Dopage, soupçons, polémique : les coachs ont-ils encore une place auprès des Kényans ?
Dans l’affaire du cas de dopage de Joyline Chepngeno, révélé au mois de septembre dernier, son entraîneur, Julien Lyon, vient de connaître une victoire.
Sa mise en cause par l’organisation de la course de Sierre-Zinal n’était pas conforme au droit, selon le tribunal de Sierre (en Suisse), lieu où l’affaire a été jugée.
Bien. Un entraîneur n’est pas son athlète et le jugement semble donc tout à fait cohérent. Néanmoins, la question se pose : peut-on encore coacher des athlètes kényans dans les conditions actuelles, et avec les risques que cela implique ?
Au-delà de Joyline Chepngeno et Lyon eux-mêmes, la question prend une dimension collective dès lors que le trail devient un sport de plus en plus international et médiatisé.
Un sport sous tension
Le trail est avant tout un sport qui se pratique partout dans le monde, et dont la médiatisation apporte de plus en plus de moyens économiques, et donc de tentations de dopage.
Et force est de constater que les cas se multiplient. Le trail n’est plus un sport épargné. Le dopage existe, et les cas marquants s’accumulent.
En faire le constat à chaque nouveau cas de dopage ne suffit plus. Trouver des coupables et des boucs émissaires n’est pas non plus la solution, Julien Lyon en est l’exemple.
Sierre-Zinal a voulu protéger son image et c’est peut-être ce qui a conduit à l’amalgame entre une athlète, son entraîneur, et toute une nation sportive. L’amalgame était d’autant plus tentant que d’autres athlètes sous la responsabilité de Julien Lyon avaient déjà été suspendus pour dopage. En voulant bien faire, selon son point de vue, Sierre-Zinal a fait du mal à l’image du trail.
Coacher autrement ?
La question n’est pas de savoir si l’athlète mis en cause ici est kényan ou non, mais de savoir si on peut accepter que chaque pays, chaque organisation, chaque fédération, gère soi-même les procédures antidopage, les circuits médicaux, la traçabilité des traitements et des médicaments.
Le dopage, c’est la prise d’un produit illicite pour performer lors d’une compétition. La lutte contre le dopage, c’est toute une organisation qui permet de donner les moyens aux athlètes de ne pas tomber dans ce travers, de ne pas se faire flouer par leur entourage, et de cerner aussi les responsabilités entre athlètes et entraîneurs.
C’est pourquoi des règles sont nécessaires. Mais aujourd’hui, on traite le problème au coup par coup, dans l’émotion et jamais avec une approche systémique. On en parle en se pinçant le nez, on rejette la faute à droite et à gauche, on laisse la justice sportive prendre son temps pour prendre des décisions, et au final rien n’avance.
Donner aux athlètes des pays les plus touchés par le dopage un système encadré et avec les moyens nécessaires pour lutter contre le dopage, c’est blanchir la réputation de tous les sportifs du pays. Celui pris pour dopage, dans le trail ou un autre sport d’ailleurs, ne contaminera plus que lui, et non plus son équipe, son entraîneur, son sport et son pays.
Quel avenir pour le coaching des athlètes ?
Il ne faut plus coacher en l’état actuel des règles. Mais on ne peut pas renoncer à coacher les athlètes kényans au simple prétexte qu’ils vivent dans un pays où le dopage est plus présent que dans d’autres pays.
Un cadre doit donc être posé, les échanges médicaux et les médications mieux documentées, les responsabilités définies à l’avance. Ce n’est pas fermer une porte aux athlètes kényans du trail qu’il faut, c’est leur ouvrir un cadre plus sûr, leur permettant de courir avec les mêmes armes que n’importe quel autre athlète, sans suspicion qui plane au-dessus de leur tête.
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