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🎧 Plus de huit ans après son lancement, la pétition demandant à Decathlon de retirer de ses magasins les produits consacrés à la chasse continue de circuler et dépasse désormais les 111 000 signatures.
Derrière cette mobilisation ancienne, mais toujours active, revient une question de fond : une enseigne dont l’identité repose sur le sport doit-elle continuer à vendre du matériel destiné à la chasse ?
Chez Decathlon, les univers se croisent depuis longtemps. Running, trail, randonnée, cyclisme, natation, fitness ou sports collectifs occupent une grande partie de l’espace commercial de l’enseigne, mais la chasse conserve elle aussi une place importante à travers une offre spécialisée, notamment portée par la marque Solognac.
C’est précisément cette coexistence qui alimente depuis plusieurs années une contestation portée par des défenseurs de la cause animale. En 2018, une pétition intitulée « #Décathlon, supprimez vos rayons #chasse » avait été lancée pour demander à l’enseigne de mettre fin à la commercialisation de ces produits.
À l’époque, le texte avait rapidement rencontré un écho important. Ouest-France indiquait déjà que la pétition avait dépassé les 27 000 signatures quelques jours seulement avant l’ouverture de la saison de chasse, tandis que plusieurs médias évoquaient ensuite un total supérieur à 50 000 soutiens. Texte collé
Aujourd’hui, la mobilisation n’a pas disparu. La page de la pétition affiche désormais 111 944 signatures, ce qui montre que le sujet continue de susciter une opposition durable.
La chasse : sport ou pas
C’est le cœur du débat soulevé par les auteurs de la pétition, qui résument leur position avec une formule très directe : « la chasse n’est pas un sport ».
Cette affirmation mérite toutefois d’être détaillée, car la chasse peut bel et bien demander une condition physique solide. Certaines pratiques impliquent plusieurs heures de marche, du dénivelé, des déplacements sur des terrains difficiles, le port de matériel lourd et parfois des conditions météorologiques exigeantes.
Pour autant, l’effort physique ne suffit pas, à lui seul, à transformer une activité en discipline sportive.
Dans la course à pied, le trail, le cyclisme ou la natation, l’effort constitue le cœur même de la pratique. Le but consiste à parcourir une distance, gérer une intensité, franchir un dénivelé, atteindre une ligne d’arrivée ou se confronter à un autre participant selon des règles établies.
Dans la chasse, l’effort physique joue un rôle différent. Il accompagne la pratique, mais il n’en constitue généralement pas la finalité. La marche, l’endurance ou la progression dans la nature servent avant tout à rechercher, suivre ou prélever un animal.
C’est cette distinction qui nourrit depuis longtemps l’argument des opposants à la chasse : une activité peut être exigeante physiquement sans entrer automatiquement dans la même catégorie que les sports de performance.
L’argument selon lequel la chasse serait un sport parce qu’elle peut demander de marcher plusieurs heures mérite d’être nuancé.
Certaines formes de chasse sont effectivement physiques, notamment en montagne ou lorsqu’il faut parcourir de longues distances. Mais ce n’est pas le cas de toutes les pratiques.
– Lors de certaines battues, par exemple, des chasseurs rejoignent leur secteur en voiture ou en pick-up, regagnent ensuite leur poste
– et peuvent rester debout ou immobiles pendant une grande partie de l’action.
– La pratique est par ailleurs accessible à des chasseurs très âgés, ce qui montre bien que l’intensité physique varie énormément selon les situations.
Surtout, l’effort physique n’est pas la finalité de la chasse. Dans une course à pied, un trail, une épreuve cycliste ou une compétition sportive, la performance repose sur le déplacement, l’endurance, la vitesse, la technique ou la confrontation selon des règles communes.
– Dans la chasse, marcher, attendre ou se déplacer servent à atteindre un autre objectif : repérer et éventuellement tuer un animal.
C’est là que se situe la différence fondamentale mise en avant par les auteurs de la pétition : dans le sport, la finalité n’est pas de tuer un être vivant. La chasse peut donc demander des qualités physiques, parfois importantes, sans que cela suffise à la placer automatiquement dans la même catégorie que le running, le trail ou les autres disciplines sportives.
Pourquoi Decathlon se retrouve au centre du débat
La polémique prend une dimension particulière parce qu’elle concerne Decathlon, une enseigne historiquement associée au sport et à sa démocratisation.
Pour de nombreux clients, Decathlon représente d’abord un lieu où l’on vient chercher une première paire de chaussures de running, un vélo, du matériel de randonnée, des équipements de natation ou encore un sac de trail. La présence, dans le même univers commercial, de produits destinés à la chasse est donc perçue par certains comme une contradiction.
Les auteurs de la pétition estiment ainsi qu’une enseigne qui construit son image autour du sport devrait concentrer son offre sur des pratiques dont l’objectif central repose sur l’activité physique elle-même.
Une pétition anti-chasse qui s’inscrit dans la durée
La force de cette mobilisation tient aussi à sa longévité.
Huit ans après son lancement, le texte continue d’être consulté, partagé et signé, alors même que Decathlon n’a pas retiré ses produits liés à la chasse.
Le contraste est donc assez clair : d’un côté, plus de 111 000 personnes ont soutenu une demande de suppression de ces rayons ; de l’autre, l’enseigne continue de considérer la chasse comme un univers commercial à part entière.
Cette opposition illustre deux conceptions très différentes du rôle d’un magasin de sport.
Pour les signataires, vendre du matériel de chasse revient à placer sur le même plan des disciplines fondées sur la performance physique et une pratique dont l’objectif reste le « prélèvement d’un animal ».
Pour les défenseurs de la chasse, la question se pose autrement : cette activité est légale, encadrée et pratiquée par un grand nombre de personnes, ce qui justifie selon eux la commercialisation d’équipements adaptés.
Dès 2018, des représentants du monde de la chasse avaient d’ailleurs contesté les demandes de retrait des rayons en invoquant notamment la liberté de commerce.
En résumé, pour les traileurs, le sujet résonne particulièrement
Le débat dépasse largement la seule question commerciale, notamment dans le milieu du trail.
Traileurs, randonneurs et chasseurs fréquentent souvent les mêmes forêts, les mêmes chemins et les mêmes massifs, particulièrement en automne et en hiver. Cette cohabitation alimente régulièrement des discussions sur la sécurité, l’accès aux sentiers et le partage des espaces naturels.
La question posée par la pétition prend donc une dimension supplémentaire pour les pratiquants de course nature : faut-il considérer comme sport toute activité qui exige un effort physique et se déroule en plein air, ou faut-il aussi regarder sa finalité ?
C’est précisément là que le slogan des pétitionnaires prend tout son sens.
Pour eux, la chasse peut être physique, technique et exigeante, mais elle ne devient pas pour autant un sport au même titre que la course à pied, le trail, le cyclisme ou la natation.
Et plus de huit ans après le lancement de la mobilisation, le chiffre reste impressionnant : 111 944 personnes demandent toujours à Decathlon de supprimer ses rayons chasse.
Le débat, lui, reste ouvert.
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.





