Un champion du monde obligé de demander une montre GPS sur Facebook pendant que certains influenceurs sont sponsorisés sans résultats : le problème n’est peut-être pas là où on le croit.
Il suffit de lire les commentaires pour comprendre. Dès qu’Erik Clavery publie un simple message pour chercher un partenariat avec une marque de montre GPS, une partie de la communauté réagit immédiatement. Malaise, incompréhension, critiques parfois violentes. Certains parlent de “honte”, d’autres de “démarche gênante”. Comme si un athlète de ce niveau n’avait pas le droit de demander du soutien.
Et pourtant, c’est précisément l’inverse. Ce qui devrait poser question, ce n’est pas sa demande. C’est le fait qu’il soit obligé de la formuler publiquement.
Erik Clavery, le champion au palmarès incontestable… obligé de se justifier
Avant de juger la démarche, encore faut-il regarder le parcours.
Erik Clavery n’est pas un inconnu qui tente sa chance. Il est champion du monde de trail en 2011, recordman de France des 24 heures, auteur de performances majeures sur les plus grandes courses et surtout, ces dernières années, d’aventures hors normes sur les sentiers. Son record sur le GR®10, ses 2100 km sur le GR®34, ses traversées engagées, tout cela témoigne d’un niveau d’endurance et d’engagement rare.
On ne parle pas ici d’un coureur amateur qui rêve de matériel gratuit. On parle d’un athlète qui, depuis plus de 20 ans, construit une carrière avec constance, exigence et résultats.
Et malgré cela, il se retrouve à écrire publiquement qu’il part pour la Chine avec une montre “à bout de souffle”.
C’est là que le sujet commence vraiment.
Une demande normale… qui révèle un malaise profond
Ce que fait Erik Clavery est en réalité extrêmement simple. Il ne demande pas un cadeau. Il propose un partenariat. Il parle de projets concrets, d’itinérances longues distance, d’aventures engagées, de tests en conditions réelles. En d’autres termes, exactement ce que recherchent les marques quand elles parlent d’authenticité.
Et pourtant, une partie des réactions consiste à dire : “qu’il l’achète comme tout le monde”.
Cette réaction révèle une confusion assez profonde. Dans le sport de haut niveau, un partenariat n’est pas une faveur. C’est un échange. L’athlète apporte de la visibilité, de la crédibilité, de l’image. La marque apporte du matériel, parfois un soutien financier.
Personne ne trouve étrange qu’un footballeur ou un cycliste soit équipé. Personne ne s’indigne quand Kilian Jornet signe avec une marque et en tire une visibilité massive. Mais dans le trail, dès qu’un athlète sort de ce cadre implicite, la réaction devient morale.
Comme si demander était déjà une faute.
Le vrai problème : les règles ont changé
Ce qui dérange, en réalité, ce n’est pas la demande d’Erik Clavery. C’est qu’elle met en lumière une évolution du trail que beaucoup préfèrent ignorer.
Aujourd’hui, les marques ne sponsorisent plus seulement des performances. Elles sponsorisent de la visibilité. Des profils capables de produire du contenu, de générer de l’engagement, d’exister sur les réseaux sociaux. Le modèle a changé.
Certains commentaires le disent d’ailleurs très clairement. Les influenceurs sont devenus des cibles prioritaires. Non pas parce qu’ils sont meilleurs sportifs, mais parce qu’ils savent raconter, filmer, monter, publier.
Le problème, ce n’est pas que ces profils existent. C’est qu’ils prennent parfois la place de sportifs qui, eux, ont construit leur légitimité sur le terrain.
Erik Clavery appartient à une génération qui a fait autrement. Moins de mise en scène, plus d’effort. Moins de communication, plus de kilomètres. Et aujourd’hui, cette différence se paie.
Une incompréhension révélatrice de la communauté trail
Ce qui frappe dans les réactions, ce n’est pas seulement la critique. C’est l’incapacité à comprendre la démarche.
Certains parlent de “manque d’amour propre”. D’autres comparent avec leur propre pratique, comme si courir le week-end et construire une carrière sportive relevaient de la même logique. Cette confusion entre pratique amateur et engagement de haut niveau brouille complètement le débat.
Un traileur qui court pour le plaisir peut acheter son matériel. Un athlète qui enchaîne des projets de plusieurs milliers de kilomètres, qui s’entraîne quotidiennement, qui représente une discipline, n’est pas dans la même réalité.
Dire qu’il “devrait faire comme tout le monde”, c’est nier ce statut.
Ce que l’histoire d’Erik Clavery dit du trail aujourd’hui
Au fond, la démarche d’Erik Clavery n’est pas le problème. Elle est le symptôme.
Elle montre un sport qui évolue, parfois vite, parfois brutalement. Un sport où la performance pure ne suffit plus toujours. Où la visibilité peut prendre le dessus sur le palmarès. Où les codes de la communication deviennent presque aussi importants que ceux de l’entraînement.
Mais elle montre aussi autre chose. Une forme de décalage entre ce que le trail revendique — authenticité, engagement, aventure — et ce qu’il valorise réellement.
Quand un athlète qui incarne ces valeurs doit passer par un post Facebook pour trouver un partenaire, la question mérite d’être posée.
En résumé, dire que la démarche d’Erik Clavery est illégitime, c’est se tromper de cible.
Ce n’est pas lui qui est en décalage. C’est le système autour de lui.
Un champion du monde, recordman, aventurier reconnu, ne devrait pas avoir à expliquer publiquement pourquoi il cherche une montre GPS. Pas dans un sport qui se revendique proche du terrain, des valeurs et de l’effort.
La réalité, c’est que le trail a changé. Et que certains de ceux qui l’ont construit se retrouvent aujourd’hui à devoir s’adapter à des règles qu’ils n’ont pas choisies.
La vraie question, c’est de comprendre pourquoi elle est devenue nécessaire.
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