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đ§ Les critiques continuent de fuser en direction de lâUTMB, non pas nĂ©cessairement en tant que course de trail, mais en tant quâorganisation dâun Ă©vĂ©nement devenu majeur dans le calendrier international du trail.
Les positions sâopposent, les commentaires sur les rĂ©seaux sociaux peuvent parfois aller jusquâaux insultes et les dĂ©bats sont particuliĂšrement vifs. Parmi les arguments rĂ©guliĂšrement avancĂ©s par les dĂ©fenseurs de lâUTMB, certains consistent Ă rappeler que Chamonix connaĂźt dĂ©jĂ une importante frĂ©quentation touristique pendant une grande partie de lâhiver, ainsi quâĂ lâoccasion de plusieurs Ă©vĂ©nements estivaux. DĂšs lors, pourquoi concentrer les critiques sur lâUTMB ?
Chamonix bĂ©nĂ©ficie dâune situation gĂ©ographique exceptionnelle, au pied du Mont-Blanc, et connaĂźt logiquement une importante frĂ©quentation touristique. Plusieurs dĂ©fenseurs de lâUTMB soulignent ainsi que les principales pĂ©riodes de forte frĂ©quentation seraient liĂ©es Ă la saison hivernale et Ă la frĂ©quentation des domaines skiables, dĂšs le mois de dĂ©cembre et parfois jusquâau printemps. Dâautres rappellent que plusieurs manifestations importantes se dĂ©roulent Ă©galement Ă Chamonix au cours de lâannĂ©e : FĂȘte des Guides, Cosmo Jazz Festival, compĂ©titions internationales de ski ou dâescalade, notamment. Enfin, un autre argument revient rĂ©guliĂšrement : celui de la frĂ©quentation du tunnel du Mont-Blanc, dont le trafic peut lui aussi ĂȘtre particuliĂšrement important.
Ces comparaisons mĂ©ritent toutefois dâĂȘtre examinĂ©es avec prĂ©cision. Car comparer des Ă©vĂ©nements ou des activitĂ©s trĂšs diffĂ©rents suppose de disposer de donnĂ©es comparables. Analysons donc ces diffĂ©rents arguments.
La frĂ©quentation hivernale de Chamonix dĂ©passe largement la seule question de lâUTMB
Effectivement, en hiver, Chamonix connaßt une forte fréquentation touristique et cette problématique ne concerne évidemment pas uniquement cette commune.
De nombreuses stations alpines connaissent Ă©galement des pĂ©riodes de forte affluence, notamment Morzine-Avoriaz, Val Thorens, Val dâIsĂšre, MĂ©ribel ou Courchevel. Il serait donc excessif dâaffirmer que cette question nâest jamais critiquĂ©e.
Ă Chamonix mĂȘme, lâARVAC, Association des RĂ©sidents de la VallĂ©e de Chamonix, intervient notamment sur les questions de nuisances, de tourisme, dâenvironnement et de qualitĂ© de vie. Lâassociation indique notamment agir contre diffĂ©rentes nuisances et contribuer Ă une rĂ©flexion sur le dĂ©veloppement du tourisme dâĂ©tĂ© et dâhiver.
Plus largement, des associations comme Mountain Wilderness travaillent depuis de nombreuses années sur les enjeux environnementaux et les évolutions des territoires de montagne.
Leur action montre que la rĂ©flexion sur la frĂ©quentation touristique, la prĂ©servation des espaces naturels et les transformations des territoires alpins dĂ©passe largement la seule question de lâUTMB.
Dans ce contexte, les critiques adressĂ©es Ă lâUTMB peuvent donc ĂȘtre replacĂ©es dans un dĂ©bat plus large sur le modĂšle touristique et sportif des territoires de montagne. Il ne sâagit pas nĂ©cessairement de considĂ©rer lâUTMB comme lâunique cause des difficultĂ©s rencontrĂ©es par la vallĂ©e de Chamonix, mais de sâinterroger sur sa contribution Ă©ventuelle Ă ces phĂ©nomĂšnes.
Peut-on rĂ©ellement comparer lâUTMB aux autres Ă©vĂ©nements de Chamonix ?
Comparer les autres Ă©vĂ©nements annuels de Chamonix Ă lâUTMB nĂ©cessite Ă©galement de disposer de donnĂ©es suffisamment prĂ©cises. Que faut-il comparer exactement : le nombre de visiteurs, le nombre de participants, le nombre de nuitĂ©es, le nombre de vĂ©hicules, la durĂ©e de prĂ©sence sur le territoire, les nuisances sonores ou encore lâimpact environnemental ?
Ces indicateurs ne mesurent pas la mĂȘme chose et ne permettent donc pas, sans donnĂ©es complĂ©mentaires, de dĂ©terminer quel Ă©vĂ©nement gĂ©nĂšre la plus forte pression sur le territoire.
Une chose paraĂźt en revanche difficilement contestable : lâUTMB bĂ©nĂ©ficie dâune visibilitĂ© internationale considĂ©rable. Le site officiel de lâorganisation prĂ©sente le HOKA UTMB Mont-Blanc comme lâun des Ă©vĂ©nements centraux de lâUTMB World Series, circuit qui rassemble aujourdâhui plus de 60 Ă©vĂ©nements Ă travers le monde.
