La polémique autour de l’UTMB Nice Côte d’Azur a au moins un mérite : elle oblige à poser une question que beaucoup évitent. Et si Éric Ciotti n’avait pas totalement tort ?
Car derrière le débat sur la suppression ou non de l’épreuve à Nice, il y a une réalité beaucoup plus profonde. Celle d’un modèle économique du trail qui repose encore largement sur deux piliers fragiles : l’argent public et les bénévoles.
Et aujourd’hui, le modèle de l’UTMB montre ses limites.
Le trail n’est plus un sport confidentiel. L’UTMB est devenu une marque mondiale, une entreprise structurée, avec des partenaires, des droits d’inscription élevés et une stratégie internationale. On ne parle plus d’une petite course associative de village. On parle d’un événement global, avec des milliers de coureurs et une exposition médiatique massive.
Dans ce contexte, continuer à dépendre des subventions publiques pose question.
Pourquoi une collectivité devrait-elle financer, même partiellement, un événement porté par une organisation privée, rentable et en pleine expansion ? La question peut déranger, mais elle est légitime. Surtout dans un contexte où les budgets publics sont contraints et où les priorités locales sont nombreuses.
Car l’autre pilier du système, du trail en général et de l’UTMB en particulier, ce sont les bénévoles.
Sans eux, la plupart des grandes courses de trail ne pourraient tout simplement pas exister. Ravitaillements, balisage, sécurité, accueil… des centaines de personnes donnent de leur temps gratuitement pour faire tourner des événements qui, eux, génèrent des revenus.
Là encore, la contradiction devient difficile à ignorer.
Peut-on encore justifier que des événements internationaux reposent sur du travail non rémunéré ? Est-il normal que des missions parfois critiques — gestion de flux, orientation, assistance — soient assurées par des bénévoles, alors même que les exigences de sécurité ne cessent d’augmenter ?
Les secours, la gestion de la circulation, la sécurisation des parcours… autant de postes qui mobilisent des moyens publics. Gendarmes, pompiers, services municipaux. Derrière l’image d’une course en pleine nature, il y a une logistique lourde, souvent assumée en partie par l’État ou les collectivités.
C’est précisément là que le raisonnement d’Éric Ciotti prend du sens.
Si un événement comme l’UTMB Nice Côte d’Azur veut s’inscrire durablement dans le paysage, il doit être capable de financer son propre fonctionnement. Cela inclut les coûts de sécurité, les dispositifs de secours, la régulation du trafic, et même, à terme, une réflexion sur la rémunération de certaines fonctions aujourd’hui assurées bénévolement.
En résumé, ce n’est pas une attaque contre le trail ou l’UTMB. C’est une évolution logique.
D’autres secteurs sportifs ont déjà franchi ce cap. Les grands marathons urbains, certaines compétitions cyclistes, ou encore les événements internationaux structurés fonctionnent avec des modèles économiques beaucoup plus autonomes. Le trail, lui, est à un moment charnière.
Soit il assume pleinement son statut de sport professionnel et s’adapte, soit il continue à reposer sur un modèle hybride, de plus en plus difficile à défendre.
C’est reconnaître que le débat qu’il ouvre est nécessaire.
Car au fond, la vraie question n’est pas de savoir si l’UTMB doit disparaître à Nice.
La vraie question, c’est de savoir si le trail moderne est prêt à payer le prix réel de son succès.
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