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đ„ Ătre un excellent traileur français ne garantit toujours pas de gagner correctement sa vie grĂące Ă la course.
Une enquĂȘte menĂ©e en 2026 auprĂšs dâathlĂštes Ă©lites montre quâautour de 850 Ă 874 points ITRA, les revenus sportifs moyens atteignent environ 19 700 euros par an, soit un peu plus de 1 640 euros par mois si lâon rapporte cette somme sur douze mois. Ă titre de comparaison, le salaire mĂ©dian dâun salariĂ© du privĂ© en France atteint 2 190 euros net par mois. LâĂ©cart existe, mais il mĂ©rite dâĂȘtre replacĂ© dans la rĂ©alitĂ© du marchĂ© du travail français.
Pour atteindre 850 points ITRA, il faut dĂ©jĂ appartenir Ă une catĂ©gorie de coureurs que lâimmense majoritĂ© des pratiquants nâapprochera jamais. Ce niveau suppose des annĂ©es dâentraĂźnement, des semaines organisĂ©es autour de la course, de la rĂ©cupĂ©ration, des dĂ©placements et des compĂ©titions. Pourtant, cette excellence sportive ne garantit toujours pas une rĂ©munĂ©ration permettant de vivre confortablement uniquement grĂące au trail.
Câest ce dĂ©calage qui interroge : le trail sâest professionnalisĂ©, les marques investissent davantage et les meilleurs athlĂštes bĂ©nĂ©ficient dâune exposition croissante, mais une partie de lâĂ©lite française reste encore trĂšs loin des revenus que lâon associe spontanĂ©ment au sport professionnel.
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MĂȘme Ă trĂšs haut niveau, le trail rapporte encore relativement peu
Une enquĂȘte rĂ©alisĂ©e par FrĂ©dĂ©ric Bousseau dans le cadre de Mile & Stone/Connect sâest intĂ©ressĂ©e Ă 74 athlĂštes Ă©lites français, dont 49 ont rĂ©pondu anonymement. Pour intĂ©grer le panel, il fallait notamment atteindre au moins 850 points ITRA chez les hommes ou 730 chez les femmes, ce qui situe dĂ©jĂ les rĂ©pondants trĂšs haut dans la hiĂ©rarchie du trail français.
Les rĂ©sultats montrent pourtant que la moitiĂ© des athlĂštes interrogĂ©s dĂ©clare moins de 25 000 euros de revenus annuels liĂ©s au sport. Chez les hommes situĂ©s entre 850 et 874 points ITRA, la moyenne ressort autour de 19 700 euros par an, des revenus provenant principalement du sponsoring, auxquels peuvent sâajouter les primes de course, le coaching, le consulting ou encore certaines activitĂ©s dâinfluence.
Autrement dit, mĂȘme avec un niveau inaccessible Ă la quasi-totalitĂ© des pratiquants, la course ne suffit pas toujours Ă garantir lâĂ©quivalent dâun salaire confortable.
1 640 euros par mois grĂące au trail : est-ce vraiment si peu en France ?
Câest ici que le dĂ©bat devient plus intĂ©ressant. Dans le podcast consacrĂ© Ă cette Ă©tude, Hugo Ferrari estime quâun athlĂšte gagnant autour de 20 000 euros par an grĂące Ă sa pratique sportive ne peut difficilement vivre uniquement de cette activitĂ©. RapportĂ©s sur douze mois, les 19 700 euros Ă©voquĂ©s reprĂ©sentent pourtant environ 1 640 euros par mois.
La somme reste infĂ©rieure aux standards salariaux français : dans le secteur privĂ©, le salaire mĂ©dian atteint environ 2 190 euros net par mois, tandis que le salaire moyen se situe autour de 2 730 euros. Mais ces chiffres concernent des personnes qui occupent dĂ©jĂ un emploi Ă temps plein et ne racontent quâune partie de la rĂ©alitĂ© du marchĂ© du travail. Ils ne disent rien des pĂ©riodes de chĂŽmage, des emplois Ă temps partiel, des contrats prĂ©caires, des bas salaires ni, tout simplement, de la difficultĂ© Ă trouver un CDI correctement rĂ©munĂ©rĂ© selon son mĂ©tier ou son lieu de rĂ©sidence.
