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🎧 Jean-Marc Peillex critique depuis plusieurs années le gigantisme de l’UTMB, la fréquentation du massif du Mont-Blanc et l’évolution d’un événement qu’il juge devenu trop important.
Pourtant, à Saint-Gervais, le discours prend une tonalité très différente : à l’occasion de l’UTMB 2026, la commune invite officiellement le public à « venir nombreux » encourager les coureurs et profiter des animations.
De quoi faire naître une question, forcément provocatrice : le problème est-il vraiment la taille prise par l’UTMB, ou plutôt le fait que le cœur de la fête, de l’exposition médiatique et d’une grande partie de l’activité économique se trouve à Chamonix ?
Il s’agit ici d’une interrogation éditoriale. Rien ne permet d’affirmer que Jean-Marc Peillex agirait par jalousie ou pour des intérêts économiques personnels. En revanche, la différence entre ses déclarations critiques et la politique d’accueil menée à Saint-Gervais mérite d’être examinée.
Jean-Marc Peillex critique depuis longtemps le gigantisme de l’UTMB
Le maire de Saint-Gervais n’a jamais caché ses réserves sur l’évolution de l’UTMB.
En 2022, dans un entretien accordé à 20 Minutes, il dénonçait déjà l’ampleur prise par l’événement et lançait cette formule : « À un moment il faut que ça s’arrête. »
Trois ans plus tard, en septembre 2025, son discours restait particulièrement sévère. Dans une séquence diffusée par TVMountain, Jean-Marc Peillex estimait que l’UTMB était arrivé « au bout du bout » et évoquait une « grande fiesta urbaine ».
Il allait même plus loin en prédisant qu’un jour une commune pourrait finir par opposer un refus à l’organisation : « Un jour il y aura quelqu’un qui leur dira non. »
Pris isolément, le message paraît clair : l’UTMB serait devenu trop gros, trop festif, trop envahissant.
En 2026, Saint-Gervais demande pourtant au public de « venir nombreux »
À Saint-Gervais, la manière de présenter l’UTMB est nettement plus accueillante.
La commune reste un passage majeur de la course et accueille notamment un ravitaillement de l’UTMB. Pour l’édition 2026, son site officiel invite directement les spectateurs à participer à l’ambiance :
« Venez nombreux encourager nos coureurs Saint-Gervolains et profiter d’animations musicales festives dans le centre de Saint-Gervais ! »
La municipalité annonce également des dispositifs destinés à faciliter l’accès du public : transports, navettes, stationnement et animations.
Il n’y a rien d’anormal à cela. Saint-Gervais est une commune directement concernée par l’UTMB et peut parfaitement souhaiter valoriser le passage de la course.
Mais lorsque ces initiatives sont rapprochées des critiques répétées contre le gigantisme de l’événement, le contraste devient difficile à ignorer.
L’UTMB est-il surtout trop gros lorsqu’il est à Chamonix ?
C’est là que le sujet devient plus intéressant qu’une simple querelle de personnes.
Le centre de gravité de l’UTMB reste Chamonix. C’est là que se concentrent le départ et l’arrivée de la course reine, les grandes images télévisées, les sponsors, les animations, le salon du trail et une grande partie de l’exposition médiatique internationale.
Saint-Gervais bénéficie du passage de l’épreuve, mais n’occupe évidemment pas la même place dans le dispositif.
Dès lors, une question peut être posée sans prétendre connaître les motivations personnelles de Jean-Marc Peillex : ses critiques seraient-elles aussi virulentes si Saint-Gervais occupait la place centrale aujourd’hui tenue par Chamonix ?
Personne ne peut répondre à sa place.
Mais le contraste entre les deux situations autorise au moins le débat.
Les nuisances à Chamonix, les retombées à Saint-Gervais ?
Les communes du massif ne vivent pas toutes l’UTMB de la même manière.
Chamonix concentre une part importante des visiteurs, des accompagnants, des médias et des animations pendant toute la semaine. C’est aussi là que les critiques sur la saturation, les déplacements et la pression touristique sont les plus visibles.
