Parfois Clemquicourt agace les traileurs les plus « anciens » ou attachés à une certaine image du sport. Il n’est pas toujours élégant, pas toujours lisse, parfois même un peu brutal dans la forme. Et c’est justement là que le sujet devient intéressant.
Parce que dans le même temps, quand on regarde froidement ce qui se passe autour de lui, les chiffres, les réactions, les commentaires, une autre réalité s’impose. Des centaines de messages sous ses vidéos. Des gens qui expliquent qu’ils se sont mis à courir grâce à lui. Une audience qui dépasse largement le cercle habituel du trail. Et surtout, une capacité à parler à des profils qui, jusqu’ici, ne se sentaient pas concernés par ce sport. Autrement dit, même si la forme dérange, le fond, lui, produit quelque chose de très concret : il attire de nouveaux pratiquants.
C’est là toute l’ambiguïté. D’un côté, une partie de la communauté trail critique, commente, voire rejette. De l’autre, un public beaucoup plus large découvre, s’identifie et se lance. Et au final, une question simple se pose : est-ce que Clemquicourt n’est pas en train de faire, à sa manière, ce que des campagnes de communication entières n’ont jamais réussi à faire ?
Pourquoi Clemquicourt fait plus à lui seul pour le trail que trois campagnes de com’ (et sa dernière video en est la preuve)
La dernière video de Clemquicourt : 4 RAISONS DE FAIRE DU TRAIL !
“Je vois 4 copains qui kiffent ! Ça c’est beau 👌 . Ils s’amusent, et au final ils ont raison. Ils font les cons à courir, faire des vidéos et gagner de l’argent à faire ça”.
C’est une belle façon de résumer la dernière vidéo publiée par Clemquicourt avec sa Clemquicorp et publiée ce 22 avril. “4 raisons de faire du trail”, a tout du titre propre et un peu sage. Et pourtant, il remet au centre ce qui fait vraiment l’envie de tenir la distance : les potes, le décor, les galères, le plaisir de voyager et pas le chrono, le D+ où les cuisses en feu.
Oman, version 2.0
La présence de Clemquicourt à Oman pour une course estampillée UTMB, vous ne l’aviez sûrement pas manqué tant Clément avait posté des vidéos sur Instagram au mois de décembre dernier. Mais cette vidéo, avec cette même course en décor, n’est pas une redite. Au contraire, on va cette fois bien plus loin dans la construction du récit.
Là où les posts à chaud montraient le recto du décor, entre course difficile, paysages sublimes et moments de vie, on passe ici au stade supérieur. On entre dans les coulisses. Une équipe plus présente, une prise de recul sur son activité de sportif et traileur, mais aussi sur cette année où sa médiatisation a explosé, la vidéo ne met plus le trail au premier plan. Au contraire, elle met au centre de tout cette bande de proches que Clem a constitué autour de lui, à commencer par Théo Détienne et Victor Guerdin, son acolyte régulier mais plus discret.
Ce que Clem sait si bien faire
Évidemment que les gens suivent Clemquicourt dès lors qu’ils découvrent une de ses vidéos, même si eux-mêmes ne courent pas ou s’ils ne font pas de trail !
Parfois, on suit des créateurs moins pour ce qu’ils racontent que pour leur façon de le raconter. Clemquicourt est exactement de ceux-là !
Oubliez les grands mots, les phrases profondes et les réflexions philosophiques. Clem sait parler de son sport avec les mots de tous les jours, avec une approche très naturelle. Et la vidéo s’en ressent puisqu’elle ne parle pas du trail comme d’une épreuve sportive, mais d’une aventure. On traite aussi bien des galères logistiques que des difficultés à se faire comprendre à l’étranger. On se vanne autant que l’on filme des séquences improbables juste pour alimenter une vidéo, une publication Instagram, ou pour le plaisir de faire n’importe quoi.
Clem, une autre voie/voix pour le trail
Du contenu copié/collé, dans le trail, il y en a des quantités folles. Comme s’il fallait faire preuve de peu d’originalité, ou comme s’il n’y avait rien à dire à l’exception des sujets techniques. De ce côté, Clemquicourt assume pleinement son côté trublion.
Et s’il n’avait pas fait du trail, il aurait tout de même fait du divertissement, mais dans une autre activité.
