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La PTL, pour Petite Trotte à Léon, est l’épreuve la plus atypique de la semaine UTMB Mont-Blanc.
Partie lundi 24 août à 8 heures de Chamonix, elle emmène les équipes sur environ 300 km et 25 000 m D+, avec jusqu’à 151 heures pour boucler un immense tour du massif. Contrairement aux autres courses de la semaine, elle se dispute en équipes de deux ou trois, sur des hautes routes parfois hors sentier et sans balisage classique au sol. L’organisation insiste elle-même sur l’engagement, l’autonomie, l’esprit d’équipe et les « valeurs de la montagne ».
C’est précisément dans ce cadre qu’une vidéo envoyée depuis la course par l’équipe formée par Sébastien Raichon et Nicolas Lehmann a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. On y voit les deux hommes progresser sur un secteur glaciaire de la PTL. Des images spectaculaires, transmises dans un esprit de partage de leur aventure, mais qui ont immédiatement déclenché des critiques sur l’environnement, la sécurité et, plus largement, sur ce que certains internautes considèrent aujourd’hui comme « l’esprit trail ».
Dans la vidéo ci-dessous, je reviens sur ces images et sur la polémique qu’elles provoquent, en distinguant ce qui relève d’une vraie interrogation — notamment autour de la sécurité et de l’image renvoyée — de ce qui paraît beaucoup plus excessif dans certaines réactions.
🎥 Dans la vidéo : ces images de la PTL qui font polémique
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Sébastien Raichon n’est pas un influenceur venu sur la PTL pour faire le buzz
Avant de regarder la polémique, il faut rappeler qui est Sébastien Raichon.
Le Vauclusien de 53 ans appartient à la catégorie des spécialistes de l’endurance extrême. Il a notamment remporté trois fois le Tor des Glaciers, terminé en tête de la Chartreuse Terminorum, été champion du monde de raid aventure et remporté la Spine Race 2026. Quelques semaines avant l’UTMB, il avait encore tenté une traversée de plus de 900 kilomètres des Pyrénées, le GR10. Tentative avortée en raison de la canicule.
À ses côtés sur la PTL, Nicolas Lehmann possède lui-même une très forte expérience de la haute montagne : il a déjà terminé deux fois la PTL en première position, en 2017 et 2023, et a réalisé en juin quatre ascensions du mont Blanc en quatre jours par quatre itinéraires différents.
Autrement dit, on n’est pas face à deux créateurs de contenu découvrant un glacier pour obtenir quelques milliers de vues.
Les vidéos envoyées par leur équipe s’inscrivent davantage dans une volonté de faire vivre la PTL de l’intérieur, sur une épreuve dont le public voit finalement très peu de choses. Il n’existe pas de retransmission continue et une grande partie de la course se déroule loin des caméras. Leur communication permet justement de montrer cette aventure que le simple suivi GPS ne raconte pas.
Cela n’interdit évidemment pas de discuter de ce que montrent les images. Mais cela change la façon dont il faut interpréter leur intention.
La vidéo montre une traversée glaciaire en pleine PTL
Dans la séquence diffusée depuis la course, les deux participants progressent directement sur la glace, au milieu d’un environnement de haute montagne.
Ce sont ces images qui ont provoqué les réactions les plus fortes.
Plusieurs internautes se sont étonnés de voir des coureurs évoluer sur un glacier avec ce qui ressemble visuellement à une tenue de trail. D’autres ont critiqué la présence de rubalise visible sur le secteur. Certains ont surtout fait le lien entre le passage des concurrents et la dégradation actuelle des glaciers.
Les commentaires vont de l’interrogation raisonnable à des accusations beaucoup plus radicales : « mauvais exemple », « irresponsables », « grand n’importe quoi », voire l’idée que courir sur le glacier participerait directement à sa destruction.
C’est là qu’il faut distinguer plusieurs débats.
La critique sur la sécurité mérite d’être entendue
La question la plus sérieuse n’est probablement pas celle de savoir si deux coureurs vont faire fondre le glacier en marchant dessus.
C’est celle de l’image donnée par une traversée glaciaire.
Un glacier n’est pas un sentier de trail comme un autre. Crevasses, ponts de neige, glace vive et évolution rapide des conditions font partie des risques spécifiques de ces terrains.
