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🎧 Des traileurs reconnus réalisent des performances hors normes, mais restent moins visibles que certains influenceurs running.
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Nous avons publié hier un classement croisant les performances sportives et la puissance médiatique de plusieurs personnalités du running. L’article montrait notamment que le nombre d’abonnés n’était pas toujours proportionnel au niveau atteint sur les sentiers.
Paul Clément, Guillaume Grima, Sébastien Raichon, Aurélien Sanchez et Claire Bannwarth ne sont pas des inconnus. Leurs performances imposent le respect dans le milieu de l’ultra-trail.
Leur visibilité reste pourtant très inférieure à celle de créateurs de contenu qui ne jouent pas dans la même catégorie sportive.
5 traileurs bien plus performants que les influenceurs les plus médiatisés
Paul Clément
Paul Clément a gagné la Yukon Arctic Ultra 2026 en parcourant 645 kilomètres en 9 jours, 1 heure et 39 minutes.
Le Français a traversé le nord-ouest canadien en quasi-autonomie, en tirant une pulka contenant son équipement, ses vêtements et une partie de son ravitaillement. Le parcours représentait également près de 12 000 mètres de dénivelé positif.
Sur ce type d’épreuve, il faut gérer le sommeil, l’alimentation, les pieds, l’humidité, le matériel et les longues périodes d’isolement.
Paul Clément n’est pourtant pas un athlète professionnel dont la seule activité consiste à s’entraîner et à produire du contenu. Il travaille comme directeur exécutif dans le secteur de la santé chez Natixis CIB.
Il a donc préparé puis remporté l’une des courses d’endurance les plus difficiles au monde tout en poursuivant une carrière professionnelle.
Le contraste avec l’économie actuelle du running est saisissant. Certains influenceurs sont invités sur des courses, reçoivent leur matériel et consacrent une grande partie de leur activité à raconter leur préparation. Paul Clément, lui, a surtout fait parler ses jambes pendant neuf jours.
Guillaume Grima
Guillaume Grima est parfaitement connu des passionnés d’ultra-endurance.
En 2025, il avait pris la deuxième place de la Yukon Arctic Ultra derrière Mathieu Blanchard. Il avait alors parcouru plus de 600 kilomètres en 8 jours, 2 heures et 24 minutes, avec des températures descendant parfois autour de –40 degrés.
En 2026, Guillaume Grima a longtemps mené la course avant de devoir abandonner après plus de 400 kilomètres. Ses pieds, détrempés et couverts d’ampoules, ne lui permettaient plus de poursuivre sans mettre sa santé en danger.
Cet abandon ne diminue pas son niveau. Il rappelle la violence d’une épreuve sur laquelle même les meilleurs peuvent être arrêtés par le froid, l’humidité ou la dégradation du corps.
Ancien chasseur alpin, Guillaume Grima s’est installé dans le Yukon et travaille notamment comme meneur de chiens de traîneau. Son environnement quotidien ressemble davantage à un entraînement de survie qu’à un décor choisi pour tourner une vidéo promotionnelle.
Il dispose aujourd’hui de partenaires, mais sa notoriété numérique reste sans commune mesure avec la difficulté de ses performances.
Guillaume Grima n’est pas un coureur oublié. Il est un athlète reconnu dont la visibilité publique reste très inférieure à la valeur sportive.
Sébastien Raichon
Lors de la Barkley 2026, aucun participant n’est parvenu à terminer les cinq boucles dans la limite des 60 heures.
Sébastien Raichon a signé la meilleure performance de l’édition. Le Français a bouclé trois tours en 38 heures, 5 minutes et 46 secondes, validant ce que l’organisation appelle une « Fun Run ».
Le terme peut prêter à sourire. Une Fun Run sur la Barkley correspond à trois boucles accomplies en moins de 40 heures, sur un terrain extrêmement difficile, avec une navigation en grande partie réalisée à la carte et à la boussole.
Les distances exactes de la Barkley font régulièrement débat, mais la difficulté ne repose pas uniquement sur le kilométrage. Les coureurs affrontent des pentes très raides, une végétation dense, des conditions météorologiques changeantes et une importante privation de sommeil.
Sébastien Raichon a donc réalisé la meilleure performance d’une édition au cours de laquelle aucun athlète n’a terminé les cinq boucles.
