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Après avoir suivi une formation consacrée au changement climatique, Mathieu Blanchard a été interrogé par L’Équipe sur les actions qu’il comptait mettre en place pour réduire son impact sur l’environnement.
Le traileur évoque sa voiture électrique et la diminution de la viande rouge, mais laisse totalement de côté les déplacements en avion liés à une carrière sportive internationale.
🎥 En vidéo : je vous explique pourquoi Mathieu Blanchard évite la question de l’avion
Mathieu Blanchard veut utiliser sa notoriété pour sensibiliser sa communauté au changement climatique. L’intention est louable et sa prise de parole peut contribuer à faire évoluer les comportements dans le milieu du trail.
Mais lorsqu’un journaliste lui demande concrètement ce qu’il va mettre en place pour réduire son propre impact environnemental, sa réponse reste étonnamment éloignée de la réalité spécifique d’un traileur professionnel qui participe à des courses dans plusieurs pays.
Le Français parle de voiture électrique et d’alimentation. Il ne dit rien de l’avion. Il enfonce des portes ouvertes en évitant le sujet qui fâche.

Mathieu Blanchard parle de voiture électrique et de viande rouge
Mathieu Blanchard a participé à Sport For Future, un programme de trois jours organisé à Chamonix pour former des sportifs de haut niveau aux causes et aux conséquences du changement climatique.
Interrogé par L’Équipe sur les mesures qu’il souhaitait mettre en place, le traileur explique être passé à la voiture électrique trois ans auparavant. Il affirme également vouloir réduire fortement sa consommation de protéines animales, en particulier la viande rouge.
Ces deux leviers ne sont évidemment pas inutiles.
La fabrication et l’utilisation d’une voiture électrique conservent une empreinte environnementale, mais son bilan carbone moyen reste inférieur à celui d’un véhicule thermique dans le contexte français. Réduire la consommation de viande rouge constitue également une mesure reconnue pour diminuer son empreinte personnelle.
Interrogé sur son impact, Mathieu Blanchard ne parle pas de ses déplacements en avion
Dans toute sa réponse, Mathieu Blanchard ne prononce pas un mot sur les voyages nécessaires à sa carrière internationale.
Il parle pourtant quelques lignes auparavant de sa participation à la Western States, aux États-Unis. Son parcours sportif récent l’a également conduit sur de grandes épreuves organisées hors d’Europe, notamment au Canada. L’internationalisation du trail professionnel implique des déplacements dont l’impact ne peut pas être évacué d’une réflexion sérieuse sur le climat.
Il ne s’agit pas d’exiger qu’un athlète renonce immédiatement à toute compétition située à l’étranger. Il pourrait toutefois expliquer qu’il souhaite réduire le nombre de vols, regrouper ses engagements, privilégier le train en Europe ou renoncer à certaines invitations secondaires.
Or rien de tout cela n’apparaît dans sa réponse.
Pour le trail, les déplacements figurent parmi les principaux postes d’émissions
L’ADEME rappelle que l’impact d’un sport de nature ne se limite pas à l’activité elle-même. Le matériel, l’alimentation et surtout les déplacements doivent également être pris en compte.
L’agence indique que les transports représentent l’un des postes les plus émetteurs autour de la pratique sportive. Elle cite d’ailleurs les traileurs Xavier Thévenard et Andy Symonds parmi les sportifs ayant accepté de renoncer à certaines compétitions pour éviter de prendre l’avion.
Selon l’outil Impact CO₂ fondé sur les données de l’ADEME, un trajet aérien moyen ou long-courrier représente environ 167 grammes de CO₂e par passager et par kilomètre, contre 67,4 grammes par kilomètre pour une voiture électrique moyenne.
La comparaison ne doit pas être utilisée trop simplement, car les conditions de transport et les distances ne sont pas identiques. Mais elle montre l’ordre de grandeur : quelques milliers de kilomètres parcourus en avion peuvent rapidement peser lourd dans un bilan annuel.
