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Certains internautes tentent encore de mettre sur le même plan le passage d’un traileur et celui d’un quad ou d’une moto tout-terrain.
Pourtant, les études disponibles documentent des différences très concrètes : arrachement du sol, formation d’ornières, augmentation du ruissellement, transport de sédiments, émissions polluantes et nuisances sonores. Une chaussure de trail et une roue entraînée par un moteur n’exercent tout simplement pas les mêmes contraintes sur un chemin.
🎥 « Les quads entretiennent les sentiers » : il fallait quand même que je réponde…
Après la publication de notre précédent article, plusieurs internautes sont venus expliquer que les quads et les motocross ne dégradaient pas les chemins, qu’ils participaient même à leur entretien et que les traileurs devraient presque leur dire merci. J’avoue que celle-là, je ne l’avais encore jamais entendue. Avant de rentrer dans les études scientifiques, je vous explique en vidéo pourquoi ces commentaires m’ont poussé à vérifier ce que dit réellement la littérature scientifique sur l’impact des sports motorisés en pleine nature.
Vidéo originale uTrail, réalisée et présentée par Axelle Anne (lien pour me contacter dans ma bio en bas de l’article).
Une chaussure et une roue motrice n’agissent pas de la même manière
Le passage d’un traileur repose sur une succession d’appuis humains. Une moto ou un quad ajoute au poids de la machine et de son pilote une force motrice directement transmise au sol.
Lors des accélérations, des freinages et surtout du patinage, les pneus peuvent déplacer la couche superficielle, arracher de la terre, déchausser des pierres et creuser des ornières. Ces marques ne sont pas uniquement esthétiques : elles modifient ensuite la manière dont l’eau circule sur le chemin.
Les ornières deviennent des couloirs de ruissellement. La pluie s’y concentre, prend de la vitesse et emporte progressivement la terre et les matériaux du sentier. Le premier dommage provoqué par le véhicule peut donc continuer à s’aggraver longtemps après son passage.
Jusqu’à 210 tonnes de sol érodé par hectare et par an sur des pistes motorisées
Une étude publiée en 2019 a analysé un réseau de 77 kilomètres de pistes fréquentées par des véhicules tout-terrain dans les monts Ouachita, aux États-Unis.
Les chercheurs ont estimé l’érosion annuelle de ces pistes entre 75 et 210 tonnes de sol par hectare et par an. Les auteurs précisaient même que leurs estimations pouvaient sous-évaluer la quantité réelle de matériaux déplacés.
Ces résultats correspondent à un terrain et à un réseau précis. Ils ne peuvent pas être appliqués mécaniquement à tous les chemins français. Ils montrent toutefois l’ampleur que peut atteindre l’érosion sur des pistes soumises à la circulation motorisée.
À ce niveau de dégradation, la simple fermeture temporaire d’un chemin ne suffit pas toujours. Des travaux de drainage, de stabilisation et de récupération des sédiments peuvent devenir nécessaires pour empêcher la piste de continuer à se creuser.
Sur un terrain étudié par l’USGS, les motos ont multiplié le ruissellement par huit
L’un des résultats les plus spectaculaires provient d’une étude de l’United States Geological Survey, l’organisme scientifique fédéral américain chargé notamment de l’étude des sols et de l’eau.
À Panoche Hills, en Californie, les chercheurs ont comparé une zone utilisée pour la pratique de la moto tout-terrain avec une zone voisine non fréquentée par les engins motorisés.
La surface utilisée par les motos a produit environ huit fois plus de ruissellement que la zone témoin.
Sur ce même secteur, le rendement en sédiments de la surface motorisée atteignait 857 mètres cubes par kilomètre carré. Dans la zone non utilisée, les quantités transportées étaient trop faibles pour être mesurées avec le dispositif employé.
Sur un second site étudié, à Dove Spring Canyon, l’abaissement de certaines pistes a atteint 30 centimètres entre 1973 et 1975.
