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đ§ Ce que certains prĂ©sentaient comme une lubie marketing devient aujourdâhui un argument central de la performance en ultra-trail et c’est ce que nous Ă©crivions bien avant tout le monde.
Selon LâĂquipe, dans le podcast Ultra Run, Joseph Mestrallet a relancĂ© un vieux dĂ©bat du trail avec une phrase trĂšs forte : il ne voit pas comment on peut aujourdâhui gagner lâUTMB sans chaussures Ă plaques carbone, ou au minimum sans plaque composite. Le data scientist, qui a notamment accompagnĂ© des athlĂštes de trĂšs haut niveau, estime que le matĂ©riel peut dĂ©sormais peser entre 1 et 5 % sur la performance globale. Et dans cette marge, la chaussure occupe une place majeure.
Cette dĂ©claration a de quoi faire rĂ©agir. Pendant des annĂ©es, les plaques carbone ont Ă©tĂ© associĂ©es Ă la route, au marathon, Ă la vitesse pure, aux records et aux allures Ă©levĂ©es. Dans lâesprit de beaucoup de coureurs, la plaque carbone servait Ă courir vite, sur terrain plat, avec une foulĂ©e rĂ©guliĂšre et un bitume parfaitement lisse sous les pieds.
Sauf que le trail nâest pas la route. LâUTMB nâest pas un marathon. Et les descentes de nuit entre Courmayeur, Champex-Lac, Trient, Vallorcine et Chamonix nâont rien Ă voir avec une ligne droite sur asphalte.
Câest justement ce que uTrail Ă©crivait dĂ©jĂ dĂšs 2023 : en trail, les plaques carbone ne sont pas dâabord faites pour aller plus vite. Elles servent surtout Ă protĂ©ger. Ă amortir. Ă rĂ©partir les impacts. Ă soulager les articulations dans les descentes. Ă prĂ©server les jambes quand la course commence Ă durer trĂšs longtemps.
Ă lâĂ©poque, certains voyaient encore ces chaussures comme une absurditĂ© sur sentier. Une sorte de Porsche lancĂ©e en forĂȘt, trop rigide, trop technique, trop Ă©loignĂ©e de lâesprit trail. Pourtant, lâidĂ©e centrale Ă©tait dĂ©jĂ lĂ : le carbone en trail nâa pas le mĂȘme rĂŽle que le carbone sur route.
Trois ans plus tard, cette intuition devient presque une évidence dans le discours de la performance.
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uTrail ne parlait déjà pas de propulsion, mais de protection avec les plaques carbone dans le trail
Le grand malentendu autour des plaques carbone vient de la route. Sur marathon, elles ont Ă©tĂ© vendues, testĂ©es, mesurĂ©es et commentĂ©es Ă travers le prisme du rendement. Les marques ont parlĂ© de retour dâĂ©nergie. Les coureurs ont parlĂ© de records personnels. Les dĂ©bats se sont focalisĂ©s sur les secondes gagnĂ©es au kilomĂštre.
En trail, cette lecture est trop simple.
Sur un ultra de montagne, mĂȘme les meilleurs mondiaux ne passent pas leur journĂ©e Ă dĂ©rouler une foulĂ©e rapide et rĂ©guliĂšre. Ils marchent en montĂ©e, relancent sur les portions roulantes, freinent dans les descentes, se battent avec les cailloux, les racines, la fatigue, la mĂ©tĂ©o, la nuit et lâusure musculaire.
Ă ces allures, la plaque carbone nâa pas le mĂȘme intĂ©rĂȘt que sur route. Elle ne transforme pas un traileur en fusĂ©e. Elle ne permet pas soudainement de courir lâUTMB comme un semi-marathon. Elle agit autrement.
Elle rigidifie la chaussure. Elle stabilise une partie de lâappui. Elle rĂ©partit les contraintes. Elle peut limiter certains mouvements parasites. Elle peut aussi rĂ©duire la sensation de casse dans les longues descentes. En clair, elle ne sert pas seulement Ă pousser plus fort. Elle sert Ă encaisser mieux.
Câest exactement lâidĂ©e que uTrail dĂ©fendait dĂ©jĂ : en trail, la plaque carbone devient surtout intĂ©ressante quand elle joue un rĂŽle de bouclier.
Sur lâUTMB, les jambes explosent rarement dâun coup
LâUTMB ne se perd pas toujours sur une crise spectaculaire. Il ne se perd pas seulement sur une hypoglycĂ©mie, une erreur de ravitaillement ou un coup de sommeil. Il se perd aussi lentement, dans une dĂ©gradation progressive des jambes.
