C‘est presque un marronnier. Faut-il faire payer les secours en montagne aux imprudents ? Notre réponse est clairement NON. D’abord personne ne peut juger de l’imprudence d’un traileur, s’est-il volontairement retrouvé dans cette situation, ensuite certains usagres en danger n’appèleront pas les secours. Enfin, les secouristes sont là pour secourir. Mais développons.
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Dans un rapport récent, la Cour des Comptes évoque la possibilité de faire évoluer le modèle du secours en montagne vers un système partiellement payant. Une idée qui, sur le papier, peut sembler logique dans un contexte de maîtrise des dépenses publiques. Mais sur le terrain, et particulièrement dans l’univers du trail où l’engagement physique et l’exposition au risque sont réels, les conséquences pourraient être tout autres.
Derrière cette proposition, plusieurs acteurs du secours en montagne alertent déjà sur des effets potentiellement contre-productifs.
Au lieu de responsabiliser les pratiquants, faire payer les secours en montagne va créer en réalité plus de danger
Parce que cela peut retarder l’appel aux secours
C’est le premier risque, et sans doute le plus évident. Introduire une dimension financière dans le secours en montagne change profondément le comportement des pratiquants. Un traileur blessé, perdu ou en difficulté pourrait hésiter avant d’appeler les secours, par peur du coût.
Dans une pratique comme le trail, où l’on évolue souvent seul, loin des routes et parfois en conditions dégradées, le facteur temps est déterminant. Une intervention rapide permet de limiter les conséquences d’une chute, d’une hypothermie ou d’une déshydratation sévère. À l’inverse, attendre trop longtemps peut transformer un incident gérable en situation critique.
Le risque est donc clair : en voulant faire payer, on incite à retarder l’alerte. Et en montagne, ce genre d’hésitation peut coûter beaucoup plus cher que l’intervention elle-même.
Parce que cela crée une inégalité face au risque
Le trail est une pratique relativement accessible. Il suffit d’une paire de chaussures et d’un peu d’expérience pour s’engager sur les sentiers. Mais si le secours devient payant, cette accessibilité pourrait devenir illusoire.
Tous les pratiquants n’ont pas les mêmes moyens financiers. Certains pourront assumer un éventuel coût de secours, d’autres non. Cette réalité introduit une inégalité directe face au risque. Ceux qui ont les moyens continueront à s’engager, les autres devront prendre des décisions en fonction d’un critère financier.
Cela pose une question de fond : le secours en montagne doit-il dépendre du portefeuille de celui qui appelle ? Historiquement, en France, la réponse est non. Le modèle repose sur un principe de solidarité et de service public. Le remettre en cause, même partiellement, change profondément la philosophie du système.
Parce que cela fragilise le modèle actuel du secours
Aujourd’hui, le secours en montagne repose sur un maillage complexe et complémentaire entre plusieurs acteurs : PGHM, CRS montagne, pompiers. Ce système n’est pas parfait, mais il fonctionne, notamment grâce à une connaissance fine du terrain et à une coordination éprouvée.
La proposition de la Cour des Comptes ne se limite pas à la question du paiement. Elle évoque aussi une forme de rationalisation, voire d’unification du système. Sur le papier, cela peut sembler efficace. Dans la réalité, cela pourrait affaiblir les spécificités locales qui font la force du secours en montagne.
Des professionnels du secteur, comme d’anciens responsables du PGHM, mettent en garde contre une perte de cette “capacité montagne”, qui ne se limite pas aux interventions d’urgence mais irrigue l’ensemble du territoire. Le secours en montagne, ce n’est pas seulement intervenir, c’est aussi prévenir, connaître, anticiper.
Parce que cela ouvre la porte à une privatisation progressive
C’est sans doute le point le plus sensible. Rendre le secours payant, même partiellement, introduit une logique de marché dans un domaine qui en était jusqu’ici largement préservé.
Si certaines interventions deviennent facturées, la question de leur prise en charge se pose immédiatement. Assurances privées, prestations différenciées, services premium… Le risque est de voir émerger un système à plusieurs vitesses, où la qualité et la rapidité de l’intervention pourraient dépendre du niveau de couverture.
Ce scénario n’est pas une certitude, mais il est évoqué par plusieurs observateurs du secteur. Et il suffit de regarder d’autres domaines pour comprendre que ce type d’évolution peut être progressif, presque invisible au départ, avant de devenir structurel.
Parce que le trail est une pratique par nature exposée
Contrairement à d’autres activités sportives, le trail implique une prise de risque assumée. Terrain instable, météo changeante, isolement, fatigue… même les pratiquants expérimentés ne sont pas à l’abri d’un incident.
Faire payer les secours revient indirectement à pénaliser cette prise de risque. Or, elle fait partie intégrante de la discipline. Ce n’est pas une dérive, c’est sa nature même.
Le danger est donc de créer une forme d’autocensure chez les traileurs. Moins d’engagement, moins d’exploration, plus de prudence dictée par des considérations financières. À terme, cela pourrait modifier en profondeur la pratique elle-même.
Parce que le gain financier reste incertain
Enfin, un point rarement mis en avant mérite d’être souligné : l’efficacité économique de cette mesure n’est pas garantie.
Le coût administratif de la mise en place d’un système de facturation, les litiges, les assurances, les contestations… tout cela pourrait réduire, voire annuler, les gains attendus. Sans parler du fait que les secours en montagne représentent une part relativement marginale des dépenses publiques.
Autrement dit, le risque est de complexifier un système qui fonctionne, pour un bénéfice financier incertain, tout en créant des effets secondaires potentiellement dangereux.
En résumé, Lla proposition de la Cour des Comptes s’inscrit dans une logique budgétaire compréhensible. Mais appliquée au terrain du trail et de la montagne, elle soulève des enjeux bien plus larges que la simple question du coût.
Retarder les secours, créer des inégalités, fragiliser un modèle éprouvé, ouvrir la porte à une privatisation progressive… autant de signaux qui interrogent. Et qui, au final, pourraient aller à l’encontre de l’objectif initial.
Dans un sport où l’engagement est déjà élevé, ajouter une contrainte financière au moment le plus critique – celui où l’on a besoin d’aide – n’est peut-être pas la meilleure manière de renforcer la sécurité.
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