Les chercheurs ont notamment identifié la compaction du sol et la diminution de sa perméabilité. Lorsque le terrain est tassé, l’eau pénètre moins facilement dans le sol. Elle ruisselle davantage en surface et entraîne avec elle la terre, le sable et les graviers.
Il peut modifier la capacité du sol à absorber l’eau et déclencher un processus d’érosion qui se poursuit ensuite à chaque épisode pluvieux.
La terre arrachée peut finir dans les ruisseaux
Les conséquences de la circulation motorisée ne restent pas nécessairement limitées à la largeur du chemin.
Lorsqu’une piste est connectée à un fossé, un ravin, un ruisseau ou une rivière, les eaux de pluie peuvent transporter les matériaux arrachés jusqu’au milieu aquatique.
Une expérience menée par le service forestier américain a mesuré le déplacement des sédiments provenant d’un court tronçon de piste pour véhicules tout-terrain.
En seulement huit semaines, ce tronçon avait contribué à l’apport d’au moins 2,45 kilogrammes de sédiments grossiers dans le lit d’un cours d’eau. Les chercheurs ont estimé ce transfert à 302 kilogrammes par hectare sur la période étudiée, soit une projection de 1 960 kilogrammes par hectare et par an si le rythme se prolongeait.
Les sédiments peuvent recouvrir les fonds, modifier les habitats aquatiques et augmenter la turbidité de l’eau. Un chemin motorisé dégradé peut donc devenir une source de pollution physique bien au-delà de l’endroit où circulent les engins.
Le quad et la motocross émettent aussi des polluants que le traileur ne produit pas
Un quad ou une moto thermique émet du dioxyde de carbone et différents polluants issus de la combustion, notamment du monoxyde de carbone, des hydrocarbures et des oxydes d’azote.
Les documents réglementaires de l’Agence américaine de protection de l’environnement ont identifié les motos hors route et les véhicules tout-terrain comme des sources importantes d’hydrocarbures et de monoxyde de carbone.
Avant le durcissement des normes américaines, l’ensemble des moteurs de loisirs concernés représentait environ 11 % des émissions d’hydrocarbures, 9 % des émissions de monoxyde de carbone et 3 % des émissions d’oxydes d’azote provenant des sources mobiles aux États-Unis.
Ces données concernent le parc américain de l’époque et plusieurs catégories d’engins. Elles ne correspondent pas aux émissions exactes d’un modèle récent utilisé en France. Elles établissent toutefois une différence impossible à nier : un moteur thermique émet directement des gaz et des polluants sur le lieu de pratique.
Les normes modernes ont réduit ces rejets, mais elles ne les ont pas supprimés. Une chaussure de trail, elle, ne possède ni réservoir, ni pot d’échappement, ni moteur à combustion.
Le bruit d’un moteur constitue également une pollution
La pollution ne se limite pas à ce qui sort d’un pot d’échappement ou à la quantité de terre déplacée.
Le bruit d’une moto ou d’un quad peut se propager bien au-delà de la piste empruntée. Il dégrade la tranquillité des autres usagers et représente une source de dérangement pour les animaux sauvages.
L’Office français de la biodiversité considère le bruit et le dérangement comme des pressions exercées par les activités humaines sur les espèces.
Dans le cadre d’opérations de contrôle en montagne, l’établissement a rappelé que les véhicules motorisés pouvaient provoquer une pollution sonore, l’écrasement de la flore, la destruction d’habitats et le dérangement d’une faune particulièrement vulnérable.
Un moteur ne dérange donc pas uniquement au moment où l’engin passe à proximité immédiate d’un animal. Le son peut être perçu à distance et modifier temporairement l’utilisation d’un secteur par la faune.
Le nombre de passages ne suffit pas à comparer les activités
Pour défendre les quads et les motocross, certains internautes répondent que les traileurs seraient beaucoup plus nombreux sur les chemins.
