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đ§ On prĂ©sente souvent les champions comme ceux qui montent sur les podiums, disposent de sponsors et organisent toute leur journĂ©e autour de lâentraĂźnement.
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Mais les coureurs les plus impressionnants ne sont pas toujours ceux que lâon voit Ă la tĂ©lĂ©vision. Ce sont aussi ceux qui terminent sept, huit ou neuf heures de travail, rentrent chez eux Ă©puisĂ©s et trouvent encore la force dâenfiler leurs chaussures.
Ils ne gagnent aucune médaille en sortant courir à 19 heures. Pourtant, chaque entraßnement constitue déjà une victoire.
Pourquoi on devrait glorifier les coureurs amateurs
Parce quâils sont crevĂ©s avant mĂȘme de partir courir
Un athlĂšte professionnel organise sa journĂ©e autour de sa sĂ©ance. Le coureur amateur doit faire exactement lâinverse : il glisse son entraĂźnement dans le peu de temps que son travail et sa vie personnelle lui laissent.
Lorsquâil part courir, il a parfois dĂ©jĂ passĂ© neuf heures debout, devant un Ă©cran, dans les transports ou Ă gĂ©rer des problĂšmes. Ses jambes sont lourdes avant mĂȘme le premier kilomĂštre et sa fatigue mentale est souvent plus importante que sa fatigue physique.
Il ne sâentraĂźne donc pas au meilleur moment de sa journĂ©e. Il court avec lâĂ©nergie quâil lui reste.
Câest prĂ©cisĂ©ment pour cela que son effort mĂ©rite dâĂȘtre considĂ©rĂ© comme une performance.
Parce quâils doivent trouver la force d’y aller
Le plus difficile nâest pas toujours de courir. Le plus difficile est de commencer.
AprĂšs une longue journĂ©e, toutes les raisons de renoncer semblent lĂ©gitimes : la fatigue, la mĂ©tĂ©o, le manque de temps, le dĂźner Ă prĂ©parer ou simplement lâenvie de ne plus rien faire.
Le coureur doit alors affronter un adversaire que les classements ne montrent jamais : cette voix intĂ©rieure qui lui rĂ©pĂšte quâune sĂ©ance manquĂ©e ne changera rien.
Mettre ses chaussures devient une décision. Fermer la porte derriÚre soi devient une victoire. Les dix premiÚres minutes représentent parfois davantage de courage que les dix derniers kilomÚtres.
Parce quâils progressent sans disposer des conditions idĂ©ales
Ces coureurs nâont gĂ©nĂ©ralement ni sieste programmĂ©e, ni kinĂ©sithĂ©rapeute disponible aprĂšs chaque sĂ©ance, ni repas prĂ©parĂ© spĂ©cialement pour optimiser leur rĂ©cupĂ©ration.
Ils doivent composer avec le manque de sommeil, les contraintes familiales, les horaires décalés et les imprévus professionnels.
Leur entraĂźnement nâest jamais parfaitement organisĂ©. Une sĂ©ance prĂ©vue Ă 18 heures peut commencer Ă 20 heures. Une sortie longue doit parfois ĂȘtre raccourcie. Une semaine entiĂšre peut ĂȘtre bouleversĂ©e par une rĂ©union ou un enfant malade.
MalgrĂ© cela, ils continuent Ă avancer. Leur progression ne repose pas sur des conditions parfaites, mais sur leur capacitĂ© Ă sâadapter.
Parce quâils transforment une fatigue qui les use en une fatigue qui les construit
AprĂšs une journĂ©e de travail, le corps et lâesprit peuvent sembler complĂštement vidĂ©s. Pourtant, la fatigue ressentie aprĂšs une sortie nâest pas toujours la mĂȘme.
Le travail peut laisser une impression dâĂ©puisement, de tension ou de saturation. La course ajoute une fatigue physique, mais elle peut aussi libĂ©rer lâesprit, remettre le corps en mouvement et redonner le sentiment dâavoir fait quelque chose pour soi.
Lâune des fatigues est subie. Lâautre a Ă©tĂ© choisie.
Cette diffĂ©rence explique pourquoi certains coureurs rentrent parfois plus lĂ©gers mentalement quâils ne sont partis, mĂȘme aprĂšs plusieurs kilomĂštres.
Parce quâils prĂ©parent leurs courses dans lâombre
Personne ne filme le salariĂ© qui court seul un soir dâhiver sous la pluie. Personne nâapplaudit la mĂšre de famille qui place une sĂ©ance entre sa journĂ©e de travail et les devoirs des enfants.
Ces kilomĂštres restent invisibles.
Pourtant, ce sont eux qui permettent de terminer un marathon, de franchir la ligne dâarrivĂ©e dâun trail ou simplement de continuer Ă courir toute lâannĂ©e.
Le jour de la course, le public voit un dossard et un chrono. Il ne voit pas les dizaines de soirées durant lesquelles ce coureur aurait pu abandonner son entraßnement, mais a décidé de sortir malgré tout.
En résumé la véritable victoire est de recommencer jour aprÚs jour
Un champion amateur ne gagne pas forcĂ©ment une course. Il rĂ©ussit Ă revenir sâentraĂźner semaine aprĂšs semaine, mĂȘme lorsquâaucune rĂ©compense immĂ©diate ne lâattend.
Sa victoire ne se mesure pas uniquement en kilomĂštres ou en vitesse. Elle rĂ©side dans sa rĂ©gularitĂ©, dans sa capacitĂ© Ă prĂ©server une place pour la course Ă pied au milieu dâune vie dĂ©jĂ remplie.
Les vrais champions ne sont donc pas seulement ceux qui vivent pour courir.
Ce sont aussi ceux qui travaillent toute la journée, affrontent leurs responsabilités, rentrent fatigués et décident malgré tout de repartir.
Pas parce quâils sont toujours motivĂ©s.
Parce quâils ont appris Ă ne pas attendre de lâĂȘtre.
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