Kilian Jornet est contre les chaussures à plaque carbone
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La prise de position de Kilian Jornet casse le discours dominant
Dans un univers de la course à pied où la plaque carbone est devenue l’argument marketing numéro un, la prise de parole de Kilian Jornet tranche nettement. Lors d’une récente interview au media espagnol Sport*, le Catalan a remis en cause l’idée selon laquelle cette technologie serait la clé de la performance.
Derrière cette phrase, c’est tout un récit industriel qui vacille. Depuis plusieurs années, le running — et désormais le trail — s’est structuré autour d’une promesse : courir plus vite grâce au carbone. Une promesse qui a largement façonné les attentes des coureurs, mais aussi les stratégies des marques.
Revenir à la fonction avant la technologie
Pour Kilian Jornet, le problème vient du raisonnement lui-même. Trop souvent, les marques partent d’une technologie pour ensuite chercher à l’intégrer dans un produit. Lui défend exactement l’inverse.
Une chaussure doit d’abord répondre à un besoin précis. Elle doit être pensée en fonction du terrain, de la distance, du niveau du coureur, et des contraintes réelles rencontrées sur le terrain. Ce n’est qu’ensuite que les technologies doivent être sélectionnées, si elles apportent une réponse pertinente.
Cette approche replace la fonction au centre du processus de conception. Elle s’oppose à une logique plus opportuniste où la présence d’une plaque carbone devient presque un passage obligé, indépendamment de son utilité réelle.
Le trail, terrain où le carbone perd son sens
Ce positionnement prend encore plus de sens lorsqu’on l’applique au trail. Contrairement à la route, où les surfaces sont régulières et les allures élevées, le trail impose des contraintes bien différentes.
Sur des parcours techniques comme le Trofeo Kima, la priorité n’est pas de restituer de l’énergie à chaque foulée. Il s’agit avant tout de rester stable, précis et sécurisé sur des terrains instables, parfois dangereux.
Dans ces conditions, une plaque carbone peut même devenir contre-productive. Elle rigidifie la chaussure, limite l’adaptabilité du pied et peut nuire à la sensation du terrain.
À l’inverse, sur route, lors d’un marathon rapide comme le Berlin Marathon, les conditions sont idéales pour exploiter ce type de technologie. L’effort est linéaire, la foulée répétitive, et le rendement énergétique devient un facteur déterminant.
Ce contraste souligne une évidence que l’industrie tend parfois à oublier : toutes les technologies ne sont pas universelles.
Une critique implicite du marketing du running
Au-delà de l’aspect technique, la déclaration de Kilian Jornet s’inscrit aussi dans une critique plus large du marketing dans le running.
La plaque carbone est devenue un symbole. Elle incarne une forme de modernité, de performance, presque de supériorité. Pourtant, cette simplification masque une réalité beaucoup plus complexe.
Réduire cette performance à la seule présence d’une plaque carbone revient à ignorer tout le reste.
En remettant la semelle intermédiaire au centre du débat, Kilian Jornet réintroduit de la nuance dans un discours qui en manque souvent.
Ce positionnement n’est pas surprenant lorsqu’on connaît la manière dont Kilian Jornet aborde sa pratique.
Depuis le début de sa carrière, il privilégie la simplicité, l’efficacité et l’adaptation au terrain. Il ne cherche pas à suivre les tendances, mais à comprendre ce qui fonctionne réellement en conditions réelles.
Cette philosophie se retrouve dans ses prises de parole, mais aussi dans son implication dans le développement produit. Elle repose sur une idée simple : la montagne impose ses règles, et le matériel doit s’y adapter, pas l’inverse.
Lorsque Kilian Jornet s’exprime, son influence dépasse largement le cercle des élites. Il parle à toute une communauté de coureurs, mais aussi aux marques et aux concepteurs.
En remettant en question le rôle central de la plaque carbone, il ouvre la porte à une évolution du marché. Moins de standardisation, plus de spécialisation. Moins de marketing uniforme, plus de produits réellement adaptés aux usages.
Cette prise de position pourrait encourager une réflexion plus large sur la manière dont les chaussures de trail sont conçues et présentées.
En résumé, le discours de Kilian Jornet n’est pas qu’une déclaration théorique. Il s’inscrit dans une démarche concrète.
La marque NNormal, cofondée par Kilian Jornet, ne propose à ce jour aucune chaussure équipée de plaque carbone.
Un choix cohérent avec sa vision du trail et du matériel. Un choix qui montre que, derrière les mots, il y a aussi une ligne directrice claire.
*Source
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