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Je pars du centre-ville, je rejoins le bois de la Courtesine, le chemin d’Escracho-Pevoupuis (je ne l’aime pas celui là), Bibémus, Bimont (parfois le barrage Zola quand le soleil tape moins), et je rentre avec une vingtaine de kilomètres dans les jambes. C’est une belle sortie mais cet été, avec la canicule, je n’irai pas. Pas parce que je n’aime plus courir. Pas parce que je suis devenue fragile. Mais parce qu’il fait beaucoup trop chaud et qu’à un moment, il faut arrêter de faire semblant.
🎥 Pourquoi je renonce à courir à la Sainte-Victoire cet été : mon avis en vidéo
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Le problème n’est plus seulement la canicule
À chaque nouvel épisode de fortes chaleurs, c’est la même chose. On publie un article sur une course adaptée ou annulée et les commentaires arrivent immédiatement :
« Il a toujours fait chaud en été. » « Il suffit de partir tôt. » « Moi j’ai déjà couru par 40 degrés. » « Ceux qui sont entraînés savent gérer. »
C’est précisément ce raisonnement qui me choque. Parce qu’il ramène tout à soi. Moi, je peux courir. Moi, je suis entraîné. Moi, je sais gérer la chaleur. Moi, je veux mon trail. Mais une course ne concerne pas uniquement la personne qui porte le dossard.
Votre niveau ne règle pas le problème
Vous pouvez être parfaitement entraîné et supporter 35 degrés. Très bien. Mais derrière une course, il y a aussi des bénévoles, des secouristes, des médecins, des équipes de secours et parfois des hôpitaux déjà fortement sollicités pendant les épisodes de chaleur. Le problème n’est donc pas de savoir si vous, individuellement, êtes capable de terminer votre trail.
Le problème est de savoir s’il est raisonnable d’organiser une épreuve avec plusieurs centaines ou plusieurs milliers de personnes lorsque les conditions deviennent extrêmes.
Le trail est parfois une incroyable concentration d’égoïsme
C’est là que notre communauté me déçoit. On passe notre temps à parler de solidarité, de respect de la montagne, d’entraide, de valeurs. Mais dès qu’un organisateur touche à notre petit plaisir personnel, tout disparaît. Une course raccourcie ? Scandale. Une barrière horaire modifiée ? Scandale. Un départ décalé ? Scandale. Une annulation ? Encore pire.
Parce que certains coureurs considèrent implicitement que puisqu’ils ont payé leur dossard et qu’ils se sentent capables de courir, tout le monde doit se mettre à leur disposition.
Oui, le trail va devoir changer
Qu’on le veuille ou non, les trails organisés en plein été vont devoir s’adapter. Peut-être avec des départs plus tôt. Peut-être avec davantage de courses nocturnes. Peut-être avec des parcours raccourcis. Peut-être avec des dates déplacées. Et parfois avec des annulations.
Parce qu’en montagne, la chaleur n’est même pas le seul problème. Quand ce ne sera pas la canicule, ce seront parfois les orages violents, les incendies, les restrictions d’accès aux massifs ou d’autres phénomènes qui obligeront les organisateurs à modifier leurs habitudes.
« Il a toujours fait chaud » : oui, et alors ?
Cet argument revient systématiquement. Bien sûr qu’il a déjà fait chaud en Provence. Personne ne prétend le contraire. Mais constater qu’il faisait chaud autrefois ne répond absolument pas à la question actuelle : à quelle fréquence devons-nous désormais organiser des courses dans des conditions qui obligent à renforcer les secours, déplacer les horaires ou revoir les parcours ? C’est cela qui compte. Pas le souvenir d’un été 1983 où votre grand-père courait sans flasque.
Protéger le trail, ce n’est pas réclamer le droit de courir coûte que coûte
Je sais que ces articles agacent. On me répond souvent que je veux interdire, empêcher, réglementer. C’est exactement l’inverse.
Je veux qu’il existe encore des trails dans dix, vingt ou trente ans. Et pour cela, notre sport doit montrer qu’il est capable d’être responsable avant que d’autres décident à sa place.
On peut continuer à discuter pour savoir si la température dans le salon est vraiment anormale. Ou commencer à éteindre l’incendie. Cet été, je ne monterai pas à Sainte-Victoire. Elle m’attendra. Et franchement, ce n’est pas très grave.
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