Derrière les images spectaculaires et les sponsors outdoor, la majorité des traileurs français gagnent en réalité moins de 25 000 euros par an
Le trail donne parfois l’impression d’être devenu un sport où les meilleurs athlètes vivent confortablement entre voyages, sponsors, hôtels en montagne et vidéos immersives sur Instagram. À force de voir des trailers suivis par des centaines de milliers de personnes, certains finissent même par imaginer que l’ensemble du haut niveau gagne désormais très bien sa vie.
La réalité est beaucoup plus brutale.
Une enquête menée en 2026 auprès de cinquante traileurs français de haut niveau montre qu’une immense partie du peloton professionnel vit encore avec des revenus relativement faibles, malgré un niveau sportif exceptionnel. L’étude, réalisée anonymement par Fred Bousseau pour DUC Army, met en lumière un sport en pleine explosion médiatique… mais encore loin d’être réellement professionnalisé économiquement.
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La majorité des traileurs ne vivent pas totalement du sport
Premier choc : seuls 24,5 % des athlètes interrogés déclarent être professionnels à 100 %.
Autrement dit, près de trois quarts des traileurs de haut niveau continuent de travailler à côté de leur carrière sportive. Certains sont coachs, kinés, enseignants, employés dans l’outdoor ou créateurs de contenu. D’autres cumulent plusieurs activités pour parvenir à financer leurs déplacements, leur matériel et leurs saisons de compétition.
Le plus surprenant, c’est que cette réalité concerne aussi des athlètes possédant des niveaux ITRA très élevés.
Dans l’imaginaire collectif, un coureur capable de performer sur les grandes courses internationales semble forcément vivre du trail. En réalité, beaucoup restent dans une forme de semi-professionnalisation permanente.
Les revenus restent très faibles pour une grande partie du peloton
Les chiffres de l’enquête montrent une répartition extrêmement inégale des revenus.
Sur les cinquante athlètes interrogés :
- 8 gagnent moins de 10 000 euros par an grâce au trail ;
- 17 se situent entre 10 000 et 25 000 euros ;
- seuls quelques athlètes dépassent réellement les 100 000 euros ;
- et 2 seulement franchissent le cap des 150 000 à 200 000 euros annuels.
Ce dernier chiffre résume presque à lui seul le fonctionnement économique du trail moderne : une toute petite élite concentre l’essentiel des revenus visibles.
Pour les autres, les contrats restent modestes, parfois précaires, et très dépendants des résultats sportifs ou de la visibilité sur les réseaux sociaux.
Ce qui fait augmenter les revenus des traileurs
Les points ITRA changent complètement une carrière
L’étude révèle aussi un phénomène très clair : quelques points ITRA peuvent totalement transformer le niveau de revenus d’un athlète.
Les coureurs situés entre 850 et 874 points ITRA gagnent en moyenne environ 19 700 euros par an.
Mais pour les profils dépassant les 920 points ITRA, les revenus moyens approchent les 91 700 euros annuels.
Le fossé devient alors immense.
À ce niveau-là, les marques ne rémunèrent plus seulement des performances sportives. Elles investissent dans une image, une visibilité et une capacité à représenter l’univers du trail à l’international.
Le sponsoring
Contrairement à beaucoup d’autres sports professionnels, les primes de course restent relativement faibles dans le trail.
Le véritable moteur économique reste le sponsoring.
Selon l’enquête :
- 64,1 % des revenus proviennent directement des sponsors ;
- 16,9 % viennent des primes de course ;
- 6,5 % du coaching ou du consulting ;
- 6,1 % de l’influence numérique.
Cette dépendance explique pourquoi les réseaux sociaux sont devenus presque obligatoires pour exister dans le trail moderne.
Aujourd’hui, courir vite ne suffit plus. Il faut aussi raconter une histoire, produire des vidéos, publier des entraînements, montrer les coulisses des courses et maintenir une relation constante avec sa communauté.
Le métier de traileur professionnel ressemble de plus en plus à un mélange entre sportif de haut niveau, créateur de contenu et ambassadeur marketing.
Être une femme…
L’un des résultats les plus étonnants de l’étude concerne les revenus féminins.
Les femmes interrogées affichent un revenu moyen légèrement supérieur à celui des hommes : 47 142 euros contre 43 642 euros.
Un résultat rare dans le sport professionnel.
Plusieurs explications sont avancées. Certaines marques cherchent aujourd’hui à mieux mettre en avant leurs athlètes féminines. Le trail féminin bénéficie aussi d’une image très forte auprès du public, avec des figures souvent très suivies sur les réseaux sociaux.
L’étude évoque également un possible biais statistique lié à l’échantillon observé, mais cette donnée illustre malgré tout une évolution importante du trail moderne : la valeur d’un athlète ne dépend plus uniquement de son classement final.
Les réseaux sociaux
Depuis quelques années, un nouveau type de traileur émerge.
Certains athlètes réussissent désormais à mieux gagner leur vie grâce à leur visibilité qu’à leurs seuls résultats sportifs. YouTube, Instagram, TikTok ou Strava permettent de créer des communautés gigantesques autour d’une personnalité, d’un style de vie ou d’un storytelling.
Dans certains cas, l’image devient presque aussi importante que les performances elles-mêmes.
Cette transformation explique pourquoi certains profils très médiatiques obtiennent aujourd’hui des contrats plus importants que des coureurs pourtant parfois plus performants sportivement.
En résumé, le trail reste très loin du football ou du cyclisme et même si le rêve existe… il concerne très peu de monde
Même si le trail connaît une croissance spectaculaire depuis quinze ans, son économie reste encore très limitée comparée aux autres sports majeurs.
Dans le cyclisme professionnel, certains équipiers du World Tour gagnent déjà davantage que la plupart des stars du trail mondial.
Le contraste est frappant. Les courses affichent complet en quelques minutes, les marques outdoor explosent commercialement, les audiences augmentent chaque année… mais cette richesse reste encore très peu redistribuée aux athlètes.
Et c’est probablement là le paradoxe du trail moderne : un sport devenu extrêmement visible, sans être encore capable de rémunérer correctement la majorité de ses meilleurs coureurs.
Oui, il existe désormais quelques traileurs capables de très bien vivre de leur sport.
Mais cette minorité masque une réalité beaucoup plus fragile.
En 2026, la plupart des traileurs professionnels français continuent de vivre avec des revenus relativement modestes, malgré des volumes d’entraînement énormes, des déplacements permanents et un niveau sportif exceptionnel.
Le trail fait rêver. Mais derrière les images parfaites des sommets au lever du soleil, le mythe du traileur millionnaire reste encore largement faux.
Source
- https://www.instagram.com/p/DYFF-lKCnUZ/?img_index=3&igsh=MTF3NHBna285ZjVqZQ%3D%3D;






