergie disponible. En trail, cela se voit encore davantage parce que le dénivelé et les descentes ajoutent une contrainte mécanique.
Donc oui, Hugo Clément a raison de rappeler ces règles. Mais s’il faut les rappeler, c’est bien que le corps n’est pas simplement « fait pour ça » sans condition. Il est capable de s’adapter, mais seulement si on lui laisse le temps de s’adapter.
À 1 min 54, Hugo Clément dit que « le risque, ce n’est pas de faire trop d’activités physiques »
Il affirme : « Mais globalement, le risque, c’est pas de faire trop d’activités physiques. C’est l’inverse ».
À l’échelle de la population générale, cette phrase est compréhensible. La plupart des gens ne souffrent pas d’un excès de sport. Beaucoup souffrent plutôt d’un manque d’activité physique.
Mais le mot « globalement » ne doit pas effacer les situations individuelles.
Pourquoi Hugo Clément se trompe car les problèmes de santé et de santé mentale liés à la bigorexie existent réellement
Il se trompe s’il laisse entendre que l’excès d’activité physique serait un sujet secondaire ou presque imaginaire.
Pour une personne sédentaire, le risque principal est de ne pas assez bouger. Pour un sportif compulsif, un coureur blessé, un traileur qui enchaîne les ultras, une personne qui restreint son alimentation ou un athlète qui ne récupère jamais, le risque peut être exactement inverse.
Le même message ne s’applique pas de la même manière à tout le monde. Un discours de santé publique doit encourager les sédentaires à bouger, mais il ne doit pas invisibiliser les risques des pratiques excessives chez les sportifs.
Dans le trail, ce point est très concret. On connaît tous des coureurs qui continuent malgré une douleur, qui reprennent trop tôt, qui ajoutent du volume pour se rassurer, qui confondent fatigue et faiblesse, ou qui considèrent le repos comme un échec. Pour eux, dire que le vrai problème n’est jamais le trop de sport peut devenir contre-productif.
À 2 min 02, Hugo Clément se moque des alertes sur « l’addiction au sport »
Il cite des intervenants qui diraient : « Attention, l’addiction au sport, c’est très dangereux pour le cœur, c’est dangereux pour les articulations, alerte, alerte ! »
Puis il ajoute : « Franchement, les gars, il y a vraiment d’autres priorités en termes de santé publique que de faire peur aux gens sur faites pas trop de sport ».
Il vise ici les discours alarmistes qui pourraient décourager les gens de bouger. Sur ce point, on peut comprendre son agacement. Faire peur à une population déjà trop sédentaire peut être maladroit.
Pourquoi Hugo Clément se trompe encore sur la bigorexie
Il se trompe parce qu’il oppose deux problèmes qui peuvent coexister.
Oui, la sédentarité est un problème massif. Oui, il faut encourager l’activité physique. Mais non, cela ne rend pas inutile le discours sur l’addiction au sport, le surentraînement, les blessures ou les troubles alimentaires associés à certaines pratiques.
L’addiction au sport ne concerne pas tout le monde. Elle ne doit pas être utilisée pour culpabiliser les sportifs réguliers. Mais elle existe. Elle touche notamment des personnes qui ne parviennent plus à réduire leur pratique malgré la douleur, la fatigue, les conséquences sociales ou les signaux médicaux.
Dans l’endurance, ce sujet est particulièrement sensible. La frontière entre passion, discipline et compulsion peut parfois devenir floue. Un coureur qui panique à l’idée de manquer une séance, qui s’entraîne blessé, qui compense chaque repas ou qui ne supporte plus le repos n’est pas simplement quelqu’un dont « le corps est fait pour bouger ».
À 2 min 17, Hugo Clément dit que le terme « addiction au sport » est un « mot valise »
Il affirme : « même sur le terme addiction au sport, on met tout et n’importe quoi dans ce mot valise ».
Cette phrase contient une part de vérité. Le mot addiction est parfois utilisé trop vite. Aimer courir, avoir besoin de sortir, se sentir mieux après une séance ou organiser sa vie autour du sport ne signifie pas automatiquement être malade.
Beaucoup de coureurs ont simplement trouvé un équilibre. Pour certains, le sport aide à gérer le stress, à retrouver confiance, à mieux dormir, à sortir d’une période difficile ou à créer du lien social.