Son résultat a été largement commenté dans le milieu du trail. Il n’a pourtant pas bénéficié de la caisse de résonance qu’aurait obtenue un influenceur suivi par plusieurs centaines de milliers de personnes pour un défi beaucoup plus accessible.
Aurélien Sanchez
Aurélien Sanchez a marqué l’histoire du trail français en 2023 en devenant le premier Français à terminer la Barkley.
Il avait bouclé les cinq tours en 58 heures, 42 minutes et 23 secondes, en tête d’une édition qui n’avait compté que trois finishers. Cet exploit ne relevait pas d’un coup isolé. Le Français préparait ce projet depuis plusieurs années à travers des épreuves d’orientation, des ultras en autonomie et plusieurs records sur des itinéraires de longue distance.
Il détenait notamment le record du John Muir Trail sans assistance, établi en 2018 en 3 jours, 3 heures et 55 minutes. Il avait également signé une traversée rapide des Pyrénées par le GR10.
Aurélien Sanchez ne s’est pas arrêté à la Barkley. Le 23 juillet 2026, il a établi le nouveau record masculin avec assistance du Pacific Crest Trail, entre la frontière mexicaine et le Canada.
Avec l’aide d’une équipe, il a parcouru environ 4 200 kilomètres en 45 jours, 20 heures et 15 minutes. Il améliore de 16 heures et 35 minutes le précédent record, établi en 2023 par le Belge Karel Sabbe.
Cette performance représente près de 92 kilomètres par jour pendant plus d’un mois et demi, à travers la Californie, l’Oregon et l’État de Washington.
Avec la Barkley, le John Muir Trail et désormais le Pacific Crest Trail, Aurélien Sanchez possède l’un des palmarès les plus solides de l’ultra-endurance française.
Ingénieur de formation, passé par l’INSA de Toulouse, il a longtemps mené sa carrière professionnelle en parallèle de ses projets sportifs.
Aurélien Sanchez est reconnu dans le monde du trail, mais son exposition reste bien inférieure à celle de créateurs de contenu beaucoup moins performants. Pendant que certains influenceurs transforment chaque entraînement en événement, lui vient de courir près de deux marathons par jour pendant 46 jours.
Claire Bannwarth
Claire Bannwarth est devenue l’une des figures les plus identifiables de l’ultra-endurance française.
Sa particularité ne réside pas uniquement dans ses victoires, mais dans sa capacité à enchaîner des volumes de course que très peu d’athlètes pourraient supporter.
En 2023, elle avait notamment disputé 28 courses de longue distance au cours de la même année, avec des 100 miles, des 200 miles et des Backyards.
Après une lourde opération du pied et plusieurs mois difficiles, elle a remporté en août 2026 l’Ultra des 3 Vallées. Elle a terminé les 170 kilomètres et les 11 500 mètres de dénivelé positif en 34 heures, 49 minutes et 9 secondes.
Elle s’est surtout classée neuvième au scratch, devant la très grande majorité des hommes encore en course. Sur 140 partants, seulement 67 concurrents ont terminé l’épreuve.
Claire Bannwarth bénéficie de sponsors et d’une notoriété importante dans le trail. Il serait donc faux de la présenter comme une athlète anonyme ou abandonnée par les marques.
Sa communauté reste néanmoins inférieure à celle de certaines personnalités issues de la télévision ou de la création de contenu, malgré un niveau d’endurance qui appartient à une autre planète.
Les marques achètent une audience avant d’acheter un palmarès
Une entreprise ne choisit pas toujours un ambassadeur parce qu’il est le meilleur coureur.
Elle le sélectionne parce qu’il sait parler face à une caméra, produire régulièrement des contenus, présenter une paire de chaussures et transformer son audience en acheteurs.
D’un point de vue commercial, cette stratégie est logique. Un champion discret suivi par quelques milliers de passionnés peut générer moins de ventes qu’un coureur moyen capable de toucher plusieurs centaines de milliers de personnes.
Mais il faut alors employer les bons mots.
Un excellent influenceur n’est pas nécessairement un athlète d’élite. Un champion exceptionnel n’est pas obligatoirement un bon créateur de contenu. Le plus gros contrat ne récompense pas toujours la plus grande performance.
Les réseaux sociaux ont créé une hiérarchie économique qui ne correspond plus à la hiérarchie sportive.
Vous pouvez contacter Axelle Anne par message privé sur Facebook ou regarder ses vidéos YouTube.