Cet argument oublie l’essentiel : l’impact ne dépend pas uniquement du nombre de passages. Il dépend aussi de la masse, de la puissance appliquée au sol, de la largeur des pneus, du patinage, du freinage, de la pente et de l’état du terrain.
Un appui de chaussure ne transmet pas au sol la puissance d’un moteur. Il ne crée pas non plus de couple mécanique capable de projeter de la terre vers l’arrière dans une montée ou à la sortie d’un virage.
À fréquentation comparable, une roue motrice ajoute donc plusieurs mécanismes qui n’existent pas dans la course à pied :
- l’arrachement de la couche superficielle du sol ;
- la création d’ornières ;
- le déplacement de pierres et de sédiments ;
- la concentration du ruissellement ;
- les émissions à l’échappement ;
- le bruit mécanique.
Mettre automatiquement sur le même plan une pratique pédestre et une pratique motorisée ne correspond donc ni à la réalité mécanique ni aux impacts documentés par les études.
Non, il n’est pas nécessaire d’inventer des chiffres pour démontrer la différence
On trouve régulièrement sur Internet l’affirmation selon laquelle le passage d’un quad équivaudrait à celui de 100 VTT ou de 1 000 traileurs.
Nous n’avons trouvé aucune étude scientifique de référence permettant de confirmer cette conversion précise et universelle.
Cette absence de preuve ne signifie pas que les impacts sont équivalents. Elle signifie seulement qu’il serait peu sérieux de transformer la dégradation des sentiers en une formule mathématique valable partout, quels que soient le terrain, l’humidité, la pente, la vitesse et le type de véhicule.
Les données vérifiées sont déjà suffisamment parlantes :
- 75 à 210 tonnes de sol érodé par hectare et par an sur certaines pistes pour véhicules tout-terrain ;
- un ruissellement multiplié par environ huit sur une zone utilisée par les motos ;
- un rendement en sédiments atteignant 857 mètres cubes par kilomètre carré ;
- jusqu’à 30 centimètres d’abaissement de certaines pistes en deux ans ;
- des sédiments transportés depuis les pistes jusque dans les cours d’eau.
Il n’est donc pas nécessaire de recourir à un slogan invérifiable pour démontrer que les pratiques motorisées peuvent dégrader fortement les espaces naturels.
En France, les véhicules motorisés ne peuvent pas circuler librement dans la nature
Le droit français ne considère pas les forêts, les montagnes et les sentiers comme un terrain de jeu librement accessible aux quads et aux motocross.
L’article L. 362-1 du Code de l’environnement prévoit que la circulation des véhicules à moteur est interdite en dehors des voies appartenant au domaine routier, des chemins ruraux et des voies privées ouvertes à la circulation publique des véhicules motorisés.
Cela signifie qu’un chemin n’est pas automatiquement autorisé aux motos et aux quads parce qu’il apparaît sur une carte, qu’il est suffisamment large ou que des engins y sont déjà passés.
Une trace forestière, un sentier pédestre ou une ancienne piste ne devient pas une voie ouverte à la circulation motorisée du simple fait qu’un véhicule peut physiquement l’emprunter.
Cette réglementation vise précisément à protéger les espaces naturels contre les dégradations, les nuisances et les conflits d’usage. L’Office français de la biodiversité organise régulièrement des contrôles consacrés à la circulation des véhicules à moteur dans les milieux naturels.
Le trail et les sports motorisés ne provoquent pas la même pollution
La comparaison peut finalement être résumée simplement.
Le traileur se déplace grâce à son énergie musculaire. Le quad et la moto utilisent une motorisation qui transmet une force importante au sol, produit du bruit et rejette des polluants atmosphériques.
Les véhicules tout-terrain peuvent cumuler :
- le tassement du sol ;
- l’arrachement mécanique de la terre ;
- la formation d’ornières ;
- l’augmentation du ruissellement ;
- le transport de sédiments vers les cours d’eau ;
- les émissions de gaz d’échappement ;
- la pollution sonore ;
- le dérangement de la faune.
