🎧 Plus de 600 prises en charge et 24 hospitalisations : jusqu’où ira-t-on pour éviter d’annuler une course ?
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Une semaine seulement après le week-end dramatique de la Pentecôte en France, le monde de la course à pied vient de vivre un nouvel épisode qui devrait faire réfléchir tout le secteur.
Pourquoi le 20 km de Bruxelles aurait dû être annulé
Parce que les chiffres parlent d’eux même
Ce dimanche, les 20 km de Bruxelles ont réuni près de 50 000 participants. À l’arrivée, plus de 600 personnes ont été prises en charge par la Croix-Rouge et 24 coureurs ont dû être évacués vers l’hôpital. Parmi eux, au moins un participant souffrait d’une hyperthermie liée à l’effort.
À première vue, certains répondront que le bilan reste faible rapporté aux dizaines de milliers de participants. C’est d’ailleurs l’argument que l’on entend déjà sur les réseaux sociaux.
Pourtant, ce n’est pas la conclusion que j’en tire.
Au contraire, ce bilan illustre selon moi un problème de plus en plus préoccupant : les organisateurs semblent désormais prêts à tout pour maintenir leurs événements, même lorsque les conditions deviennent limites.
Parce qu’une course ne devrait pas avoir besoin d’un plan anti-hyperthermie pour exister
Avant même le départ, les organisateurs savaient que la chaleur serait au cœur des préoccupations.
La Croix-Rouge belge avait mobilisé un dispositif exceptionnel : 430 secouristes, quatorze postes médicaux, plusieurs unités anti-hyperthermie et des bains glacés répartis sur le parcours.
Médicalement, ces équipements sont utiles. Personne ne remet cela en cause.
Mais il faut aussi se poser la question inverse.
À partir de quel moment le fait de devoir prévoir des bains glacés pour traiter les victimes potentielles de coups de chaleur devient-il lui-même un signal d’alerte ?
Car un bain glacé est un traitement d’urgence. Ce n’est pas un outil destiné à rendre une course sûre.
Lorsqu’une organisation commence à prévoir massivement la prise en charge des hyperthermies, c’est peut-être qu’elle devrait aussi s’interroger sur l’opportunité de maintenir l’événement.
Parce que le raisonnement est en train de s’inverser
Pendant longtemps, le principe était simple.
Une course était organisée parce que les conditions permettaient son déroulement dans des conditions raisonnables de sécurité.
Aujourd’hui, on a parfois l’impression que la logique devient différente.
La question n’est plus : « Les conditions permettent-elles d’organiser la course ? »
La question devient : « Quelles mesures supplémentaires pouvons-nous mettre en place pour organiser la course malgré les conditions ? »
La différence est fondamentale.
Dans un cas, la sécurité constitue le point de départ de la réflexion.
Dans l’autre, la tenue de l’événement devient l’objectif principal, et la sécurité un problème à gérer ensuite.
Parce que les secours ne devraient pas devenir une assurance annulation déguisée
L’autre élément frappant est le rôle de plus en plus important confié aux dispositifs médicaux.
À Bruxelles, les secours ont fait un travail remarquable. Les équipes étaient préparées et ont permis de prendre en charge rapidement les participants en difficulté.
Mais il ne faudrait pas que cette efficacité devienne un argument permettant de maintenir des événements qui devraient être repensés.
Car derrière les chiffres se trouvent des personnes réelles : des coureurs hospitalisés, des médecins mobilisés, des secouristes sollicités pendant des heures et des services de santé qui absorbent les conséquences.
Le succès d’un dispositif de secours ne devrait jamais servir à justifier la prise de risque en amont.
Parce que le précédent week-end aurait dû servir d’avertissement
Le plus troublant est probablement le contexte.
Quelques jours auparavant seulement, la France connaissait un week-end marqué par un décès sur une course à Paris, un autre lors d’une compétition Hyrox à Lyon et de nombreux malaises graves recensés sur plusieurs événements.
Autrement dit, le monde de l’endurance sportive disposait déjà de tous les signaux d’alerte possibles.
Dans ce contexte, voir un événement de près de 50 000 participants se dérouler avec plus de 600 prises en charge médicales donne le sentiment que les leçons n’ont pas encore été totalement tirées.
Parce qu’un jour, les autorités finiront par décider à la place des organisateurs
C’est probablement le véritable danger.
Aujourd’hui, les organisateurs tiennent à préserver leurs événements. C’est parfaitement compréhensible.
Mais si les situations de ce type se multiplient, les autorités publiques, les assureurs et les préfectures finiront par imposer leurs propres règles.
Et ce jour-là, le secteur perdra une partie de sa liberté d’organisation.
Une annulation est toujours impopulaire. Elle coûte de l’argent. Elle déçoit les coureurs.
Mais entre une annulation responsable et plusieurs centaines d’interventions médicales, la question mérite au minimum d’être posée.
Car lorsqu’une course nécessite des bains glacés, des unités anti-hyperthermie, des centaines de secouristes et des dizaines d’évacuations vers l’hôpital pour se dérouler, il n’est plus absurde de se demander si elle aurait dû avoir lieu.
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