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🎧 À la veille des « 25h qui courent », la backyard de Clemquicourt suscite une interrogation qui dépasse largement son organisateur : où s’arrête la passion du trail et où commence le marketing d’influence ?
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Derrière l’événement caritatif se dessine un modèle économique désormais bien installé dans le sport, où les créateurs, les agences et les marques ont tout intérêt à travailler ensemble. Et ce modèle mérite d’être regardé sans naïveté, mais aussi sans procès d’intention.
Vendredi 6 novembre 2026, Clément Deffrenne, connu sous le pseudonyme de Clemquicourt, donnera le départ des « 25h qui courent ».
Cette backyard réunira 100 participants, dont 50 sportifs et créateurs de contenu et 50 membres de sa communauté. Mathieu Blanchard, Ludovic Pommeret, Blandine L’Hirondel, Théo Detienne, Hugo Deck ou encore Tibo InShape figurent parmi les personnalités annoncées.
Le principe consiste à parcourir une boucle de 5,7 km avec 150 m de dénivelé positif en moins d’une heure, avant de repartir à l’heure suivante. L’événement est limité à 25 tours, soit 142,5 km et 3 750 m de D+ au maximum, et sera retransmis en direct sur Twitch dès 13 h 59, vendredi 6 novembre 2026. Le départ des coureurs est attendu aux alentours de 16 h, sous réserve de confirmation officielle. Cette backyard caritative est organisée au profit de l’association Rêves, qui aide des enfants et adolescents gravement malades à réaliser leurs rêves.
Pour cette première édition, Clemquicourt a réuni un plateau sportif remarquable, plusieurs grandes marques et une communauté mobilisée depuis des semaines. Mais cette réussite en matière de communication soulève aussi des critiques. Certains spectateurs ont le sentiment d’assister à une immense opération publicitaire organisée entre personnalités d’un même réseau.
Ce reproche mérite d’être examiné, car il révèle une transformation profonde de l’économie du trail.
Une course caritative qui fonctionne aussi comme une campagne de marketing d’influence
Pour comprendre ce qui se joue autour des « 25h qui courent », il faut d’abord regarder leur fonctionnement économique. Brooks Running, Deezer, Ciao Energy et Hellowork figurent parmi les partenaires annoncés. Chacun intervient avec son propre intérêt commercial, mais tous bénéficient d’une même chose : l’audience réunie autour de Clemquicourt et de ses invités.
Le sponsoring sportif n’a évidemment rien de nouveau. Les marques financent des compétitions depuis des décennies en échange d’une visibilité sur les maillots, les panneaux publicitaires ou les retransmissions. Ce qui change ici, c’est la capacité à transformer pratiquement chaque étape de l’événement en contenu numérique.
Avant même le premier départ, les annonces de participants, les entraînements, les vidéos de préparation et les publications des invités génèrent déjà de l’audience. Et cette audience possède une valeur économique mesurable.
Le meilleur exemple est fourni par l’agence LEVELED, qui a organisé pour Brooks une journée d’entraînement préparatoire le 1er octobre. Selon le bilan publié par cette agence, l’opération a réuni 23 créateurs de contenu et 3 athlètes professionnels, représentant 6,6 millions d’abonnés cumulés.
Elle revendique également 13 vidéos Instagram ayant généré 5,7 millions de vues. L’objectif comprenait explicitement la découverte et l’essai des produits Brooks dans des conditions proches de celles d’une backyard.
Ces chiffres ne décrivent pas simplement une journée de sport entre amis. Ils correspondent aux indicateurs habituellement utilisés pour évaluer la portée d’une campagne de marketing d’influence.
Ce constat n’enlève rien à la réalité de l’entraînement effectué par les participants. Il montre simplement que la préparation sportive et la promotion commerciale peuvent être organisées simultanément, avec des bénéfices différents pour chaque acteur.
Pourquoi la critique de la « publicité pour les copains » n’est pas totalement infondée
L’autre particularité des « 25h qui courent » tient à la concentration des relations professionnelles autour de l’événement.
