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Retour de Jornet à l’UTMB, le puriste rend les armes face au business
Il ne remet pas en cause le palmarès ni la carrière sportive de Kilian Jornet. Il analyse une séquence publique : des critiques assumées du modèle UTMB, puis un retour sur cette même course sans changement structurel majeur. Le sujet n’est pas l’homme, mais la cohérence entre parole et acte dans un trail devenu mondial, économique et ultra-médiatisé.
Chamonix tremble, Internet s’emballe. Les plans de course de nombreux athlètes sont en ce moment même d’être revus en prenant en compte l’information du jour. Vous n’êtes pas passé à côté : Kilian Jornet revient à l’UTMB en 2026 !
Émerveillement, suspens, enthousiasme, sur le plan sportif, on est déjà en ébullition. La dernière semaine d’août vient d’ailleurs déjà de connaître un surplus de réservation à Chamonix. Ca, c’est l’effet Kilian Jornet. Quand celui qui a presque inventé le trail moderne revient, forcément ça fait des étincelles. Le retour de Nadal à Roland Garros n’en ferait pas autant !
Sauf qu’il y a le sport. Et il y a l’homme, celui qui, régulièrement, à travers ses publications sur les réseaux sociaux, nous parle du sport business, des dérives actuelles, de son engagement écologique, sans même parler de la brouille avec l’UTMB depuis 2023. Et Kilian Jornet, auteur de toutes ces critiques, revient à l’UTMB. Cela pose question.
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Alpes, au-delà des limites
Kilian Jornet, c’est le retour du Messie sur l’UTMB
Entendons-nous bien, le retour de Kilian Jornet sur la course à référence dans le monde du trail est une aubaine.
En tant que spectateur de la course, ou web-spectateur, on est forcément ravi de voir revenir le champion incontesté, le GOAT. Et si lui revient, qui plus est dans un enchaînement de folie entre Western States, Sierre-Zinal et UTMB, il ne va pas revenir tout seul. On peut facilement penser que nombre d’athlètes vont vouloir se positionner sur la même ligne de départ.
Car si Jornet revient, lui 4 fois vainqueur de la course de quartier, sa première place n’est plus assurée. Il arrive aujourd’hui à l’âge de 38 ans, et a surtout concentré ses performances ces dernières années sur des engagements de longue durée. Alpine Connections et States of Elevation n’ont finalement pas grand chose à voir avec un trail classique en 100M et 10 000 D+.
La liste des favoris de l’UTMB 2026 va s’étoffer
Ca, c’est déjà la promesse d’un spectacle grandiose. Car les 38 ans de Kilian Jornet ne peuvent pas se comparer à un âge chez un autre coureur, il a prouvé de maintes fois qu’il était unique.
Pourquoi Kilian Jornet revient sur l’UTMB en 2026
Nous, que Killian revienne, on adore. Mais pourquoi ? Pourquoi faire ça ?
Si vous suivez Kilian Jornet sur les réseaux sociaux, vous avez le droit de façon plus ou moins régulière à ses leçons de morale. Depuis la brouille de 2024, le naming Dacia et la lettre conjointe avec Zach Miller, Jornet déplore le trail business, le coût de plus en plus exorbitant du dossard, la course aux Running Stones partout en Europe.
On a envie de lui dire merci tant l’UTMB est effectivement coûteux. Quand même une collection de 20 Running Stones ne vous assure pas d’une place, on ne peut qu’être d’accord avec lui.
Sauf que ce retour est difficile à comprendre !
L’UTMB est toujours cette usine à fric, ou disons le de façon plus diplomatique, cette entreprise florissante profitant de l’engouement collectif envers le trail pour ne sélectionner que les clients CSP+. Certes, le naming avec Dacia est terminé, mais l’UTMB est toujours propriété du groupe Iron man, on court toujours après des dossards exorbitants et la semaine UTMB de Chamonix ressemble plus à une foire commerciale qu’à une course sportive.