Passer à la voiture électrique pour ses trajets quotidiens est donc positif. Mais cette décision ne dispense pas de réfléchir aux vols internationaux accomplis pour courir, communiquer ou répondre aux obligations des partenaires.
Mathieu Blanchard identifie la nourriture comme un poste majeur, mais évite l’angle mort de sa carrière
Dans son entretien, Mathieu Blanchard présente l’alimentation comme l’autre grand poste d’émissions après les transports.
Mais sa réponse sur les transports se limite à sa voiture.
C’est précisément là que son raisonnement manque d’envergure. Pour un sportif amateur qui travaille et court principalement près de chez lui, le remplacement d’un véhicule thermique par une voiture électrique peut représenter une évolution importante.
Pour une personnalité du trail international, la question ne peut pas s’arrêter au moteur utilisé entre le domicile et le lieu d’entraînement.
Elle doit aussi porter sur le nombre de compétitions disputées à plusieurs milliers de kilomètres, sur les voyages promotionnels, sur les stages et sur les déplacements imposés par les marques.
Les lecteurs de L’Équipe ont immédiatement remarqué l’absence du mot « avion »
L’angle mort de cette réponse n’a pas échappé aux lecteurs.
Sous l’entretien publié par L’Équipe, le commentaire mis en avant pose directement la question des voyages en avion effectués pour participer aux courses. Cette réaction ne prouve évidemment pas quelle est l’empreinte carbone personnelle de Mathieu Blanchard, mais elle montre que le public attendait une réponse sur ce sujet précis.
Le traileur explique régulièrement que ses prises de position environnementales provoquent des critiques. Certaines sont probablement agressives ou injustes.
Mais toutes les interrogations sur ses déplacements ne peuvent pas être réduites à des attaques de « haters ».
Demander à un sportif qui alerte sur le changement climatique comment il compte réduire ses voyages aériens constitue une question légitime, surtout lorsqu’il revendique lui-même le pouvoir d’influence des champions.
Le problème n’est pas que Mathieu Blanchard ne soit pas parfait
Aucun sportif ne peut afficher une empreinte carbone nulle. Exiger une perfection immédiate reviendrait d’ailleurs à empêcher presque toute prise de parole sur le climat.
Mathieu Blanchard a raison sur un point : il faut pouvoir commencer progressivement, sans attendre de connaître tous les travaux scientifiques ni d’avoir supprimé chaque source d’émissions.
Mais progresser suppose aussi de regarder les postes les plus difficiles à remettre en cause.
La voiture électrique et la réduction de la viande rouge sont des engagements relativement simples à présenter. Réduire un calendrier international, refuser une course prestigieuse ou discuter les exigences d’un sponsor demande beaucoup plus de courage.
C’est pourtant à cet endroit que la prise de parole d’un athlète professionnel peut réellement dépasser les gestes individuels ordinaires.
En résumé, Mathieu Blanchard passe à côté de la principale contradiction du trail international
Mathieu Blanchard ne dit pas n’importe quoi. Rouler en électrique et diminuer la viande rouge peuvent réellement participer à la réduction de son impact.
Mais sa réponse demeure incomplète.
Lorsqu’un traileur professionnel est interrogé sur son empreinte environnementale, la question des voyages en avion ne peut pas disparaître derrière celle de sa voiture personnelle.
Le trail ne pourra pas dénoncer la disparition des glaciers, les incendies et la destruction des forêts tout en considérant son calendrier international comme intouchable.
Mathieu Blanchard veut utiliser son influence pour faire évoluer les comportements. Pour être pleinement crédible, il devra aussi expliquer comment il compte faire évoluer les déplacements qui rendent possible sa propre carrière.
Sources
- Entretien de Mathieu Blanchard et Emily Harrop publié par L’Équipe le 5 août 2026. (L’Équipe)
- Recommandations de l’ADEME sur l’impact environnemental des sports de nature et des déplacements. (ADEME Infos)
- Données Impact CO₂ relatives à l’avion et à la voiture électrique. (Impact CO₂)
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