Au dĂ©but, tout va bien. Le coureur descend encore proprement. Les quadriceps rĂ©pondent. Les appuis restent prĂ©cis. Puis, au fil des heures, les descentes coĂ»tent plus cher. Les impacts sâaccumulent. Les fibres musculaires fatiguent. Les relances deviennent plus courtes. Les foulĂ©es deviennent plus lourdes. Et Ă un moment, le coureur ne choisit plus vraiment son allure.
Il subit.
Câest lĂ que la protection devient un enjeu de performance. Une chaussure qui permet de rĂ©duire un peu les dĂ©gĂąts musculaires peut avoir un effet considĂ©rable en fin de course. Pas forcĂ©ment parce quâelle fait gagner 30 secondes dans une montĂ©e. Mais parce quâelle peut Ă©viter de perdre 20 minutes dans une descente devenue impossible Ă courir.
En ultra-trail, le vrai luxe nâest pas toujours dâaller plus vite. Câest de pouvoir encore courir quand les autres nây arrivent plus.
Joseph Mestrallet met des mots de data sur une intuition de terrain
La force de la dĂ©claration de Joseph Mestrallet, câest quâelle donne une lĂ©gitimitĂ© nouvelle Ă une idĂ©e longtemps traitĂ©e comme un dĂ©bat de geeks du matĂ©riel. Quand il explique que les plaques carbone sont devenues fondamentales pour gagner lâUTMB, il ne parle pas seulement de marketing. Il parle de performance globale, de protection musculaire et de gestion de course.
Autrement dit, il met des mots de data et de trÚs haut niveau sur une intuition que beaucoup de coureurs de terrain avaient déjà ressentie.
Une chaussure de trail ne se juge pas uniquement au dynamisme des premiĂšres foulĂ©es. Elle se juge aussi aprĂšs 5 h, 10 h, 15 h ou 20 h dâeffort. Elle se juge quand les descentes deviennent brutales. Elle se juge quand chaque pierre remonte dans les quadriceps. Elle se juge quand le coureur doit encore avancer alors que ses jambes ont dĂ©jĂ encaissĂ© des milliers dâimpacts.
Câest pour cela que le dĂ©bat a changĂ©. La question nâest plus seulement : est-ce que la plaque carbone fait aller plus vite ? La vraie question devient : est-ce quâelle permet dâĂȘtre encore capable de courir plus tard ?
Et sur un ultra comme lâUTMB, cette nuance change tout.
Les plaques carbone dans le trail ne vont pas remplacer lâentraĂźnement
Il faut Ă©videmment Ă©viter le raccourci inverse. Les plaques carbone ne gagnent pas lâUTMB toutes seules. Elles ne remplacent ni le volume dâentraĂźnement, ni lâexpĂ©rience, ni la stratĂ©gie, ni la nutrition, ni le mental, ni la technique en descente.
Un coureur mal prĂ©parĂ© ne deviendra pas performant parce quâil chausse un modĂšle Ă plaque. Un amateur fragile techniquement ne deviendra pas soudainement stable sur pierrier. Une chaussure trop rigide, trop haute ou mal adaptĂ©e au terrain peut mĂȘme devenir un problĂšme si elle nâa pas Ă©tĂ© testĂ©e sĂ©rieusement.
Le matériel ne remplace jamais le coureur.
Mais au trÚs haut niveau, quand les écarts sont faibles et que chaque détail compte, refuser un outil capable de protéger les jambes peut devenir un vrai désavantage. Le trail professionnel fonctionne désormais comme cela. Les athlÚtes optimisent tout : les bùtons, les sacs, les textiles, les montres, les données, les ravitaillements, les stratégies de pacing, les apports glucidiques, les phases de marche, les descentes et les chaussures.
Dans ce contexte, la plaque carbone nâest plus un gadget. Elle devient une piĂšce de plus dans une mĂ©canique globale de performance.
Les amateurs doivent garder la tĂȘte froide
Pour les coureurs amateurs, le message doit rester plus nuancĂ©. Ce qui est pertinent pour un vainqueur potentiel de lâUTMB ne lâest pas forcĂ©ment pour tous les traileurs.
Une chaussure Ă plaque peut ĂȘtre intĂ©ressante sur un ultra, surtout si elle apporte une vraie stabilitĂ©, un bon amorti et une sensation de protection en descente. Mais elle doit ĂȘtre adaptĂ©e au niveau du coureur, au terrain, Ă sa foulĂ©e et Ă sa capacitĂ© Ă rester propre techniquement malgrĂ© la fatigue.
