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Courtney Dauwalter court partout, gagne presque partout et possède désormais un compagnon capable de la suivre jusque sur les sentiers : un drone.
L’Américaine vient de mettre en avant le HOVERAir Pro sur Instagram, avec à la clé un exemplaire à gagner pour ses abonnés. Une publicité plutôt logique pour une ultra-traileuse qui passe sa vie dehors… mais qui remet aussi sur la table un sujet sensible en montagne : la multiplication des drones sur les sentiers.
Courtney Dauwalter fait la promotion du HOVERAir Pro
La scène est assez éloignée de l’image traditionnelle du traileur parti seul en montagne avec son sac et ses chaussures.
Courtney Dauwalter vient de publier sur Instagram une opération autour du HOVERAir Pro, un petit drone autonome destiné notamment à filmer son propriétaire en mouvement.
L’Américaine explique apprécier le fait de pouvoir emporter dans son sac ce qu’elle décrit comme une sorte de « compagnon volant » capable de la suivre dans ses aventures et de filmer certains des sentiers sur lesquels elle court.
Elle propose surtout à ses abonnés de gagner un appareil : pour participer, il faut identifier un ami dans les commentaires et suivre le compte Instagram de HOVERAir. Un gagnant doit ensuite être tiré au sort.
Impossible, sur la seule base de cette publication, d’affirmer dans quelles conditions commerciales précises l’opération a été conclue. En revanche, il s’agit bien d’une mise en avant promotionnelle du produit, la marque étant identifiée et directement associée au jeu-concours.
Et sur le papier, on comprend assez facilement pourquoi ce type d’appareil cherche à séduire les traileurs.
Un drone qui tient presque dans un sac de trail
Le concept de HOVERAir consiste justement à s’éloigner du gros drone traditionnel piloté avec une télécommande.
Le modèle Pro affiche une masse annoncée d’environ 192 grammes et peut être replié. Le constructeur annonce jusqu’à 16 minutes de vol, une vitesse horizontale maximale de 11 m/s et plusieurs fonctions permettant à l’appareil de filmer automatiquement son utilisateur.
Pour un coureur, la promesse est évidente : sortir le drone, le lancer et obtenir des images en mouvement sans devoir installer une caméra ou demander à quelqu’un de courir derrière soi.
C’est précisément le type d’outil qui peut produire les images spectaculaires devenues omniprésentes sur les réseaux sociaux : une crête filmée depuis le ciel, un single vu de haut, un coureur isolé au milieu d’un immense paysage ou une descente suivie automatiquement.
Avec Courtney Dauwalter comme vitrine, le rapprochement entre trail, aventure et caméra volante autonome paraît presque naturel.
Mais dans la pratique, emmener un drone en montagne est beaucoup moins simple que de glisser une GoPro dans son sac.
Sur un sentier, on ne peut pas faire voler son drone n’importe où
En France notamment, posséder un drone de moins de 250 grammes ne signifie absolument pas que l’on puisse le faire décoller partout.
Les zones autorisées doivent être vérifiées avant le vol et la réglementation française prévoit notamment des restrictions autour de certains espaces sensibles ou protégés. La hauteur maximale est généralement limitée à 120 mètres, avec des règles supplémentaires concernant les personnes, les zones habitées et la conservation du drone dans le champ de vision du télépilote.
Et cela devient particulièrement important pour les traileurs puisque beaucoup de leurs terrains de jeu traversent justement des espaces naturels protégés.
Dans les parcs nationaux français, l’usage des drones fait partie des pratiques réglementées et le portail officiel des parcs demande explicitement aux visiteurs de ne pas en utiliser dans les zones concernées.
Autrement dit, le petit drone autonome que l’on voit suivre tranquillement un coureur sur Instagram ne peut pas nécessairement être reproduit sur n’importe quel sommet français.
Pourquoi les drones sont-ils aussi critiqués dans le monde du trail ?
La première critique est assez simple : le bruit.
Une grande partie des pratiquants vient courir en montagne précisément pour retrouver du calme. Le bourdonnement aigu d’un drone qui suit un coureur pendant plusieurs minutes peut donc être perçu comme une intrusion, au même titre qu’une enceinte portable sur un sentier.
Mais le principal problème dépasse largement le confort des autres randonneurs ou traileurs.
Il concerne la faune sauvage.
Plusieurs travaux scientifiques ont étudié la réaction des animaux à l’approche des drones. Une revue systématique publiée dès 2017 concluait que les réactions variaient selon les espèces, la trajectoire, la taille et le bruit de l’appareil, les oiseaux figurant parmi les animaux particulièrement susceptibles de réagir.
Des travaux plus récents confirment que l’altitude, la vitesse, la distance d’approche et le bruit peuvent provoquer selon les espèces une augmentation de la vigilance, une fuite ou des réponses physiologiques de stress. Les effets à long terme d’expositions répétées restent en revanche encore imparfaitement connus.
Chez les oiseaux, une méta-analyse portant sur 149 études a notamment montré que la distance avec le drone, sa vitesse ou encore la période de reproduction influençaient la probabilité de provoquer une réaction de fuite.
Ce n’est donc pas simplement une guerre entre les amoureux du silence et les créateurs de contenus Instagram.
En résumé, le trail moderne adore les images de drone… mais…
Ce sont elles qui donnent aux films de courses leurs plans les plus impressionnants. Elles permettent de mesurer l’immensité d’une montagne, de montrer un coureur minuscule sur une arête et de produire en quelques secondes une séquence autrefois réservée à des tournages beaucoup plus lourds.
Les organisateurs, les marques, les athlètes et les médias les utilisent abondamment.
Et avec des appareils autonomes toujours plus petits, cette technologie arrive maintenant directement dans le sac du pratiquant.
C’est justement là que commence le problème.
Un drone utilisé ponctuellement par une équipe professionnelle disposant des autorisations nécessaires n’a pas le même impact qu’une montagne dans laquelle chaque traileur ferait décoller son propre appareil pour repartir avec son Reel Instagram.
Le succès des drones personnels risque donc de créer une contradiction assez amusante pour notre sport : nous voulons tous voir les magnifiques images aériennes du trail… mais beaucoup moins entendre le drone qui les filme lorsque nous sommes nous-mêmes sur le sentier.
Courtney Dauwalter peut ainsi faire rêver avec son petit cameraman volant. Pour le traileur français qui voudrait l’imiter dimanche matin, une règle reste toutefois indispensable : avant d’appuyer sur « décollage », vérifier où l’on se trouve, ce que la réglementation autorise et surtout qui — humains ou animaux — partage la montagne avec nous.
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