Pourquoi Hugo Clément se trompe
Il se trompe s’il utilise cette critique du « mot valise » pour minimiser le problème.
Le mauvais usage d’un terme ne prouve pas que le phénomène n’existe pas. Oui, il faut éviter de pathologiser tous les sportifs passionnés. Mais il faut aussi reconnaître que certains comportements sportifs deviennent problématiques.
La différence se joue souvent dans la liberté. Si le sport enrichit la vie, structure la semaine, améliore la santé et reste compatible avec le repos, il peut être très positif. Si le sport devient une obligation intérieure, une punition, une compensation, une fuite permanente ou une source d’angoisse dès qu’il manque, on change de registre.
Dans le trail, c’est important de le dire. La culture du dépassement est belle quand elle reste choisie. Elle devient dangereuse quand elle empêche d’écouter les signaux du corps.
À 2 min 37, Hugo Clément dit que c’est normal d’avoir envie de faire du sport car « notre corps est fait pour ça »
Il explique : « sur le sport en lui-même, l’activité physique en elle-même, c’est normal d’avoir envie d’en faire quand on commence à s’y mettre, parce que, encore une fois, notre corps est fait pour ça ».
Il veut ici défendre le plaisir du mouvement. Et il a raison sur un point : quand on commence à bouger régulièrement, le corps peut réclamer cette activité. On dort mieux, on respire mieux, on se sent plus stable, plus énergique, plus présent.
Le plaisir de courir ou de marcher n’est pas suspect en soi.
Pourquoi Hugo Clément se trompe parce que l’envie ne suffit pas à prouver que la pratique est toujours bonne.
On peut avoir envie de courir alors qu’on est fatigué. On peut avoir envie de s’entraîner alors qu’on devrait récupérer. On peut avoir envie de repartir trop tôt après une course. On peut même ressentir un besoin très fort de sport précisément parce qu’on ne sait plus gérer l’arrêt.
L’argument du « corps est fait pour ça » ne permet pas de distinguer une envie saine d’une compulsion. Or cette distinction est essentielle.
Un corps en bonne santé peut aimer le mouvement. Un corps épuisé peut aussi réclamer une séance pour retrouver une sensation de contrôle ou calmer l’anxiété. Dans les deux cas, l’envie existe. Mais elle ne signifie pas la même chose.
À 2 min 43, Hugo Clément dit que « nous sommes des singes » et que nous ne sommes pas faits pour rester immobiles
Il conclut : « On est juste des singes, on est des primates de la famille des grands singes, comme les chimpanzés, comme les gorilles, et on n’est pas fait pour rester immobile toute la journée ».
La formule est forte. Elle rappelle que l’être humain est un animal, pas seulement un travailleur assis devant un écran. Sur le fond, l’idée est utile : nous avons besoin de mouvement.
Mais l’exemple des grands singes ne prouve pas ce qu’il veut prouver.
Pourquoi Hugo Clément se trompe parce que justement les humains sont différents des singes
Les chimpanzés et les gorilles ne sont pas des marathoniens. Ils ne sont pas des modèles de course d’endurance. Les comparer à nous permet de rappeler notre appartenance aux primates, mais cela ne justifie pas le sport quotidien intense.
L’humain a des spécificités propres : la marche bipède, une bonne capacité de thermorégulation, une aptitude à l’endurance modérée. Mais ces spécificités ne veulent pas dire que l’on doit être « en permanence dans le mouvement », comme il le dit ensuite.
Aucun organisme vivant n’est fait pour être en permanence dans l’effort. Même les espèces très mobiles alternent activité et repos. Le repos n’est pas une anomalie moderne. C’est une fonction biologique fondamentale.
À 2 min 50, Hugo Clément dit que nous sommes faits pour être « en permanence dans le mouvement »
Il dit enfin : « On est fait pour bouger tous les jours, être en permanence dans le mouvement ».
La première partie est défendable : bouger tous les jours est souhaitable. La deuxième est beaucoup plus discutable : être en permanence dans le mouvement n’est pas un objectif biologique réaliste.
Pourquoi Hugo Clément se trompe
Il se trompe parce qu’un corps vivant n’est pas fait pour être constamment actif. Il est fait pour alterner.
