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🎧 321 kilomètres en 26 heures, soit plus de 12 km/h de moyenne : les statistiques Strava affichées par une coureuse après un défi entre Londres et Paris ont affolé Instagram.
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Certains internautes ont cru à un exploit individuel supérieur aux références mondiales de l’ultra-running, tandis que d’autres ont immédiatement dénoncé une performance impossible. Entre accusations de tricherie, admirateurs impressionnés et commentaires sceptiques, la publication de Lorraine Schaefer Pérez a semé la confusion. Mais derrière ces chiffres spectaculaires se cache une tout autre histoire, et la polémique repose sur un malentendu.
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Londres-Paris en courantLondres-Paris en courant : Une publication Instagram laisse croire Ă un exploit de 321 km Ă 4’55/km
Tout commence avec une vidéo publiée sur Instagram par Lorraine Schaefer Pérez, connue sous le pseudonyme @lorraino__.
La coureuse y apparaît pendant un défi reliant Londres à Paris. Sur les images figurent des statistiques Strava particulièrement impressionnantes :
- Distance : 321,17 kilomètres
- Allure moyenne : 4 min 55 s/km
- Temps : 26 h 22 min 33 s
Ces chiffres attirent immĂ©diatement l’attention.
Courir plus de 320 kilomètres en maintenant une allure infĂ©rieure Ă cinq minutes au kilomètre constituerait une performance exceptionnelle, y compris parmi les spĂ©cialistes mondiaux de l’ultra-running.
Dans les commentaires, les rĂ©actions se multiplient. Certains internautes fĂ©licitent la sportive, tandis que d’autres s’interrogent sur la crĂ©dibilitĂ© du rĂ©sultat.
Une internaute fait notamment remarquer que le temps affiché semble inférieur à la référence mondiale féminine sur 300 kilomètres.
D’autres demandent directement si les donnĂ©es sont rĂ©elles.
La publication suscite ainsi des rĂ©actions contradictoires : admiration pour une performance hors norme d’un cĂ´tĂ©, incomprĂ©hension et soupçons de l’autre.
Mais il manque une information essentielle pour interpréter ces statistiques.
Non, Lorraine Schaefer PĂ©rez n’a pas couru seule les 321 kilomètres
La distance affichée sur Instagram correspond à un défi collectif, et non à une performance individuelle.
Lorraine Schaefer PĂ©rez participait Ă une opĂ©ration baptisĂ©e Off Record, organisĂ©e par l’Ă©quipementier Saucony.
Le principe consistait à relier Londres à Paris en relais, avec une équipe de six coureurs.
Et contrairement Ă ce que certains commentaires peuvent laisser penser, la sportive n’a jamais prĂ©tendu avoir parcouru seule les 321 kilomètres.
Dans la lĂ©gende accompagnant sa vidĂ©o, elle Ă©crit explicitement en anglais que le projet rĂ©unissait six coureurs se relayant sans interruption, Ă l’exception de la traversĂ©e en ferry.
Elle prĂ©cise Ă©galement qu’il s’agissait d’un projet portĂ© par Saucony et remercie l’ensemble de l’Ă©quipe.
L’information Ă©tait donc accessible directement sous la publication.
Il ne s’agit pas d’une coureuse surprise en train de falsifier un record, mais d’une prĂ©sentation de statistiques qui a pu ĂŞtre interprĂ©tĂ©e comme une performance individuelle par les internautes n’ayant pas lu les explications.
Londres-Paris en courant : six coureurs réunis pour un défi de 338 kilomètres
Voir cette publication sur Instagram
Le défi Off Record a été annoncé le 6 octobre 2026.
Le départ était programmé le jeudi 15 octobre à 23 heures, depuis la boutique Saucony de Covent Garden, à Londres.
L’objectif Ă©tait de rejoindre Paris en moins de 36 heures.
La distance annoncĂ©e par les organisateurs Ă©tait d’environ 210 miles, soit 338 kilomètres.
Le parcours prĂ©voyait une première partie en Angleterre jusqu’Ă Newhaven, une traversĂ©e de la Manche en ferry, puis une seconde partie en France pour rejoindre la capitale.
Six sportifs avaient été sélectionnés :
- Freeman Williams
- Lorraine Schaefer Pérez
- Maud Merite
- Raul Wilmott
- Darren Chidas
- Kya Hammerton
Les participants présentaient des profils différents, avec des expériences variées en course à pied.
La préparation avait commencé plusieurs mois avant le départ, avec un accompagnement spécifique destiné à organiser les relais, gérer la fatigue et préparer les efforts nocturnes.
L’agence britannique Unsanctioned Athletics intervenait sur les aspects opĂ©rationnels du projet, notamment la prĂ©paration du parcours, les reconnaissances et la sĂ©curitĂ©.
Il s’agissait donc d’une opĂ©ration structurĂ©e, et non d’une tentative individuelle improvisĂ©e.
L’Ă©quipe a terminĂ© Londres-Paris en 34 h 24 min
Le défi a été mené à son terme.
Selon le bilan publié par Unsanctioned Athletics, les six coureurs ont relié Londres à Paris en 34 heures, 24 minutes et 21 secondes.
L’objectif initial, fixĂ© Ă moins de 36 heures, a donc Ă©tĂ© atteint.
Ce temps comprend Ă©galement la traversĂ©e de la Manche en ferry, ainsi que les opĂ©rations d’embarquement et de dĂ©barquement.
C’est un point important pour comprendre les diffĂ©rents chronos qui circulent.
