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🎧 Sur la page Facebook du site Chasse Passion, deux commentaires publiés il y a déjà une semaine sous une discussion consacrée à la chasse franchissent un cap particulièrement inquiétant.
Dans le premier, un internaute énumère les animaux qu’il affirme avoir tués avant d’ajouter qu’il aurait également donné « 2 Arabes » à son chien. Un autre compte lui répond dans le même registre, cette fois à propos de « 2 anti-chasse » qu’il aurait donnés aux chiens.
Une semaine plus tard, Chasse Passion laisse toujours ces commentaires en ligne. Pour uTrail, maintenir aussi longtemps sur une page publique des propos racistes qui mettent en scène la mort de personnes, puis la mise à mort d’opposants à la chasse, constitue une forme de caution par absence de modération.
C’est pour ça que nous avons PEUR.
Parce que les traileurs qui lisent ces messages sur Facebook retrouvent ensuite, dans les forêts et sur les chemins, des chasseurs équipés d’armes à feu. Nous ignorons évidemment qui se cache derrière ces comptes. Nous savons simplement que cette violence existe, qu’elle s’exprime publiquement et que certains espaces consacrés à la chasse lui offrent pendant plusieurs jours une visibilité intacte.
Si certains parlent ainsi derrière un écran, comment réagiront-ils lors d’un conflit réel avec un traileur sur un sentier ?
Avec l’ouverture de la chasse, il faut s’équiper pour courir en sécurité

Voici exactement les commentaires publiés sur la page Facebook de Chasse Passion
Les captures parlent d’elles-mêmes.


Le premier internaute place dans la même énumération des lapins, des lièvres, des faisans, un chevreuil, des marcassins puis « 2 Arabes » qu’il affirme avoir donnés à son chien. Le contenu est explicitement raciste et associe des êtres humains au tableau de chasse.
Le second commentaire reprend immédiatement cette mécanique en remplaçant les personnes visées en raison de leur origine par des « anti-chasse » : « Moi s’est 2 antis chasses que j’ai donné aux chiens mais ils n’aiment pas le goût de la verdure. »
À ce stade, on a dépassé la question des conflits d’usage sur les sentiers. Des personnes réelles deviennent verbalement du gibier que l’on tue puis que l’on donne aux chiens. C’est exactement ce que montrent les commentaires restés visibles sur cette page pendant une semaine.
Pourquoi ces commentaires nous font peur
La peur vient moins d’une phrase isolée que de l’ensemble : la violence des mots, leur banalisation, leur maintien sur une page consacrée à la chasse et, surtout, le contexte très particulier dans lequel cette violence s’exprime.
Car la chasse possède une caractéristique que personne ne peut écarter du débat : elle implique des armes à feu.
Un conflit verbal entre deux traileurs reste un conflit entre deux personnes équipées de chaussures et d’un sac d’hydratation. Un conflit entre un traileur et une personne qui porte un fusil crée immédiatement un rapport très différent.
C’est cette réalité qui transforme ces commentaires Facebook en sujet de sécurité pour les autres usagers de la nature.
Une semaine pour modérer : à nos yeux, laisser ces propos en ligne revient à cautionner leur présence
Une semaine laisse largement le temps de lire deux commentaires aussi spectaculaires et de les supprimer.
Chasse Passion administre sa page Facebook, publie des contenus, anime une communauté et dispose des outils permettant de retirer un commentaire en quelques secondes. Après sept jours, laisser ces messages accessibles revient, à nos yeux, à leur accorder une place et une forme de caution éditoriale par absence de modération.
Le droit français réprime notamment la provocation publique directe à commettre des atteintes volontaires à la vie ou à l’intégrité physique. L’article 24 de la loi du 29 juillet 1881 sanctionne également la provocation à la haine ou à la violence dirigée contre des personnes en raison de leur origine, de leur ethnie, de leur nation, de leur race ou de leur religion. La qualification précise de chacun des commentaires appartient évidemment à la justice, à partir du texte, du contexte et de l’intention retenue.