C’est là qu’il se démarque. La langue accroche, on (je) ne comprend d’ailleurs pas toujours ses expressions, et l’on a vraisemblablement pas toutes les références. Mais ça fait du bien, ça désacralise le discours classique du traileur qui aime souffrir, qui apprivoise la douleur ou qui cherche l’état de flow pour mieux performer. Avec Clemquicourt, ça parle aussi de regarder le paysage, d’avoir la chance de voyager partout dans le monde, ou encore de profiter de la “map”, ni trop vite ni trop lentement.
Clem ne raconte pas un sport ou une compétition, il raconte une bande de potes qui sont partis en vacances ensemble.
Aujourd’hui, leurs aventures tournent autour du sport d’endurance. Mais ça ne change rien, on raconte la même histoire : celle des rapports humains, d’une ambiance, de l’amitié.
“Les rencontres ça c’est pour moi l’argument qui fait que le trail ça terrasse tous les autres sports d’endurance” (22:42).
Qu’on le veuille ou non, et parce qu’il n’en parle pas, Clemquicourt donne envie d’aller mettre ses baskets, de courir, et de profiter. Pas courir un ultra, non, juste courir et si possible pas seul.
La forme contre le fond
Clemquicourt ce n’est pas la vérité du trail, c’est sa vision, une vision où le résultat sportif est secondaire par rapport à l’aventure que l’on partage. Et il n’y a pas besoin d’adhérer à ses contenus, il n’y a pas besoin de parler à sa façon ou d’avoir à peu près son âge pour se dire qu’il a raison, et qu’il n’y a que de bonnes raisons de se mettre au trail.
Le placement de produit fait tâche dans la construction du récit
Mais ne soyons tout de même pas trop dupes. Clemquicourt reste un influenceur, passé par des années en école de commerce avant de se mettre à courir. S’il casse les codes avec sa façon de raconter le trail, il n’en reste pas moins respectueux envers ceux qui permettent son financement.


Le placement de produit vient d’ailleurs faire tâche dans la construction du récit, tandis que son sponsor habituel est très peu mis en avant.
N’oublions pas que si la vidéo parle de lui et de ses potes, et qu’elle joue sur l’idée de montrer les coulisses de la présence à Oman en décembre dernier, même les coulisses sont mises en scène et montées.
Clemquicourt sait si bien emmener son public là où il veut qu’il laisse une scène post-générique, à la façon des films Marvel, où on le voit prêt à enterrer son fameux tee-shirt rose. Soyez sûrs qu’il sait déjà comment il va se réinventer pour les mois à venir.
En résumé, la question n’est pas de savoir si l’on aime Clemquicourt ou non et SON IMPACT EST POSITIF SUR LE TRAIL EN FRANCE
PARCE QU’IL fait entrer de nouvelles personnes dans le trail
La vraie question, c’est ce qu’il provoque. Et la réponse est assez claire quand on regarde ce qui se passe concrètement : il fait entrer de nouvelles personnes dans le trail. Des profils qui ne se reconnaissaient ni dans les discours techniques, ni dans les codes traditionnels de la discipline. Des gens qui n’auraient probablement jamais cliqué sur une vidéo d’entraînement, mais qui se retrouvent à courir parce qu’ils ont vu une bande de potes s’amuser.




PARCE QU’IL a ouvert le trail à la masse
C’est là que son impact devient intéressant. Clemquicourt ne parle pas seulement aux traileurs, il parle à ceux qui ne le sont pas encore. Il casse une barrière invisible, celle qui faisait du trail un sport parfois perçu comme fermé, exigeant, voire intimidant. En montrant une pratique plus accessible, plus humaine, plus imparfaite aussi, il élargit le champ. Il transforme une discipline souvent codifiée en quelque chose de plus ouvert, de plus vivant.
Et c’est précisément pour ça que son impact est positif. Pas parce qu’il révolutionne la performance, pas parce qu’il change les règles du jeu, mais parce qu’il agrandit le terrain. Il amène du monde. Il renouvelle les profils. Il reconnecte le trail avec quelque chose de simple : l’envie de courir, sans pression, sans objectif autre que celui de partager un moment.