Clemquicourt est représenté par Fraich’Touch, une agence spécialisée dans l’accompagnement de sportifs et de créateurs de contenu. Cette structure participe également à l’organisation de la backyard. Plusieurs athlètes invités figurent par ailleurs dans son portefeuille de talents, notamment Mathieu Blanchard, Blandine L’Hirondel, Ludovic Pommeret et Théo Detienne.
Cette proximité a déjà été documentée par u-Trail. Elle ne constitue pas, en elle-même, une anomalie. Une agence est précisément là pour développer des projets, rapprocher ses talents et construire des partenariats avec des marques.
Mais c’est aussi pour cette raison que la critique mérite d’être entendue.
Lorsque l’organisateur, une partie des participants et certains professionnels chargés du projet appartiennent à un même environnement économique, l’événement devient naturellement un lieu de rencontres et de valorisation pour ce réseau.
Un athlète gagne en exposition, un créateur touche de nouveaux abonnés, une agence renforce les liens entre ses talents et une marque bénéficie de contenus susceptibles de circuler bien après la fin de la compétition.
Ce fonctionnement n’implique ni rémunération cachée ni arrangement irrégulier. Rien dans les informations disponibles ne permet de soutenir de telles accusations.
En revanche, il serait tout aussi excessif de prétendre que les retombées commerciales n’existent pas sous prétexte que la course poursuit un objectif caritatif.
Le cas de Ciao Energy illustre cette convergence. La boisson a été lancée par Squeezie avec Léna Situations et Inoxtag, trois personnalités issues de l’univers des créateurs de contenu. Sa présence comme partenaire d’une course portée par un influenceur montre à quel point les frontières entre sport, divertissement et marques créées par des personnalités d’Internet sont devenues perméables.
La backyard de Clemquicourt ne fait donc pas qu’accueillir des sponsors. Elle réunit un écosystème dans lequel les différents participants peuvent mutuellement renforcer leur visibilité.
Mais reprocher à Clemquicourt d’avoir attiré des marques serait passer à côté de l’essentiel
Il faut néanmoins prendre garde à ne pas transformer une analyse économique en accusation morale.
Organiser une épreuve de cette ampleur nécessite des moyens considérables. Accueillir 100 coureurs, gérer une boucle pendant 25 heures, assurer la logistique et produire une retransmission suivie par une communauté importante ne relève pas de la simple sortie entre amis.
Les partenaires contribuent à rendre cette opération possible. Hellowork annonce notamment une contribution de 50 000 euros de dons au profit de l’association Rêves.
Ces déclarations émanent des intéressés, mais elles constituent des éléments importants pour comprendre la démarche.
Il existe donc une différence fondamentale entre constater qu’un événement procure des bénéfices d’image et affirmer que ses organisateurs cherchent à tirer un profit financier personnel de la générosité du public.
Le premier phénomène est évident dans le fonctionnement du marketing sportif. Le second nécessiterait des preuves qui ne sont pas établies ici.
Sur le plan sportif, le projet possède également une vraie valeur. Réunir des champions d’ultra-trail, des créateurs populaires et des amateurs sur une même boucle crée des rencontres que les compétitions classiques permettent rarement.
Les 50 places réservées à la communauté donnent par ailleurs à des coureurs anonymes l’occasion de partager un événement avec des athlètes de premier plan.
Et l’intérêt du format backyard est réel : au fil des heures, la différence entre le champion et l’amateur ne se résume plus à la vitesse. La gestion de l’effort, l’alimentation, la résistance mentale et la capacité à repartir deviennent déterminantes.
Il faut toutefois noter que la limitation à 25 heures distingue cet événement d’une backyard traditionnelle, où les départs se poursuivent jusqu’à ce qu’un seul concurrent soit encore capable de terminer sa boucle. Ce plafond permet notamment d’organiser un programme de diffusion avec une durée définie.
C’est une adaptation parfaitement compréhensible pour un événement médiatique, mais elle confirme aussi que le format a été pensé pour répondre à plusieurs objectifs : sportifs, caritatifs et audiovisuels.
Le véritable risque pour le trail n’est pas le sponsoring, mais la confusion des rôles
Le débat dépasse finalement le cas de Clemquicourt. Ce que montrent les « 25h qui courent », c’est la manière dont le trail devient progressivement une industrie du contenu.