Alterner le mouvement et le repos. L’effort et la récupération. La dépense et la recharge. La tension et le relâchement. La course et la marche. L’entraînement et l’assimilation.
C’est exactement ce que beaucoup de sportifs oublient. En trail, la performance ne vient pas seulement des kilomètres accumulés. Elle vient de la capacité à encaisser, assimiler, récupérer et repartir. Le repos n’est pas l’inverse de l’entraînement. Il en fait partie.
Dire que nous devons sortir de la sédentarité est juste. Dire que nous devons être en permanence dans le mouvement est excessif.
Voici une version harmonisée, sans rupture entre les deux conclusions, avec une montée logique et ton angle sur l’absence d’étude scientifique clairement citée.
En résumé, Hugo Clément a raison contre la sédentarité, mais tort sur les chasseurs-cueilleurs
Le débat ne doit pas être caricaturé. Hugo Clément ne dit pas qu’il faut courir un ultra tous les jours. Il rappelle même qu’il faut respecter la progressivité, la récupération et l’alimentation. Il a aussi raison de dire que la sédentarité est un problème beaucoup plus massif que l’excès de sport dans la population générale.
Le problème n’est donc pas de dire que l’être humain doit bouger. Sur ce point, il a raison : la sédentarité moderne est un vrai sujet de santé publique, et personne ne peut sérieusement défendre l’idée qu’un corps humain est fait pour rester assis toute la journée devant un écran.
Le problème, c’est le raccourci. Dans sa vidéo, Hugo Clément affirme que notre corps serait fait pour bouger, courir et fournir de longs efforts parce que nous avons été chasseurs-cueilleurs pendant l’essentiel de notre histoire. Mais sur quoi s’appuie-t-il précisément ? Quelle étude scientifique cite-t-il pour passer de « les chasseurs-cueilleurs se déplaçaient beaucoup » à « faire du sport tous les jours, c’est ce pourquoi nous sommes faits » ?
C’est là que son raisonnement devient fragile. Il ne suffit pas d’invoquer Homo sapiens, les grands singes, la chasse, la cueillette et les 290 000 ans d’évolution pour prouver que le corps moderne est fait pour encaisser n’importe quelle pratique sportive. Les chasseurs-cueilleurs marchaient, portaient, grimpaient, se déplaçaient, couraient parfois, mais rien ne permet d’affirmer qu’ils reproduisaient l’équivalent d’un marathon, d’un ultra-trail ou d’un entraînement quotidien structuré.
Les chasseurs-cueilleurs ne couraient pas 42 km pour faire un marathon. Ils ne couraient pas 170 km autour du Mont-Blanc avec un dossard, une montre GPS, un classement et des ravitaillements. Ils ne cherchaient pas un chrono, un record personnel ou une qualification. Ils marchaient beaucoup, se déplaçaient, portaient, cueillaient, chassaient parfois, mais ils économisaient aussi leur énergie.
Leur vie était active. Elle n’était pas sportive au sens moderne.
En réalité, Hugo Clément défend une idée juste avec un argument trop large. Oui, nous sommes faits pour bouger. Non, cela ne prouve pas que nous sommes faits pour courir longtemps, souvent, et encore moins sans tenir compte de la récupération, des blessures, de la fatigue ou des excès.
La vraie question n’est donc pas de savoir si le mouvement est bon pour la santé. La réponse est oui. La vraie question est de savoir jusqu’où on peut utiliser l’argument du chasseur-cueilleur pour justifier le sport moderne. Et sur ce point, il manque une démonstration solide. Sans étude précise, sans nuance entre marche, activité physique, entraînement, course longue et ultra-endurance, cet argument ressemble davantage à une formule séduisante qu’à une preuve scientifique.