La responsabilité de celui qui administre un espace Facebook constitue également un vrai sujet juridique. L’affaire Sanchez c. France, jugée par la Grande Chambre de la Cour européenne des droits de l’homme en 2023, concernait justement la condamnation d’un titulaire de compte Facebook pour avoir tardé à retirer des commentaires haineux déposés par des tiers. La CEDH a validé cette condamnation au regard de la liberté d’expression. Chaque dossier possède ses propres circonstances, mais ce précédent montre clairement que la modération d’un espace public sur Facebook peut engager la responsabilité de celui qui l’administre.
Voilà pourquoi une semaine de silence éditorial face à ces messages mérite beaucoup plus qu’un haussement d’épaules.
Notre peur des chasseurs vient aussi d’un sentiment d’impunité juridique
Pour les traileurs, la peur ne vient pas uniquement des armes ou des comportements individuels. Elle vient aussi du sentiment que certaines paroles et certains actes peuvent être banalisés, minimisés ou rangés dans des catégories qui atténuent leur gravité.
Voir pendant une semaine des commentaires racistes et violents rester accessibles sur une page Facebook consacrée à la chasse nourrit forcément cette impression : jusqu’où peut-on aller avant qu’une limite soit réellement posée ?
La même sensation apparaît parfois dans le vocabulaire utilisé après un drame de chasse. On parle très souvent d’« accident de chasse ». Cette expression décrit les circonstances dans lesquelles les faits se sont produits, mais elle ne préjuge évidemment pas de leur qualification pénale.
Lorsqu’une personne cause la mort d’une autre par maladresse, imprudence, inattention, négligence ou manquement à une obligation de prudence ou de sécurité, le Code pénal prévoit précisément la qualification d’homicide involontaire.
Autrement dit, « accident de chasse » et « homicide involontaire » ne désignent pas la même chose : le premier décrit un contexte, le second constitue une qualification pénale susceptible d’être retenue par la justice selon les faits établis.
Pourtant, dans le débat public, le mot « accident » peut donner une impression de fatalité : quelque chose serait arrivé, presque par hasard. Or lorsqu’un tir mortel résulte d’une erreur d’identification, d’une imprudence ou du non-respect d’une règle de sécurité, la justice peut rechercher une responsabilité pénale.
C’est aussi cela qui nourrit la défiance : des propos extrêmement violents restent visibles pendant des jours sur les réseaux sociaux, tandis que certains drames provoqués par une arme sont spontanément résumés par le mot « accident ».
Pour les autres usagers de la nature, cette accumulation peut créer le sentiment que la violence liée à la chasse bénéficie parfois d’une forme de banalisation. Et lorsqu’on part courir seul sur des chemins fréquentés par des personnes armées, ce sentiment pèse forcément sur la confiance.
Quand un média de chasse laisse passer cela, quel message envoie-t-il à sa communauté et aux autres usagers de la nature ?
La dimension change encore lorsque ces commentaires apparaissent sous la publication d’un média spécialisé dans la chasse.
Chasse Passion possède une histoire, une ligne éditoriale et une communauté. Son fondateur Jacques Cheval présente lui-même le site comme devenu au fil des années un « pilier des sites internet de chasse ». Ce média participe donc pleinement au débat interne au monde cynégétique et porte, à ce titre, une responsabilité particulière dans le ton qu’il laisse s’installer autour de ses publications.
En septembre 2025, Jacques Cheval qualifiait uTrail de « site le plus minable du monde du trail », évoquait nos « vociférations » et notre « crétinerie » après un éditorial consacré aux difficultés rencontrées par les coureurs pendant la saison de chasse.
La critique fait partie du débat. Chasse Passion peut contester nos articles, notre analyse du partage de la nature ou notre façon de parler de la chasse.
La frontière change lorsque des lecteurs passent de la critique d’un média à la mise en scène de personnes que l’on tue puis que l’on donne aux chiens.
Face à ce type de commentaires, un média consacré à la chasse dispose d’un choix très clair : poser immédiatement une limite en les supprimant, ou leur laisser une place dans la conversation.
Dans les faits, une semaine après leur publication, ces messages étaient toujours visibles sur la page Facebook de Chasse Passion. Ce maintien en ligne envoie forcément un signal : celui d’un espace où des propos racistes et des formulations mettant en scène la mort d’« anti-chasse » peuvent rester accessibles pendant plusieurs jours sans intervention apparente de la modération.