Et le contexte actuel renforce cette interrogation. L’été 2026 a été particulièrement difficile dans le massif du Mont-Blanc : après plusieurs épisodes de très fortes chaleurs, des itinéraires classiques ont été suspendus ou rendus impraticables. Le niveau de l’isotherme 0 °C est monté à plusieurs reprises vers 4 200 à 4 500 mètres, contre environ 3 800 mètres en moyenne en août, tandis que des crevasses importantes et des chutes de pierres ont conduit les guides de Chamonix, Courmayeur et Saint-Gervais à renoncer temporairement à certaines ascensions.
Dans ce contexte, voir des athlètes progresser rapidement sur la glace peut être mal interprété par un public qui ne connaît ni leur expérience, ni les mesures de sécurité prévues, ni l’équipement réellement transporté.
La remarque de certains internautes sur l’exemplarité de l’image n’est donc pas absurde.
D’ailleurs, avant même le départ, l’équipe Raichon-Lehmann avait été recalée lors du contrôle du matériel parce que ses crampons ne répondaient pas aux dimensions minimales exigées. Ils avaient dû les remplacer pour prendre le départ. Ce détail montre justement que l’organisation avait prévu un équipement spécifique pour les secteurs concernés.
L’UTMB protège la faune avec des lumières rouges… mais fait passer la PTL sur des glaciers
C’est probablement là que se trouve la véritable contradiction perçue par certains internautes.
En 2026, l’UTMB pousse très loin certaines mesures environnementales : mobilité moins carbonée, contribution carbone, zones sensibles, restrictions spécifiques et même obligation d’utiliser une lumière rouge pendant plusieurs kilomètres afin de limiter les perturbations sur la faune.
Dans le même temps, la PTL conserve son ADN de haute montagne et emmène ses participants sur des secteurs glaciaires. Cela ne signifie pas que quelques passages à pied détériorent significativement un glacier, mais l’image est difficile à concilier avec le niveau d’exigence environnementale que l’organisation affiche par ailleurs. La question devient alors moins celle de l’impact physique de deux coureurs que celle de la cohérence globale du message envoyé par l’événement.
En revanche, dire que leur passage « détruit le glacier » est très exagéré
Sur l’impact environnemental direct, les commentaires deviennent beaucoup plus discutables.
Marcher ou courir sur quelques centaines de mètres de glace n’est évidemment pas totalement neutre à l’échelle microscopique : des crampons peuvent entamer légèrement la surface. Mais il n’existe aucune base sérieuse pour présenter le passage de quelques équipes comme une cause significative du recul d’un glacier.
Une organisation spécialisée dans la protection des glaciers souligne d’ailleurs que l’usure provoquée par une marche avec crampons existe, mais qu’elle reste comparativement négligeable face aux pertes de glace provoquées par le changement climatique.
Les travaux scientifiques sur la fonte glaciaire mettent surtout en avant l’augmentation des températures, l’allongement de la saison d’ablation, la diminution de l’albédo et le dépôt de poussières ou de particules sombres.
Dire que les deux hommes « détruisent le glacier » simplement parce qu’ils le traversent relève donc davantage de la réaction émotionnelle que d’une analyse scientifique.
La rubalise pose une autre question
Certains commentaires ont également attaqué la présence d’une rubalise sur la glace.
La remarque est intéressante parce que la PTL est justement présentée par l’UTMB comme une épreuve sans balisage au sol, où les équipes doivent savoir s’orienter sur et hors sentier.
Mais une image ne permet pas à elle seule d’établir qui a posé cette rubalise, pourquoi elle se trouve là ni si elle correspond à un dispositif temporaire de sécurisation d’un passage.
Il serait donc hasardeux d’en déduire que l’UTMB aurait soudain « balisé » tout le glacier ou qu’une infraction environnementale aurait été commise.
L’interrogation est légitime. La conclusion, elle, nécessite davantage d’informations.
Pourquoi quelques secondes de vidéo suffisent désormais à provoquer une polémique
L’épisode est surtout intéressant pour ce qu’il révèle du climat actuel autour de l’UTMB.
