Deux arrêts cardiaques sur un même semi-marathon, le même jour, au même endroit. À Nice, le 19 avril 2026, la course à pied a brutalement rappelé qu’elle reste un sport à risque, même pour des distances devenues “grand public”.
Très vite, le débat s’est déplacé vers un sujet sensible : la disparition du certificat médical au profit du Parcours Prévention Santé (PPS)
Alors, faut-il y voir une conséquence directe ? Ou un raccourci dangereux ?
OUI : le PPS peut donner une illusion de sécurité
Le premier argument en faveur d’un lien entre ces accidents et le PPS tient à sa nature même. Le dispositif repose sur une auto-déclaration. Le coureur regarde des vidéos, coche des cases, valide qu’il a compris les risques… puis obtient son sésame en quelques minutes. Dans les faits, aucun professionnel de santé ne vérifie réellement l’état du participant. Aucun examen, aucune auscultation, aucun électrocardiogramme. Pour certains, cela revient à transférer entièrement la responsabilité sur le coureur, sans filet. Le problème, c’est que beaucoup de pratiquants ne savent pas interpréter les signaux faibles. Une fatigue inhabituelle, un essoufflement anormal ou des douleurs thoraciques peuvent être minimisés. Le PPS suppose une lucidité que tout le monde n’a pas. Dans ce contexte, il peut créer une forme de faux sentiment de sécurité. On a “validé” quelque chose, donc on pense être apte. Et c’est là que le danger commence.
NON : un certificat médical n’aurait rien garanti
À l’inverse, accuser le PPS d’être responsable serait simplifier à l’extrême une réalité beaucoup plus complexe. Les arrêts cardiaques en course existaient bien avant sa mise en place. Et ils continuent d’exister dans des pays où aucun certificat n’est exigé. Le certificat médical, souvent perçu comme une garantie, est en réalité un instantané. Dans de nombreux cas, il se limite à un contrôle basique. Même lorsqu’il est sérieux, il ne permet pas de détecter toutes les anomalies. La médecine du sport elle-même le reconnaît : un cœur peut défaillir sans signe préalable. Un virus récent, une fatigue accumulée, la chaleur ou le stress de la course peuvent suffire à déclencher un accident. Autrement dit, même avec un certificat, ces deux arrêts cardiaques auraient très bien pu se produire.
En résumé, c’est une responsabilité partagée, mais pas diluée
Organisateurs, fédérations, coureurs : chacun a un rôle à jouer. Simplifier l’accès au sport est une bonne chose. Mais cela ne doit pas conduire à invisibiliser les risques. Le PPS peut être utile s’il est pris au sérieux. Mais il devient insuffisant s’il est utilisé comme une formalité administrative de plus. À l’inverse, revenir au certificat médical ne serait pas une solution miracle, mais simplement un retour à une illusion de contrôle. La réalité est plus exigeante. Elle impose une prise de conscience collective. Courir un semi-marathon, ce n’est pas cocher une case. C’est engager son corps dans un effort intense, parfois à la limite.
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