Pour les autres usagers de la nature, cette absence de réaction pèse lourd. Quand un média qui se présente comme une référence de la chasse laisse s’installer ce niveau de violence dans sa propre communauté, il contribue lui-même à fragiliser l’image moderne, responsable et apaisée que le monde cynégétique cherche par ailleurs à défendre.
Quand un grand média de chasse tolère ce niveau de violence, c’est toute l’image de la chasse qui vacille
Chez uTrail, les articles consacrés à la chasse déclenchent régulièrement des commentaires agressifs. Nous connaissons les « bobotraileurs », les « gens de la ville », les accusations de « haine anti-chasse », les invitations à consulter un psychiatre ou les attaques personnelles sur les auteurs.
Cette fois, le registre change.
Le premier message vise des personnes désignées comme « Arabes » et les place dans une liste d’animaux abattus. Le second transpose cette représentation aux « anti-chasse ». La violence verbale devient raciste dans un commentaire et met en scène la mort d’opposants à la chasse dans l’autre.
Le droit trace d’ailleurs des limites précises à la liberté d’expression lorsque des propos publics provoquent directement à la violence ou à la haine visant certains groupes. La justice reste seule compétente pour attribuer à ces commentaires une qualification pénale précise.
Pour nous, traileurs, une autre question arrive immédiatement derrière la question juridique.
Sur les réseaux sociaux, l’internaute possède un clavier. Sur le terrain, le chasseur possède potentiellement une arme.
C’est cela qui fait peur.
Nous pouvons croiser cent chasseurs courtois, discuter avec eux, contourner une battue et poursuivre notre sortie tranquillement. Puis nous pouvons tomber un jour sur celui qui considère le traileur comme un adversaire, un intrus ou un « anti-chasse » méprisable.
Le problème de sécurité se concentre précisément sur cette personne-là.
Les chasseurs demandent régulièrement aux autres usagers de leur faire confiance : confiance dans l’identification de la cible, confiance dans le respect des angles de tir, confiance dans le maniement du fusil, confiance dans le calme de celui qui le porte. La confiance fonctionne aussi dans l’autre sens.
Quand certains membres d’une communauté parlent publiquement de donner des « anti-chasse » aux chiens, et qu’un média de cette même communauté laisse leurs propos accessibles pendant une semaine, cette confiance prend forcément un coup.
En résumé, le vrai visage de la chasse, c’est ça, et c’est pour ça que nous avons peur.
Depuis plusieurs années, le monde de la chasse travaille son image autour de la chasse moderne, de la sécurité, du partage de la nature, de la régulation du gibier, de l’entretien des territoires ou encore du dialogue avec les autres usagers.
Cette image existe.
Mais une autre image apparaît aussi sur les réseaux sociaux : celle d’une violence verbale décomplexée contre les écologistes, les « anti-chasse », les urbains, les cyclistes ou les traileurs. Ici, cette violence atteint un degré encore supérieur avec un commentaire raciste mettant en scène des personnes tuées, puis un autre reproduisant exactement le même imaginaire contre les opposants à la chasse.
Parce que demander aux traileurs de simplement éviter les chasseurs règle très peu de choses.
Un ultra-traileur s’entraîne toute l’année. Il prépare ses courses sur des sentiers, dans des forêts, sur des chemins techniques, avec du dénivelé. Un coureur qui prépare un ultra de montagne s’entraîne dans la nature, pas autour d’un pâté de maisons en ville.
Or la chasse à tire dure presque six mois. C’est une période pendant laquelle chasseurs et sportifs de nature fréquentent les mêmes espaces, avec en plus certaines ouvertures anticipées ou périodes particulières selon les espèces et les territoires.
Les traileurs continueront donc à courir dans la nature. Les chasseurs continueront à chasser. La cohabitation représente une réalité quotidienne pendant une grande partie de l’année.
Et cette cohabitation exige de la confiance.
Lorsqu’une page consacrée à la chasse laisse pendant une semaine des internautes parler de personnes tuées puis données aux chiens, la question devient forcément celle-ci : quel visage de la chasse devons-nous croire, celui d’une pratique moderne qui revendique le respect et le partage de la nature, ou celui que certains de ses propres membres donnent à voir lorsqu’ils pensent pouvoir parler librement sur les réseaux sociaux ?
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