Comment Jornet justifie son retour sur l’UTMB
Jornet vilipendait l’UTMB il y a encore peu. Et il revint sans que les choses n’aient changé. Dans son post sur les réseaux, il dit d’ailleurs lui-même que les désaccords existent toujours :
“Bien que nous ne soyons pas toujours d’accord sur tout, nous sommes alignés sur ce qui compte, vers un avenir meilleur pour le sport que nous aimons.”
Ca, c’est lui qui le dit, et il revient quand même. Il finit par donner raison à tout ce qu’il critiquait il y a encore peu.
Ses engagements écolos sont aussi mis à mal. Celui qui promeut un mode de vie responsable n’hésite pas à traverser l’Atlantique 2 fois en 2025 en avion pour ses courses. Comme athlète international, ça s’entend. Comme donneur de leçon, peut-être un peu moins. Là encore, pour se dédouaner, il joue la carte de celui qui veut bien faire, mais s’adapte à ses propres contraintes. On aurait envie de le croire.
Sauf que revenir à l’UTMB, c’est à nouveau légitimer une organisation dont l’empreinte carbone induite est monstrueuse. On ne parle pas de celle de l’organisation, ou de celle que compense le groupe. Non, on parle de celle de ces milliers de coureurs qui se déplacent partout en Europe pour cumuler les indispensables running stone. Et ce n’est pas le bonus mobilité mis en place pour ceux qui font attention à leur mode de transport pour venir à Chamonix qui a convaincu Jornet.
Pourquoi ce revirement ?
Kilian Jornet serait une girouette, un homme sans convictions, capable de nous dire d’être écolo sans l’être ? C’est plus compliqué que cela. Le retour de Jornet alimente vraisemblablement une vision un peu plus structurée.
Le retour de Jornet est nnormal
Mais si la marque est connue, elle n’a pas encore l’envergure des plus grands spécialistes du circuit.
Et si la présence de Jornet était surtout un moyen de faire un coup de pub énorme à la marque ? Lorsque Jornet parcourt les USA de long en large, la visibilité de la marque auprès des coureurs n’a rien à voir avec une présence forte sur la course de référence. Peut-être que le retour de Jornet a d’abord été guidé par le comptable de NNormal, allez savoir !
Pour changer les choses de l’intérieur
Et si Jornet pensait pouvoir faire bouger les choses de l’intérieur ? Les mesures écologiques de l’UTMB restent de façade, pour ne pas parler de greenwhasing et lui-même n’est pas dupe. Mais peut-être se dit-il que de revenir dans la course, au sens propre du terme, serait une façon de faire entendre de façon plus audible ses engagements écologiques ? Si quitter l’UTMB n’a pas eu grand effet en 2024, y revenir fera l‘effet inverse ?
Dans la continuité de cette idée, peut-être rêve-t-il de faire rentrer l’UTMB dans son programme Green Trail Concept ? Il s’agit d’une initiative qui consiste à mettre en valeur les trails les plus engagés sur le plan écologique. En tout cas, cette organisation sera sûrement mise en valeur.
En résumé c’est peut-être tout simplement la crise de la quarantaine
Et si Jornet enchaînait Western States, Sierre-Zinal et UTMB parce que c’est là qu’il se sent le mieux ? Ces courses, il les connaît, il les maîtrise, il en a écrit l’histoire. Alors qu’il pense forcément à la fin de sa carrière avec dossard, peut-être avait-il simplement envie de se challenger une dernière fois ? Après avoir gagné tous les titres possibles, tout poser sur la table est courageux, et démontre un esprit sportif qui ne l’a jamais quitté.
Alors oui, on peut disserter longtemps sur le retour de Jornet au sein de l’UTMB. On peut même aller déjà mettre 100 balles sur sa victoire le samedi 29 août entre 13h00 et 14h00, ou sur le fait qu’il nous fera une Courtney, voire hors du Top 10. Mais qu’importe tout ça, on ne va tout de même pas bouder notre plaisir de revoir Kiki parmi le commun des mortels !
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