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Rien que ce jeudi 6 août 2026, deux traileuses ont parlé publiquement de leurs règles sur les réseaux sociaux. Alix Noblat like une publication où avoir ses règles c’est être en bonne santé (OK avec les bonnes infos on comprend son obsession, elle est en parcours PMA). Quelques heures après ces grandes déclarations, c’est Marianne Hogan qui nous a raconté avoir été super contente d’avoir ses règles après la Western States.
Deux publications différentes, mais un même constat : dans le trail, le cycle menstruel est devenu un sujet récurrent de communication. Retour des règles, disparition du cycle, entraînement selon les phases hormonales ou récupération après un ultra… Les athlètes en parlent désormais ouvertement et présentent souvent cette prise de parole comme un message essentiel de prévention.
🎥 Pourquoi cette communication autour des règles me gêne
À la rédaction, cette omniprésence commence pourtant à nous gêner. Non parce que le sujet serait honteux ou sans intérêt médical, mais parce que son importance ne justifie pas nécessairement d’en faire un contenu permanent.
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Parler librement ne signifie pas tout raconter
La disparition des règles chez une sportive d’endurance peut constituer un signal d’alerte. Personne ne conteste l’intérêt d’informer les femmes sur ce sujet. Mais cette réalité médicale ne suffit pas à justifier sa transformation systématique en contenu destiné aux réseaux sociaux.
Le cycle menstruel semble progressivement devenir un passage presque obligé de la communication des sportives. Retour des règles, absence de règles, entraînement selon les différentes phases du cycle, récupération hormonale : chaque évolution intime est racontée, commentée et généralement présentée comme un acte courageux ou éducatif.
Lever un tabou est une chose. Transformer chaque manifestation physiologique en publication en est une autre.
Un sujet important peut aussi devenir envahissant
Le raisonnement est presque toujours identique : puisque les règles ont longtemps été cachées ou considérées comme honteuses, il faudrait désormais en parler le plus souvent possible.
Mais sortir d’un silence imposé ne devrait pas conduire à une nouvelle injonction, celle de tout partager.
On peut souhaiter que les sportives disposent d’informations fiables sans avoir besoin de connaître le détail du cycle menstruel de chaque athlète suivie sur Instagram. La pédagogie peut passer par des médecins, des études, des dossiers spécialisés ou des témoignages approfondis.
Elle ne nécessite pas que chaque retour de règles devienne une actualité sportive.
Les réseaux sociaux déforment tout
Dans la vie réelle, personne n’entre dans une boulangerie en annonçant devant toute la file d’attente : « Oyez, oyez, j’achète un pain au chocolat parce que j’ai mes règles. »
Sur les réseaux sociaux, en revanche, ce qui resterait normalement intime devient un contenu public. Chaque sensation, chaque variation hormonale et chaque détail du corps peut être raconté, scénarisé puis présenté comme un message nécessaire.
Le problème n’est pas de parler des règles. Le problème est cette mécanique qui transforme désormais le moindre élément de la vie privée en prise de parole destinée à produire de l’attention, de l’émotion et de l’engagement.
Les athlètes n’ont-elles plus autre chose à raconter ?
C’est également ce qui finit par gêner : le corps intime prend parfois davantage de place que le sport lui-même.
Les performances, les choix tactiques, les méthodes d’entraînement, les parcours ou la concurrence disparaissent derrière une succession de confidences concernant les hormones, le sommeil, la digestion et les règles.
L’athlète n’est alors plus seulement présentée comme une sportive. Elle devient un corps dont chaque variation physiologique est susceptible d’alimenter son récit numérique.
Cette communication se veut féministe et libératrice. Elle risque pourtant de produire l’effet inverse : ramener continuellement la parole des femmes à leur fonctionnement biologique.
L’intimité n’est pas réactionnaire
Considérer que les règles relèvent aussi de l’intimité ne signifie pas vouloir rétablir un tabou. Cela revient simplement à reconnaître qu’une frontière peut encore exister entre informer et tout exposer.
Le progrès consiste à permettre aux femmes de parler librement de leur cycle lorsqu’elles le souhaitent. Il ne consiste pas à considérer que chaque publication sur leurs règles est forcément exemplaire, courageuse ou indispensable.
Une sportive doit pouvoir raconter son cycle menstruel sans honte. Le public doit également pouvoir trouver cette exposition répétée envahissante, sans être immédiatement accusé de nier la réalité du corps féminin.
La liberté de parler devrait aussi comprendre la liberté de ne pas tout raconter.
Santé publique ou stratégie de communication ?
Ces publications servent-elles réellement toutes les femmes ou servent-elles aussi la communication personnelle des athlètes qui les diffusent ?
Sur Instagram, l’intimité génère de l’engagement. Elle suscite des réactions, des félicitations et des témoignages personnels. La confidence devient une preuve d’authenticité et permet de transformer un événement physiologique individuel en victoire publique.
La publication de Marianne Hogan en fournit un exemple particulièrement clair. La traileuse explique que le maintien de son cycle après la Western States représente à ses yeux une victoire plus importante que son résultat sportif. Le message a immédiatement déclenché des milliers de réactions enthousiastes.
Cela ne signifie pas que son témoignage soit insincère. Cela n’interdit pas non plus d’interroger la manière dont une donnée aussi intime est utilisée et mise en scène sur les réseaux sociaux.
Une publication personnelle n’est pas forcément éducative
Parler publiquement de ses règles est souvent présenté comme un acte d’éducation. Pourtant, une confidence personnelle ne fournit pas nécessairement une information exploitable par les autres sportives.
Marianne Hogan explique que ses règles n’ont pas disparu après son cinquième 100 miles, contrairement aux quatre précédents. Mais sa publication initiale ne détaille pas les changements qui auraient permis cette évolution : alimentation, charge d’entraînement, récupération, suivi médical ou gestion de l’intensité.
Une internaute lui pose d’ailleurs immédiatement la question : « Qu’avez-vous changé ? »
C’est précisément la limite de ce type de contenu. Le résultat intime est célébré, mais les explications concrètes susceptibles d’aider réellement les autres femmes restent parfois absentes.
Parler des règles, oui. En parler tout le temps, non
Le cycle menstruel mérite une information sérieuse, accessible et décomplexée. Il ne doit pas pour autant devenir un argument automatique permettant de légitimer chaque publication intime.
La disparition des règles chez une sportive ne doit pas être banalisée. Mais le caractère médicalement important du sujet ne signifie pas qu’il soit nécessaire d’en parler en permanence.
Tout sujet sérieux n’a pas vocation à occuper tout l’espace. Toute confidence personnelle n’est pas automatiquement un acte de pédagogie. Et lever un tabou ne devrait pas imposer au public de tout savoir du cycle menstruel des traileuses.
Sources
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