Un an après avoir abandonné à mi-course, la traileuse américaine Courtney Daualter revient sur l’un des ultras les plus extrêmes au monde avec une idée en tête : aller au bout
Il y a des courses que l’on gagne. Et il y a celles qui vous restent en travers. Pour Courtney Dauwalter, la Cocodona 250 fait clairement partie de la deuxième catégorie. En 2025, alors qu’elle était en train de livrer une performance hors norme, capable de la placer en tête du classement général face aux hommes, l’Américaine avait dû abandonner au km 174, laissant derrière elle une impression étrange, mélange de domination et de frustration.
Courtney Dauwalter sera sur la Cocodona 250 le 4 mai 2026
Un an plus tard, elle n’a pas tourné la page. Elle a décidé de la réécrire.
Le 4 mai prochain, à 5 h du matin en Arizona, elle sera de nouveau au départ de cette épreuve hors normes, longue de 450 km et cumulant plus de 12 000 mètres de dénivelé positif. Une distance qui ne se court pas vraiment, mais qui se traverse, se gère, se subit parfois. Et surtout, une course qui ne pardonne rien.
Une blessure sportive encore ouverte
L’abandon de 2025 n’a jamais été totalement expliqué dans le détail, mais le contexte, lui, ne laisse guère de place au doute. Cette édition avait été rendue particulièrement difficile par des conditions météorologiques extrêmes, entre pluie persistante, froid en altitude et portions devenues quasi impraticables à cause de la boue. Dans ce chaos, Courtney Dauwalter avait pourtant choisi d’attaquer fort, imprimant un rythme impressionnant dès les premières heures.
Pendant un temps, elle avait même pris la tête du classement général, hommes et femmes confondus, avec des projections de chrono qui faisaient déjà parler d’exploit historique. Mais sur une course de cette durée, la moindre erreur de gestion finit toujours par se payer. Le corps, aussi solide soit-il, impose ses limites. Et ce jour-là, il a dit stop.
Ce type d’abandon ne s’oublie pas facilement. Parce qu’il ne remet pas en cause le niveau de performance, mais plutôt la capacité à tenir dans la durée. Et dans l’ultra-trail, c’est précisément là que tout se joue.
Une approche plus collective pour une aventure solitaire
Pour cette nouvelle tentative, Courtney Dauwalter n’a pas radicalement changé de philosophie, mais elle a clairement ajusté certains paramètres. L’un des plus visibles est la présence de Marianne Hogan à ses côtés en tant que pacer sur certaines sections de la course.
Dans l’imaginaire collectif, le pacer pourrait apparaître comme une aide physique. En réalité, son rôle est bien plus subtil et encadré. Il ne porte rien, ne soulage pas l’effort, mais accompagne, encourage, structure le rythme et, surtout, maintient le lien avec la réalité lorsque la fatigue commence à altérer la lucidité.
Sur une épreuve comme la Cocodona 250, où les coureurs peuvent traverser plusieurs nuits sans véritable sommeil, les hallucinations et les pertes de repères font partie du paysage. Courtney Dauwalter elle-même en joue avec humour, évoquant déjà ses « amis imaginaires » ou ses micro-siestes planifiées à la minute près. Mais derrière cette légèreté se cache une réalité bien connue des ultra-traileurs : le mental devient progressivement le facteur déterminant.
Dans ce contexte, la présence d’un pacer expérimenté comme Marianne Hogan n’est pas un détail. C’est un levier stratégique.
Ce retour sur la Cocodona pose une question centrale, presque philosophique dans le monde de l’ultra : faut-il courir vite, ou durer longtemps ?
En 2025, Courtney Dauwalter avait fait le choix — assumé — de l’intensité. Une stratégie spectaculaire, qui a failli payer, mais qui a aussi montré ses limites sur un format aussi extrême. En 2026, tout laisse penser qu’elle abordera la course avec davantage de retenue, sans pour autant renier son style offensif.
Car l’expérience joue un rôle clé sur ce type d’épreuve. Connaître le parcours, anticiper les moments de creux, mieux gérer le sommeil, adapter son alimentation, accepter de ralentir quand il le faut… autant d’éléments qui peuvent faire la différence entre un abandon et une arrivée.
Et dans cette logique, l’objectif semble évoluer. Il ne s’agit plus uniquement de marquer l’histoire par une performance brute, mais de construire une course complète, cohérente, maîtrisée.
En résumé, la Cocodona 250 n’est pas seulement une compétition. C’est une expérience totale, où la performance sportive se mêle à une forme d’exploration personnelle.
Les paysages de l’Arizona, entre désert, montagnes et longues sections isolées, imposent une confrontation directe avec soi-même.
Dans cet environnement, les repères classiques du trail disparaissent progressivement. Les écarts se creusent moins sur la vitesse que sur la capacité à encaisser, à continuer, à avancer malgré la fatigue accumulée. Et c’est précisément ce qui rend cette course si particulière.
Pour Courtney Dauwalter, qui a déjà remporté certaines des plus grandes épreuves d’ultra-trail au monde, la Cocodona représente presque un territoire à part. Un défi qui ne se résume pas à une victoire ou à un podium, mais à une forme d’accomplissement personnel.
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