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🎧 Depuis quelques jours, l’expression « divorce alpin » s’est invitée dans le débat politique français.
Derrière ce terme spectaculaire se mélangent pourtant plusieurs réalités : des témoignages de femmes laissées seules pendant une randonnée, un véritable drame survenu en haute montagne en Autriche, puis une polémique déclenchée par l’eurodéputée LFI Emma Fourreau et amplifiée par la réponse ironique de Sophia Aram.
Pour comprendre de quoi on parle réellement, il faut commencer par séparer les faits établis de ce qui relève aujourd’hui surtout d’un phénomène viral sur les réseaux sociaux.
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Qu’est-ce qu’un « divorce alpin » ?
L’expression anglaise « alpine divorce » est utilisée depuis plusieurs mois sur les réseaux sociaux pour désigner une situation dans laquelle une personne abandonne son ou sa partenaire au cours d’une randonnée ou d’une sortie en montagne.
Le terme ne correspond à aucune catégorie juridique ni à un phénomène faisant l’objet de statistiques officielles.
Son histoire est d’ailleurs plus ancienne que TikTok : l’expression renvoie à An Alpine Divorce, une nouvelle publiée en 1893 par Robert Barr dans laquelle un homme projette la mort de son épouse pendant un séjour dans les Alpes. Elle a été remise au goût du jour en 2026 après la diffusion de témoignages de femmes racontant avoir été laissées seules pendant des randonnées.
Les situations racontées sont extrêmement différentes.
Cela peut aller d’un partenaire qui marche beaucoup trop vite et ne se retourne plus jusqu’à un abandon après une dispute, parfois avec une personne épuisée ou privée d’une partie du matériel.
Dans les témoignages transmis à u-Trail, une gardienne de refuge apporte d’ailleurs une nuance intéressante : elle explique récupérer également des jeunes hommes abandonnés par leur propre groupe parce qu’ils sont trop lents, parfois sans eau, batterie ou carte.
Autrement dit, abandonner le membre le plus faible d’un groupe en montagne constitue avant tout un problème de sécurité, quel que soit son sexe.
Le drame autrichien qui a donné une autre dimension au débat
Le dossier le plus grave régulièrement associé au « divorce alpin » est celui du Grossglockner.
Le 19 janvier 2025, une femme de 33 ans est morte de froid quelques dizaines de mètres sous le sommet du Grossglockner, le plus haut sommet d’Autriche, qui culmine à 3 798 mètres.
Il ne s’agissait pas d’une randonnée touristique ordinaire, mais d’une sortie alpine hivernale particulièrement exigeante.
Selon le parquet d’Innsbruck, son compagnon, beaucoup plus expérimenté qu’elle en haute montagne, avait organisé la course et devait être considéré comme le responsable de la sortie. Le ministère public lui a reproché une succession de mauvaises décisions avant qu’il ne laisse sa compagne, épuisée, hypothermique et désorientée, environ 50 mètres sous le sommet.
En février 2026, il a été reconnu coupable d’homicide par négligence grave et condamné à cinq mois de prison avec sursis ainsi qu’à une amende.
Le tribunal n’a cependant pas conclu qu’il avait volontairement voulu tuer ou abandonner sa compagne. Le juge a au contraire distingué l’absence d’intention criminelle de la responsabilité qu’il avait prise en conduisant une personne nettement moins expérimentée dans ces conditions.
Cette nuance est essentielle.
Utiliser ce drame comme preuve qu’il existerait une pratique organisée consistant pour des hommes à abandonner leurs compagnes serait aller beaucoup plus loin que ce que la justice a établi.
L’eurodéputée LFI Emma Fourreau fait entrer le « divorce alpin » dans le débat politique français
La polémique française est née après une prise de parole d’Emma Fourreau, eurodéputée La France insoumise.
Voir cette publication sur Instagram
Elle affirme que les cas d’abandon de femmes en montagne seraient « de plus en plus fréquents » et présente certains de ces comportements comme une forme de violence conjugale. Elle évoque notamment des femmes laissées seules sans eau, nourriture, carte ou GPS.
Sur ce point, il existe effectivement de nombreux témoignages publiés ces derniers mois.
Ce qu’on ne possède pas, en revanche, ce sont des statistiques permettant de mesurer le phénomène.
Même les articles ayant popularisé l’expression reconnaissent qu’il est actuellement impossible de savoir si ces situations augmentent réellement ou si leur visibilité augmente simplement parce que les femmes les racontent davantage.