Source
- https://www.facebook.com/reel/1384890456720702
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(0:00) Les gens qui disent, ouais, attention, trop de sport, c’est pas bon, (0:05) c’est dangereux pour la santĂ©, (0:06) une fois de temps en temps c’est bien, mais pas tous les jours… J’entends pas mal ça ces derniers temps dans la vie, mais (0:10) aussi dans les mĂ©dias, (0:12) et ça me fait un peu sourire, parce que ça montre Ă quel point on est complètement dĂ©connectĂ© de la machine biologique qui est notre corps (0:19) et des animaux que nous sommes. Nous, les Homo sapiens, on a Ă peu près 300 000 ans, et sur ces 300 000 ans d’existence, (0:26) pendant 290 000 ans, donc pendant la grande majoritĂ© de notre existence, (0:30) on a Ă©tĂ© des chasseurs-cueilleurs, (0:32) nomades, qui passaient leur temps Ă se dĂ©placer. En fait, Ă l’Ă©chelle de l’Ă©volution, ça fait très peu de temps qu’on s’est (0:37) sĂ©dentarisĂ©, qu’on a inventĂ© l’agriculture, qu’on a construit des villes, etc.
(0:40) et encore moins de temps qu’on vit de manière moderne, comme aujourd’hui. Donc notre corps, il a Ă©voluĂ© pendant des dizaines de milliers d’annĂ©es (0:48) pour le mouvement, et il est (0:51) adaptĂ© au mouvement, pas Ă la sĂ©dentaritĂ©. On a un corps qui est fait pour bouger tous les jours, pour se dĂ©placer sur de longues distances, (0:58) pour fournir des efforts pendant de longues pĂ©riodes, (1:01) parfois de manière soutenue.
Alors qu’aujourd’hui, on a l’impression que ce qui est (1:04) normal, c’est de passer huit heures par jour assis sur une chaise devant un ordinateur, (1:08) de passer la grande majoritĂ© de notre temps assis, immobile. Et ça, notre corps, en fait, il n’est pas fait pour ça. Donc ça gĂ©nère (1:15) tout un tas de problèmes de santĂ©, de l’obĂ©sitĂ©, du surpoids, des maladies cardiovasculaires, (1:20) certains types de cancers aussi, qui sont encouragĂ©s par la sĂ©dentaritĂ©, ou encore des troubles (1:25) psychologiques, comme des dĂ©pressions ou de l’anxiĂ©tĂ©.
Tout ça est très bien documentĂ© scientifiquement. A l’inverse, faire de l’activitĂ© physique (1:33) tous les jours, ou presque tous les jours, quelle que soit cette activitĂ© physique, ça devrait ĂŞtre la normalitĂ©. (1:39) C’est pas un truc de fou, en fait, de faire du sport tous les jours.
C’est juste ce pourquoi on est fait. Alors Ă©videmment, il y a (1:44) des règles Ă respecter, la progressivitĂ©, la rĂ©cupĂ©ration, l’alimentation. (1:49) Bien sĂ»r, on peut se faire mal ou s’abĂ®mer la santĂ© si on fait trop de sport, d’un coup, n’importe comment.
(1:54) Mais globalement, le risque, c’est pas de faire trop d’activitĂ©s physiques. (1:58) C’est l’inverse. Donc, quand j’entends sur certains plateaux tĂ©lĂ© des intervenants dire (2:02) « Attention, l’addiction au sport, c’est très dangereux pour le cĹ“ur, c’est dangereux pour les articulations, (2:08) alerte, alerte ! » (2:09) Franchement, les gars, (2:11) il y a vraiment d’autres prioritĂ©s en termes de santĂ© publique que de faire peur aux gens sur « faites pas trop de sport ». Et puis, (2:17) mĂŞme sur le terme « addiction au sport », on met tout et n’importe quoi dans ce mot valise.
(2:22) Effectivement, il peut y avoir une forme d’addiction Ă l’apparence. Il y a des gens qui (2:26) vont jusqu’Ă se faire du mal physiquement pour avoir un physique qui correspond aux critères qu’ils veulent atteindre. (2:33) Mais sur le sport en lui-mĂŞme, l’activitĂ© physique en elle-mĂŞme, c’est normal (2:37) d’avoir envie d’en faire quand on commence Ă s’y mettre, parce que, encore une fois, notre corps est fait pour ça.
(2:43) En fait, c’est pas très compliquĂ©. On est juste des singes, on est des primates de la famille des grands singes, comme les chimpanzĂ©s, comme les (2:49) gorilles, et on n’est pas fait pour rester immobile toute la journĂ©e. On est fait pour bouger tous les jours, ĂŞtre en permanence dans le mouvement.
(2:56) Et ça devrait ĂŞtre ça, la normalitĂ©, et pas l’inverse.





