L’absence de Ruth Croft et l’abandon de Courtney Dewaulter ne retirent rien à cette victoire de prestige, à laquelle peu de monde s’attendait, compte tenu des déclarations de la championne de chez Kiprun, puisqu’elle affirmait encore quelques jours avant la course qu’elle ne serait pas à 100%. Ainsi et malgré une victoire saluée dans toute la presse à travers le monde ainsi que sur les réseaux sociaux, certaines critiques, bien que rares, ont tenté de salir l’image de la nouvelle reine de l’univers.
Blandine L’Hirondel : courir en étant blessée, est-ce que c’est bien (quand on est medecin)
Après son succès à la Transvulcania au mois de mai, la Française a été stoppée par une blessure au psoas, au point de devoir interrompre la course à pied puis reprendre progressivement, avec seulement quelques minutes de footing au début.
À cette préparation déjà largement perturbée est venue s’ajouter une endofibrose iliaque à la jambe gauche, une pathologie artérielle qui la faisait encore souffrir à l’approche du départ et pour laquelle elle doit être opérée en novembre. Quelques jours avant l’UTMB, Blandine L’Hirondel reconnaissait elle-même ne pas être à 100 %. Cela ne l’a pas empêchée de parcourir les 174 kilomètres autour du Mont-Blanc en21 h 54 min 49 s, de remporter l’épreuve et même de terminer malgré plusieurs chutes dans l’ultime descente vers Chamonix. Une victoire obtenue avec une préparation très loin d’avoir été idéale.
En effet, avant même le départ de la course, beaucoup de commentateurs ont estimé que Blandine ne faisait même pas partie des favorites puisqu’elle était blessée (nous reviendrons sur cette notion plus bas). Certains ont même utilisé le fait qu’elle soit médecin (gynécologue plus précisément) pour critiquer sa simple présence sur l’UTMB.
Est-ce qu’une personne soignante hautement qualifiée montre le bon exemple en prenant le départ d’une course de 175km et 10000m de dénivelé alors qu’elle doit subir une opération chirurgicale prochainement ?
La réponse n’est pas aussi simple… Et surtout, la question n’est pas la bonne.
Blandine s’est ainsi exprimée à plusieurs reprises sur son état de forme et notamment ses soucis de santé, survenus après sa magnifique victoire sur la Transvulcania, en mai dernier. Certes, elle a dû ralentir l’entrainement ces derniers mois. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que Blandine a non seulement indiqué qu’elle ne serait pas à 100% mais, surtout, que les médecins qui s’occupaient de son suivi lui avaient donné l’autorisation de prendre le départ de l’UTMB. Sans entrer dans le détail, cette pathologie, qui touche une artère de la jambe gauche, nécessite une intervention chirurgicale, qui n’est pas urgente (elle devrait avoir lieu avant la fin de l’année). Ce souci de santé ne l’empêchait en rien de courir mais, d’après les dires de Blandine, il l’empêchait de courir à une intensité élevée. Par conséquent, courir un ultra à allure lente ou modérée se révélait ainsi plus conseillé et moins dangereux que de courir un sprint de 400m.
Au-delà, on peut se demander : et si c’était ce souci qui l’avait aidée à gagner ? Le fait pour Blandine d’être limitée dans son intensité l’a forcément contrainte à courir prudemment. La prudence, sans doute une des clefs pour réussir (et gagner) un ultra. Par ailleurs, ne pas être considérée comme une favorite constitue sans doute un énorme avantage sur la plus grosse course d’ultra trail du monde : moins de pression médiatique, moins de charge mentale, moins de stress… Tous les bons ingrédients étaient donc réunis pour que Blandine assure une belle course, un joli chrono et, par conséquent, un classement digne d’elle-même. Bravo madame, vous avez gagné avec classe, style et panache !