Emma Fourreau va également plus loin en évoquant des hommes qui pourraient abandonner leur compagne pour aller plus vite et améliorer leurs performances sur Strava. Là encore, aucun chiffre disponible ne permet d’établir qu’il s’agirait d’une pratique significative.
C’est notamment cette généralisation qui va provoquer la polémique.
Sophia Aram lui répond par l’ironie
Sophia Aram s’est alors emparée de la séquence.
Voir cette publication sur Instagram
Sur Instagram, l’humoriste répond sur le registre de la satire avec cette phrase :
« Merci Emma “Brockovich” Fourreau de dénoncer la violence faite aux randonneuses abandonnées pendant leur balade… » Elle accompagne notamment sa publication des hashtags LFI, féminisme, violences faites aux femmes et patriarcat. La vidéo provoque à son tour une avalanche de réactions.
Certains internautes considèrent que la prise de parole d’Emma Fourreau donne involontairement l’image de femmes incapables de retrouver seules leur chemin ou de gérer une randonnée.
D’autres reprochent au contraire à Sophia Aram de tourner en dérision des situations pouvant réellement devenir dangereuses.
Qui est Sophia Aram, et pourquoi est-elle autant décriée ?
Sophia Aram est une humoriste, chroniqueuse et éditorialiste française, notamment connue pour ses billets politiques sur France Inter. Elle se définit elle-même comme universaliste, laïque, sociale-démocrate et féministe, et construit depuis plusieurs années une grande partie de ses chroniques autour de la critique des extrêmes politiques, du complotisme, de l’islamisme et d’une partie de la gauche contemporaine.
C’est précisément ce dernier point qui en a fait une personnalité particulièrement clivante. Sophia Aram s’en prend régulièrement à La France insoumise et à Jean-Luc Mélenchon, qu’elle critique parfois de manière très virulente. Certains de ses détracteurs lui reprochent ainsi de concentrer une part importante de ses chroniques sur LFI, au point que des auditeurs de France Inter ont dénoncé auprès de la médiatrice de Radio France un positionnement devenu, selon eux, trop politique ou trop idéologique. D’autres défendent au contraire sa liberté de ton et considèrent que ses chroniques participent au pluralisme du service public.
Elle est également régulièrement attaquée pour ses positions sur la laïcité, l’islam politique, Israël ou encore certaines évolutions du féminisme et de la gauche. Ces prises de position lui ont valu des accusations d’islamophobie ou de glissement vers la droite, qu’elle récuse : Sophia Aram affirme au contraire être restée fidèle à une gauche universaliste et considère que c’est une partie de la gauche qui a changé.
Sa réponse ironique à Emma Fourreau ne surgit donc pas de nulle part. Elle s’inscrit dans un conflit politique et culturel beaucoup plus ancien entre Sophia Aram et une partie de La France insoumise. Dans la polémique sur le « divorce alpin », elle ne se contente ainsi pas de commenter un sujet de randonnée : elle tourne aussi en dérision la manière dont l’eurodéputée LFI a politisé le phénomène.
Le problème des « divorces alpins » existe, mais son ampleur reste inconnue
On peut donc établir plusieurs choses.
Des personnes sont réellement abandonnées par leur compagnon ou leur groupe pendant des sorties en montagne. Des femmes ont témoigné de situations humiliantes, inquiétantes et parfois dangereuses. Dans les témoignages recueillis sur les réseaux sociaux, certaines décrivent un compagnon parti loin devant alors qu’elles étaient épuisées ou blessées. Un drame mortel a également conduit un tribunal autrichien à condamner un homme pour négligence grave.
En revanche, aucune donnée disponible ne permet aujourd’hui d’affirmer que le « divorce alpin » constitue un phénomène massif ou qu’il serait en augmentation.
Et surtout, toutes les situations ne peuvent pas être mises dans le même sac.
Il existe une différence considérable entre laisser volontairement une personne vulnérable et épuisée seule dans un environnement dangereux et décider, sur un chemin parfaitement balisé, que chacun terminera tranquillement sa randonnée de son côté.
C’est probablement cette distinction qui s’est perdue depuis que le « divorce alpin » est devenu un objet de bataille politique.
Sources
Parquet d’Innsbruck et décision du tribunal d’Innsbruck concernant le drame du Grossglockner ; ministère autrichien de la Justice ; Associated Press ; presse internationale ; publications publiques d’Emma Fourreau et Sophia Aram ; témoignages publics transmis à u-Trail.
Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.
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