Sur certains profils, une plaque trop rigide peut ĂȘtre inconfortable. Sur certains terrains trĂšs techniques, une chaussure trop haute peut faire perdre de la prĂ©cision. Sur certains coureurs, le bĂ©nĂ©fice thĂ©orique peut ĂȘtre annulĂ© par un manque de confiance dans les appuis.
Le bon choix nâest donc pas automatiquement la chaussure la plus chĂšre ou la plus technologique. Le bon choix, câest la chaussure qui permet de rester efficace longtemps.
Mais cela ne change pas le fond du sujet : la plaque carbone en trail ne doit plus ĂȘtre regardĂ©e uniquement comme un outil de vitesse. Elle doit ĂȘtre comprise comme un outil de protection.
Le cas Kilian Jornet montre que le débat reste ouvert
Ăvidemment, dĂšs quâon parle de plaques carbone et dâUTMB, un nom arrive trĂšs vite : Kilian Jornet. Ses chaussures NNormal Kjerag 2 ne sont pas prĂ©sentĂ©es comme des modĂšles Ă plaque carbone. Faut-il en conclure quâil serait condamnĂ© face Ă des adversaires Ă©quipĂ©s de plaques ?
Non.
Kilian Jornet reste un cas Ă part. Sa technique, son Ă©conomie de course, son expĂ©rience de la montagne, sa luciditĂ© stratĂ©gique et sa capacitĂ© Ă courir diffĂ©remment du reste du peloton rendent toute conclusion dĂ©finitive dangereuse. Certains athlĂštes exceptionnels peuvent sâaffranchir dâune tendance gĂ©nĂ©rale parce quâils ont un rapport au terrain et Ă lâeffort que les autres nâont pas.
Mais une exception ne suffit pas à annuler une évolution.
Le dĂ©bat ne consiste pas Ă dire quâaucun coureur ne pourra jamais gagner sans plaque. Il consiste Ă constater quâaujourdâhui, pour la majoritĂ© des prĂ©tendants Ă la victoire, la chaussure Ă plaque carbone ou composite devient un avantage trĂšs difficile Ă ignorer.
En résumé, uTrail avait vu juste
Ce sujet dĂ©range parce quâil touche Ă lâidentitĂ© du trail. Pendant longtemps, le trail sâest racontĂ© comme un sport plus libre, plus naturel, plus brut que la route. On y parlait de sentiers, de montagne, de boue, de mĂ©tĂ©o, de gestion et dâhumilitĂ©.
Mais le haut niveau avance. Les marques investissent. Les staffs se professionnalisent. Les donnĂ©es deviennent omniprĂ©sentes. La nutrition se calcule au gramme prĂšs. Les stratĂ©gies de course sâanalysent avant mĂȘme le dĂ©part. Et les chaussures deviennent, elles aussi, des outils de prĂ©cision.
Il ne faut pas sâen Ă©tonner. DĂšs quâun sport se professionnalise, le matĂ©riel prend de la place. Le trail nâĂ©chappe pas Ă cette logique.
Ce qui Ă©tait encore discutĂ© en 2023 devient aujourdâhui presque incontournable dans les conversations sur la performance. La plaque carbone nâest plus seulement un sujet de boutique. Elle devient un sujet de victoire.
La formule peut faire sourire, mais elle est assez simple : uTrail avait raison avant tout le monde.
Pas parce que uTrail aurait annoncĂ© que les plaques carbone allaient transformer tous les traileurs en champions. Pas parce que uTrail aurait confondu route et montagne. Justement lâinverse.
uTrail avait vu que lâintĂ©rĂȘt majeur de la plaque carbone en trail nâĂ©tait pas la vitesse pure, mais la protection. Les descentes moins destructrices. Les chocs mieux absorbĂ©s. Les articulations soulagĂ©es. Les jambes prĂ©servĂ©es plus longtemps. La capacitĂ© Ă continuer Ă courir quand lâultra commence vraiment.
Aujourdâhui, Joseph Mestrallet formule cette mĂȘme idĂ©e avec les mots du trĂšs haut niveau. Il parle de performance globale, de micro-lĂ©sions, de protection musculaire et de capacitĂ© Ă gagner lâUTMB. Le vocabulaire change. Le fond reste le mĂȘme.
En trail, la plaque carbone ne sert pas seulement à accélérer. Elle sert surtout à durer.
Et sur lâUTMB, durer est souvent la premiĂšre condition pour gagner.
Source
- LâĂquipe, podcast Ultra Run, propos de Joseph Mestrallet sur les plaques carbone et lâUTMB.
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