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🎧 À près de 2 000 mètres d’altitude, au Cormet de Roselend en Savoie, l’artiste franco-suisse Saype vient de réaliser une fresque éphémère de plus de 2 000 m² avec le Mont-Blanc en toile de fond. L’œuvre représente une main humaine rejoignant la patte d’un chien. Elle a été commandée par Paramount pour promouvoir Heart of the Beast, le nouveau film avec Brad Pitt, qui sort le 23 septembre 2026.
Sur le papier, le projet coche toutes les cases du land art respectueux de son environnement : une œuvre temporaire, réalisée sur l’herbe et destinée à disparaître. Mais son objectif reste commercial. Et dans le monde de la montagne, où les pratiquants du trail sont désormais régulièrement appelés à réduire leurs déplacements, leurs déchets et plus largement leur empreinte environnementale, cette opération publicitaire géante mérite au moins de poser une question.
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Le Mont-Blanc sert ici de toile de fond à la fresque. L’œuvre elle-même ne lui est pas consacrée : elle reprend le thème du film, centré sur la relation entre un homme, son chien et la nature sauvage.
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Paramount fait de la montagne un support publicitaire géant
Il faut d’abord bien comprendre ce dont il s’agit.
La fresque n’apparaît pas dans le film avec Brad Pitt et elle n’a pas servi au tournage. Paramount a directement sollicité Saype pour réaliser une opération de promotion autour de sa sortie.
L’artiste explique avoir été contacté quatre mois auparavant et avoir accepté parce que le studio lui laissait une liberté artistique complète. La réalisation s’étend sur plus de 2 000 m² au Cormet de Roselend, dans un paysage spectaculaire de Savoie.
Autrement dit, la montagne devient ici le décor d’une campagne publicitaire mondiale.
Et c’est précisément là que le parallèle avec le trail devient intéressant.
Pendant ce temps, le traileur apprend à compter son empreinte carbone
Depuis plusieurs années, le discours environnemental prend une place croissante dans le trail.
Les organisateurs demandent aux coureurs de conserver leurs déchets, de ne pas couper les sentiers, d’utiliser leurs propres gobelets et couverts et de privilégier des moyens de transport moins carbonés. Sur l’UTMB Mont-Blanc 2026, la question va beaucoup plus loin : une contribution carbone liée au trajet aller-retour est devenue obligatoire pour les participants, tandis qu’un dispositif encourage les modes de déplacement les moins émetteurs.
La raison est documentée. Selon le rapport d’impact publié par l’UTMB, l’édition 2024 a représenté environ 18 600 tonnes de CO₂ équivalent, et 88 % de cette empreinte provenait des déplacements. L’organisation vise désormais une réduction de 20 % de ses émissions à l’horizon 2030.
Ces efforts ont une logique : les sports de nature dépendent directement de la préservation des espaces dans lesquels ils se pratiquent.
Mais ils créent aussi une situation assez étonnante.
Le même paysage devient acceptable lorsqu’il sert à vendre un film ?
Le traileur reçoit donc un message de plus en plus précis : limiter son empreinte, respecter les sentiers, éviter l’érosion, rapporter ses déchets et réfléchir à la manière dont il se déplace jusqu’aux courses.
Au même moment, une multinationale du cinéma peut financer une œuvre publicitaire de 2 000 m² dans un alpage, précisément parce que le décor naturel est suffisamment spectaculaire pour faire circuler les images de sa campagne.
Cela ne signifie pas que la fresque de Saype constitue en elle-même une catastrophe écologique.
La nuance est importante.
Saype a justement construit une partie de son travail autour d’œuvres éphémères et de matériaux destinés à limiter leur empreinte. La fresque disparaîtra progressivement et n’a pas vocation à laisser une installation permanente dans l’alpage.
Mais la question écologique ne se résume pas à demander : « la peinture est-elle biodégradable ? »
Une peinture biodégradable ne répond pas à toutes les questions
Une opération de cette taille nécessite aussi une organisation : repérage, acheminement des personnes et du matériel, plusieurs jours de travail, prises de vues aériennes et communication autour du projet.
Pour autant, aucune donnée publique retrouvée autour de cette campagne ne permet de chiffrer précisément son empreinte globale.
Il serait donc excessif d’affirmer que cette fresque pollue davantage qu’une autre campagne publicitaire. Mais il serait tout aussi rapide de conclure qu’elle devient écologique simplement parce que l’image disparaîtra avec la pousse de l’herbe.
C’est là que le débat dépasse Brad Pitt et Paramount.
À force de parler d’écologie aux traileurs, il faut aussi regarder les autres usages de la montagne
Le monde du trail accepte progressivement des contraintes environnementales de plus en plus fortes. L’UTMB investit par exemple plus de 500 000 euros par an depuis 2023 dans son dispositif de mobilité, avec 120 bus et 15 lignes autour du massif.
Les organisateurs demandent également aux coureurs de rester sur les chemins car couper les sentiers favorise l’érosion.
Ces mesures peuvent être justifiées.
Mais si l’on considère que la montagne constitue un milieu fragile qu’il faut préserver, le raisonnement devrait dépasser les seuls pratiquants sportifs.
Une montagne protégée lorsqu’un traileur la traverse devrait aussi rester une montagne sur laquelle on s’interroge avant d’installer une campagne publicitaire de plusieurs milliers de mètres carrés.
La fresque de Saype présente probablement l’une des formes les moins durables physiquement de publicité puisqu’elle est éphémère. C’est justement ce qui rend le cas intéressant : même dans cette configuration relativement vertueuse, demeure une question de fond sur l’usage que nous voulons faire des paysages de montagne.
En résumé, le problème n’est peut-être pas la fresque, mais le deux poids deux mesures
Il serait facile de faire de cette opération un scandale écologique. Les éléments disponibles ne permettent pas de l’affirmer.
En revanche, le contraste existe.
D’un côté, le traileur est désormais invité à calculer son trajet, à réduire son plastique, à prendre une navette, à apporter son gobelet et à laisser le moins de traces possible.
De l’autre, un studio hollywoodien utilise un alpage face au Mont-Blanc comme support spectaculaire pour lancer un film avec Brad Pitt.
La question mérite donc d’être posée sans caricature : si nous voulons réellement protéger la montagne, pourquoi la réflexion environnementale devrait-elle s’arrêter aux coureurs et commencer à devenir secondaire lorsqu’il s’agit de publicité ?
C’est peut-être finalement le lien le plus intéressant entre cette fresque et le trail : la montagne ne devrait pas changer de statut écologique selon celui qui l’utilise.
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