Cette visibilitĂ© internationale constitue prĂ©cisĂ©ment une raison supplĂ©mentaire de considĂ©rer que lâorganisation dâun Ă©vĂ©nement dâune telle ampleur peut ĂȘtre soumise Ă un niveau dâexigence Ă©levĂ©
. Plus un Ă©vĂ©nement est important, visible et influent, plus il est lĂ©gitime de questionner ses consĂ©quences sur le territoire qui lâaccueille, mais Ă©galement la cohĂ©rence entre les engagements affichĂ©s et leurs rĂ©sultats concrets.
Le tunnel du Mont-Blanc et lâUTMB rĂ©pondent Ă des logiques diffĂ©rentes
La comparaison avec le tunnel du Mont-Blanc mĂ©rite elle aussi dâĂȘtre nuancĂ©e.
Dâun cĂŽtĂ©, lâUTMB Group organise des Ă©vĂ©nements sportifs ; de lâautre, le GEIE-TMB assure, pour le compte des sociĂ©tĂ©s concessionnaires française et italienne, la gestion et la sĂ©curitĂ© du trafic ainsi que lâexploitation et lâentretien du tunnel du Mont-Blanc.
Les deux activités répondent donc à des finalités et à des contraintes trÚs différentes.
Il est par ailleurs difficile de comparer directement les consĂ©quences environnementales de ces deux activitĂ©s sans disposer dâune Ă©tude permettant de prendre en compte lâensemble des paramĂštres pertinents.
On peut nĂ©anmoins relever une diffĂ©rence importante dans la communication des deux organisations. UTMB Group revendique explicitement une stratĂ©gie environnementale, notamment Ă travers son programme « UTMB for the Planet », qui repose sur trois axes : environnement, territoire et personnes. Lâorganisation affirme notamment chercher Ă rĂ©duire lâimpact environnemental de ses Ă©vĂ©nements et Ă contribuer Ă la rĂ©gĂ©nĂ©ration des Ă©cosystĂšmes de montagne.
Les engagements environnementaux de lâUTMB peuvent-ils ĂȘtre Ă©valuĂ©s au regard de lâimpact global de lâĂ©vĂ©nement ?
Cette communication constitue donc un Ă©lĂ©ment lĂ©gitime du dĂ©bat. Elle permet de poser une question simple : les engagements environnementaux affichĂ©s par une organisation doivent-ils ĂȘtre Ă©valuĂ©s uniquement au regard des mesures quâelle met en Ćuvre, ou Ă©galement au regard de lâimpact global de ses Ă©vĂ©nements ?
Il ne sâagit pas ici dâaffirmer que les engagements environnementaux de lâUTMB seraient inexistants ou nĂ©cessairement dĂ©pourvus dâefficacitĂ©. Lâorganisation prĂ©sente au contraire diffĂ©rentes mesures concernant notamment les transports, les dĂ©chets, la restauration, la protection des sentiers et la rĂ©duction de certaines nuisances. Mais lâexistence de ces mesures ne prive pas pour autant les observateurs, les associations, les habitants ou les participants du droit de questionner leur efficacitĂ© et leur adĂ©quation avec les impacts quâils estiment constater. La question peut donc ĂȘtre posĂ©e sans caricature : un Ă©vĂ©nement qui revendique une politique environnementale ambitieuse doit-il accepter un niveau dâexigence environnementale particuliĂšrement Ă©levĂ© ?
Le dĂ©bat doit porter sur la part rĂ©elle de lâUTMB dans les difficultĂ©s de la vallĂ©e
Câest prĂ©cisĂ©ment sur ce terrain que le dĂ©bat autour de lâUTMB peut ĂȘtre intĂ©ressant. Il ne sâagit pas de prĂ©tendre que lâUTMB serait responsable de lâensemble des difficultĂ©s environnementales ou touristiques rencontrĂ©es dans la vallĂ©e de Chamonix. Il sâagit de dĂ©terminer quelle part de ces difficultĂ©s peut ĂȘtre associĂ©e Ă lâĂ©vĂ©nement, quelles mesures sont prises pour les limiter et si ces mesures sont proportionnĂ©es Ă lâampleur de lâĂ©vĂ©nement. On le voit, les arguments ne manquent pas pour critiquer ou dĂ©fendre lâUTMB. Mais opposer systĂ©matiquement les diffĂ©rentes sources de frĂ©quentation touristique ne permet pas nĂ©cessairement de rĂ©pondre Ă la question de fond.
En rĂ©sumĂ©, critiquer lâUTMB ne revient pas Ă condamner le trail
La forte frĂ©quentation hivernale de Chamonix nâannule pas les Ă©ventuelles consĂ©quences de la frĂ©quentation estivale. Les autres manifestations organisĂ©es dans la vallĂ©e ne rendent pas automatiquement nĂ©gligeable lâimpact de lâUTMB. Et le trafic du tunnel du Mont-Blanc ne permet pas, Ă lui seul, de dĂ©terminer si lâimpact environnemental ou territorial de lâUTMB est acceptable.
Ă lâheure oĂč le changement climatique et la transformation des Ă©cosystĂšmes de montagne constituent des enjeux majeurs, le dĂ©bat mĂ©rite donc mieux quâun simple « ce nâest pas moi, câest eux ». Chaque activitĂ© peut ĂȘtre interrogĂ©e sur ses consĂ©quences propres. LâUTMB, compte tenu de son importance et de sa visibilitĂ© internationale, nâĂ©chappe pas Ă cette exigence.
Et critiquer un Ă©vĂ©nement ne signifie pas nĂ©cessairement condamner le trail lui-mĂȘme : cela peut aussi consister Ă demander Ă ses acteurs les plus influents de dĂ©montrer que leur dĂ©veloppement reste compatible avec les territoires et les milieux naturels dans lesquels ils Ă©voluent.
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