À Saint-Gervais, le passage de la course est plus ponctuel et peut être présenté comme un moment d’animation locale.
Cela peut expliquer une partie des différences de discours sans qu’il soit nécessaire d’y voir une contradiction volontaire.
Mais cela pose tout de même une question politique classique : jusqu’où une commune peut-elle critiquer la fréquentation générée par un événement tout en cherchant à bénéficier de ses retombées lorsqu’il traverse son territoire ?
L’UTMB met cette tension en pleine lumière.
Saint-Gervais développe aussi son offre touristique dédiée aux sportifs
Le contraste est encore plus visible lorsqu’on observe les investissements touristiques réalisés dans la commune.
Le 4 juin 2026, Jean-Marc Peillex participait à la cérémonie de lancement d’un nouvel hôtel quatre étoiles d’environ 4 000 m² et 250 lits à Saint-Gervais. Le projet vise notamment une clientèle sportive et outdoor, avec des espaces consacrés au trail, au vélo et aux activités de montagne.
Une nouvelle fois, développer cette économie n’a rien d’incohérent en soi. Saint-Gervais est une station de montagne et son activité dépend largement du tourisme.
Le paradoxe apparaît plutôt dans le discours général : la fréquentation des pratiquants outdoor est présentée comme problématique lorsqu’elle devient trop importante, tandis que de nouvelles infrastructures continuent d’être créées pour accueillir cette même clientèle.
Ce paradoxe ne concerne d’ailleurs pas uniquement Jean-Marc Peillex. Il traverse une grande partie des territoires alpins, tiraillés entre protection du massif et dépendance économique au tourisme.
D’autres communes ont choisi une réponse plus restrictive
La comparaison avec Trient est intéressante.
La commune suisse reste traversée par l’UTMB et la CCC mais a choisi de réduire certaines conséquences de l’événement. L’assistance extérieure y est supprimée et le stationnement lié aux courses davantage encadré.
L’UTMB continue donc de passer, mais avec des restrictions concrètes destinées à limiter les flux autour de l’épreuve.
C’est une autre manière de gérer le même problème : conserver la course tout en agissant directement sur ses impacts.
À Saint-Gervais, pour l’instant, le choix paraît différent : critiquer certaines dérives de l’UTMB tout en organisant un accueil festif lors de son passage.
Plus qu’une affaire de jalousie, une contradiction politique
Il serait tentant de réduire cette histoire à une rivalité entre Saint-Gervais et Chamonix. Ce serait séduisant, mais impossible à établir sérieusement avec les seuls éléments publics disponibles.
Rien ne permet notamment d’affirmer que Jean-Marc Peillex serait « jaloux » de Chamonix ou qu’il prendrait ses positions pour récupérer davantage de retombées économiques.
En revanche, les faits permettent de soulever une question plus solide.
Pourquoi dénoncer aussi fortement le gigantisme de l’UTMB tout en appelant soi-même le public à venir nombreux lorsque la course traverse sa commune ?
La réponse peut être le pragmatisme d’un maire, obligé de concilier économie touristique, vie locale et protection de la montagne.
Elle peut aussi révéler une contradiction plus profonde : tout le monde souhaite maîtriser la fréquentation du massif, mais beaucoup de communes continuent logiquement à vouloir profiter des visiteurs lorsqu’ils arrivent chez elles.
En résumé, Jean-Marc Peillex est le symbole d’un problème qui dépasse largement Saint-Gervais.
L’UTMB est régulièrement accusé d’être devenu trop gros. Pourtant, son passage reste recherché, ses coureurs sont célébrés et son public est invité à consommer, dormir et participer à la vie des communes traversées.
On peut donc critiquer la démesure de l’événement et continuer à souhaiter sa présence. Les deux positions ne sont pas nécessairement incompatibles.
Mais lorsqu’on réclame moins de monde autour du Mont-Blanc tout en invitant officiellement les spectateurs à « venir nombreux » chez soi, il devient difficile d’éviter une question.
Et si le vrai problème de l’UTMB n’était pas seulement sa taille, mais aussi l’endroit où se concentrent la fête, la visibilité et les retombées ?
Source
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