Le temps total du dĂ©fi ne correspond pas uniquement au temps passĂ© Ă courir. Il comprend aussi le dĂ©placement maritime entre l’Angleterre et la France.
Il faut également distinguer les 338 kilomètres annoncés avant le départ des 321,17 kilomètres affichés dans la publication Instagram.
Les Ă©lĂ©ments disponibles ne permettent pas d’Ă©tablir prĂ©cisĂ©ment pourquoi ces deux distances diffèrent.
De mĂŞme, il n’est pas possible de dĂ©terminer, Ă partir de la seule capture Strava, comment ont Ă©tĂ© calculĂ©s les 26 h 22 min 33 s affichĂ©s.
En revanche, une chose est certaine : ces statistiques ne peuvent pas être utilisées pour attribuer à Lorraine Schaefer Pérez un record individuel sur 300 ou 321 kilomètres.
Pourquoi ce Londres-Paris ne constitue pas un record du monde d’ultra-running
Le projet Off Record avait pour ambition d’Ă©tablir une nouvelle rĂ©fĂ©rence chronomĂ©trique sur un itinĂ©raire reliant Londres Ă Paris.
Mais cette ambition ne doit pas ĂŞtre confondue avec un record du monde officiel d’athlĂ©tisme ou d’ultra-running.
D’abord, parce que les kilomètres ont Ă©tĂ© rĂ©partis entre six participants.
Chaque coureur effectuait une partie de l’itinĂ©raire avant de laisser un autre membre de l’Ă©quipe poursuivre le dĂ©fi.
Ensuite, parce que l’Ă©preuve comportait une traversĂ©e maritime.
Enfin, parce qu’il s’agissait d’un challenge organisĂ© spĂ©cifiquement pour cette opĂ©ration, et non d’une compĂ©tition officielle sur une distance standardisĂ©e.
La rĂ©ussite collective est rĂ©elle, mais elle ne peut pas ĂŞtre comparĂ©e directement aux performances individuelles rĂ©alisĂ©es sur des Ă©preuves de 24 heures, de 300 kilomètres ou sur d’autres formats d’ultra-running.
Ă€ ce stade, les informations publiques ne permettent pas non plus d’affirmer qu’un record officiellement homologuĂ© a Ă©tĂ© Ă©tabli sur le parcours Londres-Paris.
Il est donc plus exact de parler d’un objectif chronomĂ©trique atteint par l’Ă©quipe.
Derrière ce défi, une opération de communication pour Saucony
Le projet avait également une dimension commerciale clairement annoncée.
Avec Off Record, Saucony souhaitait mettre en avant sa gamme de chaussures de running et, plus particulièrement, la future Endorphin Speed 6.
Les six participants devaient porter ce modèle pendant le défi.
L’opĂ©ration reliait symboliquement la boutique londonienne de l’Ă©quipementier au site de sa nouvelle boutique parisienne.
Saucony avait Ă©galement prĂ©vu de documenter la prĂ©paration et l’aventure des participants Ă travers plusieurs contenus vidĂ©o.
L’agence Unsanctioned Athletics, basĂ©e Ă Nottingham et spĂ©cialisĂ©e dans les Ă©vĂ©nements de running, Ă©tait chargĂ©e d’accompagner le projet.
La marque cherchait ainsi Ă mettre en scène l’endurance, la coopĂ©ration et la pratique collective de la course Ă pied.
Le dĂ©fi sportif existait bien, mais il s’inscrivait aussi dans une campagne de communication.
Cette dimension n’enlève rien aux efforts rĂ©alisĂ©s par les participants. Elle permet simplement de replacer l’Ă©vĂ©nement dans son contexte.
En rĂ©sum, c’est une fausse polĂ©mique nĂ©e d’une mauvaise lecture des statistiques Strava
Finalement, cette histoire repose principalement sur un malentendu.
D’un cĂ´tĂ©, une publication montre des chiffres qui, prĂ©sentĂ©s sans contexte, ressemblent Ă une performance individuelle exceptionnelle.
De l’autre, la lĂ©gende indique explicitement que six personnes ont participĂ© au dĂ©fi.
Les internautes qui se sont arrêtés aux statistiques ont parfois cru découvrir un exploit impossible, voire une tentative de faire passer un relais pour un record personnel.
Pourtant, aucun élément consulté ne démontre que Lorraine Schaefer Pérez ait cherché à tromper son public.
La sportive a présenté son expérience comme un projet collectif de Saucony.
La confusion vient donc de la manière dont les donnĂ©es ont Ă©tĂ© comprises et relayĂ©es, davantage que d’une information volontairement dissimulĂ©e.
En rĂ©sumĂ©, six coureurs ont bien reliĂ© Londres Ă Paris en relais en 34 h 24 min. Mais aucune participante n’a rĂ©alisĂ© seule les 321 kilomètres Ă 4’55/km affichĂ©s dans la vidĂ©o.
Cette affaire illustre surtout une limite des statistiques sportives partagées sur les réseaux sociaux : une distance, une allure et un chrono ne suffisent pas à comprendre une performance sans connaître les conditions dans lesquelles ils ont été enregistrés.
Et dans le cas présent, quelques lignes de légende suffisaient à dissiper le malentendu.
Sources
- Lorraine Schaefer Pérez – Instagram
- Unsanctioned Athletics – site officiel
- Unsanctioned Athletics – LinkedIn
- Running Insights – Présentation du défi Saucony Off Record
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