Kilian Jornet a lâché une punchline qui va tourner partout : le Comité international olympique aime surtout “les dollars”.
L’entrée du trail running aux Jeux olympiques revient régulièrement dans les discussions. Pour certains, ce serait une consécration. Pour d’autres, un tournant risqué. Et quand Kilian Jornet prend la parole sur le sujet, le débat change immédiatement de dimension.
Dans une analyse approfondie publiée récemment, le Catalan ne se contente pas d’un avis rapide. Il démonte les mécanismes du modèle olympique et pose une question simple : le trail a-t-il vraiment besoin des Jeux pour continuer à exister et à grandir ?
Un modèle olympique qui transforme les sports
Pour appuyer son raisonnement, Kilian Jornet s’appuie sur une discipline qu’il connaît parfaitement : le ski-alpinisme. Longtemps resté en dehors du programme olympique, ce sport a fini par y entrer… mais au prix de profondes transformations.
Les formats ont été raccourcis, les parcours simplifiés, et les épreuves pensées avant tout pour être compréhensibles et diffusables à la télévision. Le résultat est paradoxal. La visibilité a augmenté, les structures se sont développées, mais l’esprit originel s’est en partie dilué.
Ce constat nourrit aujourd’hui sa réflexion sur le trail. Car selon lui, l’histoire pourrait se répéter.
Le risque d’un trail dénaturé
C’est sans doute le point le plus sensible de son analyse. Le trail ne se résume pas à courir en nature. Il repose sur une diversité de terrains, de distances et de formats, souvent imprévisibles.
Or, le modèle olympique impose l’inverse. Une seule épreuve, standardisée, reproductible, facile à comprendre. Concrètement, cela pourrait donner des parcours courts, en boucle, proches des zones urbaines, avec moins de technicité.
Autrement dit, un format qui s’éloigne de l’image que les pratiquants se font du trail.
Ce type d’évolution n’est pas théorique. Certaines compétitions actuelles, comme les Golden Trail World Series, s’orientent déjà vers des formats plus spectaculaires et plus accessibles au grand public.
Un sport déjà solide sans les Jeux
L’un des arguments les plus marquants de Kilian Jornet est simple : le trail n’est pas un sport en quête de reconnaissance. Il est déjà en pleine croissance.
Le nombre de pratiquants augmente, les courses se multiplient, et l’écosystème économique se structure. Dans ce contexte, devenir olympique ne serait pas une nécessité, mais un choix stratégique.
Selon lui, de nombreux sports présents aux Jeux restent confidentiels. À l’inverse, certains sports très populaires n’ont jamais eu besoin de cette exposition pour se développer.
Deux visions du trail pourraient coexister
Plutôt que de s’opposer frontalement à une éventuelle entrée aux Jeux, Kilian Jornet adopte une position plus nuancée. Il imagine une coexistence entre deux modèles.
D’un côté, un trail olympique, plus court, plus lisible, pensé pour le spectacle. De l’autre, le trail tel qu’il existe aujourd’hui, avec ses longues distances, ses terrains engagés et sa diversité.
Cette dualité permettrait au sport de toucher de nouveaux publics sans renier complètement ses origines. Mais elle pose aussi une question : lequel des deux modèles finira par dominer ?
“Le CIO aime les dollars” : une critique du système
Dans son analyse, Kilian Jornet pointe un élément central : le fonctionnement du Comité international olympique. Selon lui, les choix de disciplines et de formats ne reposent pas uniquement sur des critères sportifs.
Il évoque une logique économique forte, où les sports capables de générer de l’audience et des revenus ont davantage de chances d’être intégrés. Le trail, en pleine expansion mondiale, coche aujourd’hui plusieurs de ces cases.
Mais cette dynamique soulève une inquiétude. Si le trail entre aux Jeux, ce ne sera pas dans sa forme actuelle. Il devra s’adapter à un cahier des charges très précis.
Il y a quelque chose d’assez fascinant avec Kilian Jornet.
Il critique les formats olympiques, puis s’implique dans un sport devenu olympique.
Il alerte sur les dérives du système, tout en évoluant à son plus haut niveau.
Les faits sont connus.
En 2021, lorsque le ski-alpinisme est annoncé aux Jeux de Milan-Cortina 2026, il exprime des réserves claires sur des formats jugés trop courts et éloignés de l’essence de la discipline.
En 2026, il est pourtant présent sur place, dans le staff, aux côtés des athlètes engagés sur ces mêmes formats.
Et aujourd’hui, il met en garde contre une possible entrée du trail aux Jeux, en pointant le risque de standardisation et de perte d’identité, tout en sachant que le mouvement est déjà en marche.
Alors incohérence ? Pas forcément.
C’est peut-être simplement le reflet d’une réalité que beaucoup préfèrent éviter :
<strong>dans le sport moderne, on peut à la fois questionner le système… et en faire partie.</strong>
Et au fond, c’est peut-être ça le vrai sujet.
En résumé, au-delà de ses propos, c’est le timing qui interpelle.
Alors que les discussions autour d’une possible entrée du trail aux Jeux de Brisbane 2032 s’intensifient, cette prise de position vient remettre en perspective un objectif souvent présenté comme une évidence.
Kilian Jornet ne ferme pas la porte. Il ne rejette pas l’idée des Jeux. Mais il invite à réfléchir aux conséquences, au-delà de la visibilité et des opportunités.
Le message est clair. Le trail n’a pas besoin des Jeux olympiques pour exister. Mais s’il y entre, il devra probablement changer.
Et c’est là que se situe l’enjeu. Entre développement, médiatisation et préservation de son identité, le trail se trouve à un moment charnière.
Une chose est sûre : quand Kilian Jornet parle, ce n’est jamais anodin. Et cette fois encore, il oblige toute la discipline à se poser les bonnes questions.
Source
- presse espagnole ici
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