Sur les réseaux sociaux, une vidéo n’est presque jamais regardée uniquement pour ce qu’elle montre. Elle est interprétée à travers tout ce qui a été dit auparavant.
Et cette semaine UTMB 2026 arrive après plusieurs mois de discussions autour de l’impact de l’événement, de la fréquentation de Chamonix, de l’occupation de l’espace public, de la place des marques, des déplacements et plus largement de la pression touristique sur le massif.
Dans ce contexte, un coureur sur un glacier n’est plus seulement un coureur sur un glacier.
Pour certains, il devient instantanément le symbole d’un événement accusé de vouloir aller partout. Pour d’autres, il représente au contraire exactement ce que devrait être le trail : autonomie, aventure et haute montagne.
C’est le mécanisme classique des réseaux sociaux : une image simple devient le support d’un débat beaucoup plus vaste que son contenu réel.
La récente canicule rend l’image encore plus sensible
Le timing joue énormément.
Si cette vidéo avait été publiée lors d’un été froid et enneigé, les réactions auraient peut-être été différentes.
Mais elle arrive quelques jours seulement après des images particulièrement impressionnantes de la dégradation du massif du Mont-Blanc. Début août, la fonte a été suffisamment importante pour fragiliser des infrastructures glaciaires, faire apparaître de grandes crevasses et contribuer à l’arrêt de plusieurs voies d’alpinisme. Des chercheurs et guides interrogés ces derniers jours décrivent un été hors norme, avec une montagne rendue beaucoup plus instable par la chaleur et le dégel du permafrost.
Le glacier est donc devenu, cet été encore plus que d’habitude, un symbole très puissant du dérèglement climatique.
Mettre des coureurs dessus dans ce contexte crée presque mécaniquement une réaction émotionnelle, même lorsque l’impact physique de leur passage est marginal.
Les réseaux sociaux transforment aussi le partage en prise de position
Il y a enfin un paradoxe assez cruel pour Sébastien Raichon.
Les images qu’il envoie peuvent être comprises comme ce qu’elles sont probablement à l’origine : montrer à ceux qui suivent la course à quoi ressemble réellement une PTL.
Mais sur Facebook, l’intention de celui qui filme disparaît très vite.
Le public ne voit plus « deux spécialistes de montagne montrant leur aventure ». Il voit une image isolée : deux personnes sur un glacier en pleine semaine UTMB.
Et chacun y projette ensuite ses propres préoccupations : sécurité, écologie, rejet de l’UTMB, fascination pour l’aventure ou nostalgie d’un supposé « vrai esprit trail ».
C’est probablement pour cela que les commentaires sont aussi contradictoires. Certains crient au scandale quand d’autres répondent simplement que les « haters » sont de sortie, tandis que plusieurs internautes remercient au contraire l’équipe pour les images.
En résumé, c’est une polémique qui dit finalement davantage sur l’UTMB 2026 que sur Sébastien Raichon
On peut trouver l’image impressionnante. On peut aussi considérer qu’elle pose une vraie question de communication et d’exemplarité sur un terrain glaciaire actuellement très fragilisé.
Mais il faut éviter de confondre les sujets.
Le risque en haute montagne est réel. La dégradation actuelle des glaciers est réelle. Le passage de deux ultra-traileurs n’est en revanche pas la cause de cette dégradation.
Et Sébastien Raichon n’est pas arrivé sur la PTL pour mettre en scène une séquence virale. Tout son parcours sportif montre au contraire un athlète habitué depuis des années aux épreuves d’endurance et aux environnements engagés.
Ce qui change aujourd’hui, c’est le regard posé sur ces images.
En pleine semaine UTMB, après des semaines de controverses et au terme d’un été où la fragilité du massif du Mont-Blanc a rarement été aussi visible, le moindre morceau de glacier peut désormais devenir un terrain de polémique.
Sources
Les caractéristiques et la philosophie de la PTL proviennent du site officiel de l’UTMB Mont-Blanc. Le parcours et le profil de Sébastien Raichon et Nicolas Lehmann ont été recoupés avec Le Dauphiné Libéré. Le contexte glaciaire et les conséquences de la chaleur de l’été 2026 dans le massif du Mont-Blanc sont documentés notamment par Le Monde et par des travaux scientifiques sur la fonte et l’albédo des glaciers.
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