Pendant longtemps, les marques cherchaient principalement à s’associer aux performances des athlètes et à la notoriété des courses. Désormais, elles peuvent aussi investir directement dans des communautés de créateurs dont la puissance médiatique ne dépend pas uniquement de leurs résultats sportifs.
Un influenceur capable de rassembler plusieurs centaines de milliers de personnes peut devenir un acteur commercial majeur, même sans posséder le palmarès d’un champion du monde.
Cette évolution a des avantages. Elle permet de renouveler les publics, d’attirer des financements et de faire découvrir le trail à des personnes qui ne se seraient jamais intéressées à une course de montagne.
Mais elle pose également une question de hiérarchie : dans ces nouveaux événements, qu’est-ce qui fait réellement la valeur d’un participant ? Ses résultats sportifs, sa capacité à tenir 25 heures ou le nombre de personnes qui le suivent sur Instagram et Twitch ?
Pour une opération construite autour de l’audience, ces critères peuvent parfaitement coexister. Encore faut-il reconnaître qu’ils ne répondent pas à la même logique.
Le risque serait de présenter comme une compétition sportive traditionnelle ce qui relève aussi d’un programme de divertissement conçu pour les réseaux sociaux.
De la même manière, il ne faudrait pas que la dimension caritative rende toute interrogation sur les partenariats commerciaux automatiquement suspecte.
Soutenir une association est une bonne chose. Cela n’empêche pas le public de s’intéresser au financement de l’événement, à la place des sponsors ou à la nature des contenus promotionnels diffusés autour de la course.
Au contraire, plus une opération mobilise la générosité du public, plus la clarté de son fonctionnement devient importante.
En résumé, la backyard de Clemquicourt n’est ni une arnaque publicitaire ni une simple course entre amis
Il serait finalement assez confortable de caricaturer cette affaire dans un sens comme dans l’autre.
Présenter les « 25h qui courent » comme une immense publicité déguisée reviendrait à ignorer le travail réalisé, la réalité du défi sportif et les sommes qui peuvent être mobilisées pour les enfants soutenus par l’association Rêves.
Mais raconter uniquement l’histoire d’une bande de passionnés qui se retrouve pour courir serait tout aussi réducteur. Les chiffres publiés par les professionnels du marketing, l’implication des agences et la présence des marques montrent que l’événement possède une dimension commerciale structurée.
Et il n’y a aucune raison de feindre de l’ignorer.
Le mérite de Clemquicourt est précisément d’avoir compris qu’en 2026, la popularité d’un créateur de contenu pouvait devenir un levier suffisamment puissant pour réunir des champions, des entreprises et une communauté autour d’un même projet.
C’est une réussite en matière d’organisation et de mobilisation. Mais cette réussite ne doit pas empêcher d’en analyser les mécanismes.
À mes yeux, le problème n’est donc pas que les « 25h qui courent » soient aussi une opération publicitaire. Le problème commencerait si cette dimension commerciale était occultée derrière le discours caritatif, ou si les performances sportives finissaient par devenir secondaires dans un événement qui se présente d’abord comme une course.
La meilleure réponse aux critiques ne sera pas nécessairement un nouveau discours sur la passion, l’amitié ou la générosité. Ce sera la transparence : des partenariats clairement identifiés, un bilan précis de la collecte et une présentation honnête de ce que chaque acteur apporte à l’événement.
Car au fond, c’est peut-être cela que révèle la backyard de Clemquicourt : le trail n’est plus seulement un sport qui attire les marques. Il devient aussi un espace où les professionnels de l’influence savent créer leurs propres événements, leurs propres audiences et leurs propres opportunités commerciales.
On peut s’en réjouir, le critiquer ou simplement constater cette évolution. Mais on ne peut plus faire comme si elle n’existait pas.
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Sources
- LEVELED – Bilan de l’opération Brooks organisée le 1er octobre 2026
- Association Rêves – Présentation des 25h qui courent
- Hellowork – Partenariat et contribution de 50 000 euros
- Goulven Cornec – Précisions sur le bénévolat et les partenaires
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.










