La Adizero Gearshift
Pourquoi une chaussure dont on peut changer la rigidité peut être utile
L’idée d’adidas part d’un problème bien réel : les besoins du coureur évoluent au cours d’une sortie alors que sa chaussure, elle, reste exactement la même du premier au dernier kilomètre.
Une chaussure relativement souple peut apporter davantage de confort lorsque l’on court tranquillement. Une structure plus rigide peut au contraire devenir intéressante lorsque l’on augmente l’allure et que l’on recherche davantage de dynamisme.
C’est précisément ce qu’adidas cherche à réunir dans Gearshift. Au lieu de choisir avant de partir entre une chaussure confortable et une chaussure plus rigide, le coureur pourrait modifier son réglage en fonction de ce qu’il est en train de faire.
Sur une sortie longue, l’idée devient encore plus facile à comprendre. Les jambes fraîches du premier kilomètre sont rarement celles du quarantième. La foulée évolue avec la fatigue, les muscles travaillent différemment et les sensations changent.
Pouvoir transformer légèrement le comportement de la chaussure sans en changer pourrait donc présenter un véritable intérêt.
La version connectée pousse la logique encore plus loin puisqu’un réglage pourrait être programmé depuis une montre GPS. À terme, on imagine facilement une chaussure qui adopte un comportement pour une première partie tranquille, se rigidifie lorsque le coureur accélère puis change à nouveau lors des derniers kilomètres.
À ce niveau-là, Gearshift ressemble bien à une innovation.
Le risque : vouloir tout faire et finir moyen partout
C’est probablement là que le concept Gearshift devient le plus discutable.
Dans le running comme dans le trail, l’expérience montre souvent la même chose : les chaussures conçues pour tout faire sont rarement les meilleures dans un domaine précis.
Une paire très polyvalente peut être correcte pour les footings, acceptable sur des séances plus rapides et suffisamment confortable sur une sortie longue. Mais elle sera rarement aussi agréable qu’une véritable chaussure d’endurance, aussi dynamique qu’un modèle destiné à la vitesse ou aussi performante qu’une paire pensée uniquement pour la compétition.
En trail, le constat est encore plus évident. Une chaussure capable de passer partout peut fonctionner sur un grand nombre de terrains, mais elle sera souvent moins accrocheuse qu’un modèle dédié à la boue, moins précise qu’une chaussure conçue pour le terrain technique et moins confortable qu’une paire d’ultra pensée pour accumuler les heures.
C’est le revers de la polyvalence : à force de vouloir être bonne partout, une chaussure risque surtout de devenir moyenne partout.
Et c’est précisément la question que pose Gearshift. Pouvoir modifier la rigidité pendant la course est séduisant, mais cela suffit-il réellement à remplacer plusieurs chaussures conçues chacune autour d’un usage précis ?
Car une chaussure reste un ensemble. La rigidité n’est qu’un paramètre parmi d’autres : la mousse, la géométrie, le poids, la largeur, la stabilité, l’accroche ou encore la protection du pied jouent eux aussi un rôle essentiel.
Gearshift peut donc changer une partie du comportement de la chaussure. Elle ne peut pas, à elle seule, transformer une paire en plusieurs modèles totalement différents.
Plus on ajoute de technologie, plus on ajoute aussi des contraintes
Il existe un autre paradoxe.
Pendant des années, les équipementiers ont travaillé pour alléger les chaussures de running. Chaque gramme gagné était présenté comme un progrès.
Avec Gearshift, on ajoute désormais un mécanisme. Et dans sa version la plus avancée, de l’électronique, une alimentation et un système de communication avec une montre ou une application. La version numérique est ainsi plus complexe que le prototype mécanique.
Cela ouvre immédiatement d’autres questions.
Quel poids ? Quelle autonomie ? Quelle durée de vie ? Quelle résistance à l’eau ? Quel coût ? Que se passe-t-il lorsque le mécanisme tombe en panne après plusieurs centaines de kilomètres ?
Et surtout : le bénéfice apporté au coureur sera-t-il suffisamment important pour justifier toute cette complexité ?
À ce stade, adidas n’a communiqué ni prix de vente, ni date de commercialisation, ni données permettant de mesurer précisément un gain de performance lié au système Gearshift.
Le projet reste expérimental.
En résumé, gadget aujourd’hui, innovation demain ?
C’est probablement entre les deux que se situe réellement l’Adizero Gearshift.
Le bouton qui permet de modifier sa chaussure en courant a aujourd’hui quelque chose du gadget. Pour une grande majorité de coureurs, choisir dès le départ une chaussure adaptée à sa séance restera probablement beaucoup plus simple.
En revanche, l’idée qui se cache derrière Gearshift est loin d’être absurde.
Nos jambes, notre foulée, notre vitesse et nos besoins évoluent au cours d’un effort. Imaginer une chaussure capable d’évoluer elle aussi possède donc une vraie logique.
La question sera de savoir jusqu’où aller.
Si la technologie ajoute du poids, du prix et de la fragilité pour permettre au coureur de gagner un peu de confort entre deux kilomètres, elle restera probablement une curiosité.
Si elle permet un jour à une chaussure de modifier réellement son comportement en fonction de la fatigue, de l’allure ou du parcours sans intervention du coureur, adidas pourrait avoir ouvert une nouvelle voie.
Pour l’instant, Gearshift est donc surtout un formidable laboratoire. Et peut-être est-ce précisément son intérêt : adidas ne vient pas forcément de créer la chaussure dont nous avons besoin aujourd’hui, mais elle teste ce que pourraient devenir celles avec lesquelles nous courrons demain.
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.
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