Les études disponibles ne permettent donc pas de soutenir sérieusement que le passage d’un traileur et celui d’un quad ou d’une motocross auraient des conséquences comparables.
Prétendre que les engins motorisés ne polluent pas les sentiers revient à ignorer les phénomènes d’érosion, de ruissellement, de transport des sédiments, d’émissions et de nuisances sonores documentés depuis plusieurs décennies.
Pourquoi nous publions cet article
Cet article a été rédigé en réponse aux réactions suscitées par notre précédent sujet consacré aux quads et aux motocross dans les espaces naturels, que nous avons publié à l’adresse suivante.
Plusieurs internautes ont affirmé que les motos et les quads ne dégradaient pas davantage les chemins que les autres usagers, qu’ils contribueraient même à leur entretien, voire que sans eux certains sentiers disparaîtraient. D’autres ont tenté de relativiser l’impact des sports motorisés en le comparant à celui des vêtements, des smartphones, d’Internet ou de la pratique du trail elle-même. Plutôt que de prolonger un échange uniquement fondé sur des impressions personnelles, nous avons choisi de revenir aux faits. L’objectif de cet article est donc de vérifier, à partir d’études scientifiques, de rapports publics et de données mesurées, si le passage d’un traileur peut réellement être comparé à celui d’un quad ou d’une moto tout-terrain sur les sols, les cours d’eau, la faune et l’environnement sonore.
Sources et références
Cet article s’appuie en priorité sur des publications scientifiques et sur des organismes publics.
Daniel Marion, Jonathan Phillips, Chad Yocum et James Jahnz ont étudié l’érosion d’un réseau de 77 kilomètres de pistes pour véhicules hors route dans les monts Ouachita. Leurs résultats, publiés en 2019 dans le Journal of the American Water Resources Association, estiment l’érosion entre 75 et 210 tonnes par hectare et par an. DOI : 10.1111/1752-1688.12793.
Le rapport de Charles Snyder, D. G. Frickel, R. F. Hadley et R. F. Miller, publié par l’United States Geological Survey sous la référence Water-Resources Investigations Report 76-99, a étudié les effets de la pratique de la moto tout-terrain sur l’hydrologie et les paysages de plusieurs secteurs californiens. Il documente notamment un ruissellement environ huit fois supérieur sur une surface utilisée par les motos, un rendement en sédiments de 857 m³/km² et un abaissement pouvant atteindre 30 centimètres sur certaines pistes. DOI : 10.3133/wri7699.
Mark S. Riedel, chercheur du service forestier américain, a étudié le transfert de matériaux provenant d’une piste pour véhicules tout-terrain vers un cours d’eau. Son expérience a mesuré au moins 2,45 kilogrammes de sédiments grossiers transférés en huit semaines depuis le tronçon suivi, soit une estimation de 302 kg/ha sur la période et de 1 960 kg/ha/an par extrapolation.
Les données relatives aux hydrocarbures, au monoxyde de carbone et aux oxydes d’azote proviennent des documents réglementaires de l’United States Environmental Protection Agency consacrés aux motos hors route et aux véhicules tout-terrain.
Les éléments relatifs à la pollution sonore, au dérangement de la faune, à l’écrasement de la flore et aux contrôles des engins motorisés dans les espaces naturels proviennent de l’Office français de la biodiversité.
Enfin, les règles françaises encadrant la circulation des véhicules à moteur dans les espaces naturels reposent notamment sur l’article L. 362-1 du Code de l’environnement, dans sa version en vigueur publiée sur Légifrance.
Précision méthodologique
les résultats chiffrés cités ont été obtenus sur des terrains et dans des conditions déterminés. Ils ne permettent pas d’établir une équivalence universelle entre un quad, une moto et un nombre précis de traileurs. Ils démontrent en revanche les mécanismes et l’ampleur que peuvent atteindre l’érosion, la compaction, le ruissellement, le transport de sédiments, les émissions polluantes et les nuisances associés aux pratiques motorisées.
Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.
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