Dans ce contexte, 1 640 euros par mois grĂące au trail restent un revenu modeste, mais certainement pas une somme totalement dĂ©connectĂ©e de ce avec quoi vivent de nombreux Français. Pour un athlĂšte dont une partie des chaussures, du matĂ©riel, des inscriptions ou des dĂ©placements est prise en charge par ses partenaires, le tableau peut mĂȘme ĂȘtre un peu diffĂ©rent de celui dâun salariĂ© qui finance intĂ©gralement ses loisirs sportifs.
Le problĂšme se situe donc moins dans lâidĂ©e quâil serait impossible de vivre avec cette somme que dans la fragilitĂ© du modĂšle : les revenus dâun traileur sont gĂ©nĂ©ralement moins rĂ©guliers, moins sĂ©curisĂ©s et beaucoup plus dĂ©pendants de ses performances, de son Ă©tat physique et du renouvellement de ses contrats.
Le vrai paradoxe : ĂȘtre Ă©lite et devoir quand mĂȘme travailler Ă cĂŽtĂ©
Câest probablement ici que se trouve la principale particularitĂ© Ă©conomique du trail de haut niveau. Un athlĂšte peut appartenir Ă lâĂ©lite nationale, consacrer une part considĂ©rable de sa semaine Ă lâentraĂźnement et continuer malgrĂ© tout Ă exercer une autre activitĂ© professionnelle pour sĂ©curiser ses revenus.
LâenquĂȘte montre dâailleurs que seulement 24,5 % des rĂ©pondants se considĂšrent comme sportifs professionnels Ă 100 %. Les autres doivent donc, Ă des degrĂ©s divers, combiner leur pratique de haut niveau avec un emploi, une activitĂ© indĂ©pendante ou diffĂ©rentes sources de revenus annexes.
Cette situation peut rapidement devenir contradictoire. Pour franchir un nouveau palier, un traileur aurait besoin de davantage de temps pour sâentraĂźner, rĂ©cupĂ©rer, dormir, effectuer des stages en altitude ou se dĂ©placer sur les grandes compĂ©titions. Mais tant que ses revenus sportifs restent insuffisants ou incertains, rĂ©duire son activitĂ© professionnelle augmente mĂ©caniquement sa fragilitĂ© financiĂšre.
Le trail crĂ©e ainsi une catĂ©gorie particuliĂšre de sportifs : suffisamment performants pour ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme des athlĂštes Ă©lites, mais pas toujours suffisamment rĂ©munĂ©rĂ©s pour adopter le mode de vie dâun sportif professionnel Ă temps plein.
Peut-on réellement vivre avec 20 000 euros par an ?
Répondre catégoriquement par la négative serait excessif. Un jeune athlÚte sans enfant, avec un logement abordable, un train de vie relativement sobre et une partie de ses frais sportifs pris en charge peut parfaitement décider de vivre plusieurs années avec environ 20 000 euros de revenus annuels afin de privilégier sa carriÚre.
Ce choix devient en revanche plus difficile Ă tenir lorsque lâon raisonne sur dix ou vingt ans. Constituer une Ă©pargne, prĂ©parer sa retraite, emprunter pour acheter un logement, avoir des enfants ou simplement absorber plusieurs mois sans revenu Ă cause dâune blessure demande une stabilitĂ© que les contrats de sponsoring offrent rarement.
La vraie frontiĂšre se trouve donc probablement ici : 20 000 euros par an peuvent permettre de vivre du trail, mais beaucoup moins facilement de construire une vie stable grĂące au trail. Ce nâest pas exactement la mĂȘme chose.
Le trail paie vraiment lorsque lâon entre dans la toute petite Ă©lite mondiale
LâenquĂȘte montre dâailleurs que les revenus changent complĂštement de dimension lorsque le niveau sportif augmente encore. Au-dessus de 920 points ITRA chez les hommes, les revenus sportifs moyens approchent 91 700 euros par an.
Mais atteindre 920 points signifie entrer dans un autre univers. Ă ce niveau, il ne sâagit plus seulement dâĂȘtre un trĂšs bon coureur français : lâathlĂšte peut prĂ©tendre aux premiĂšres places sur certaines des plus grandes compĂ©titions internationales, bĂ©nĂ©ficier dâune exposition mĂ©diatique beaucoup plus forte et devenir nettement plus intĂ©ressant commercialement pour les marques.
Le modĂšle Ă©conomique du trail apparaĂźt donc extrĂȘmement concentrĂ©. Entre un excellent athlĂšte national et un coureur appartenant Ă la toute petite Ă©lite mondiale, quelques dizaines de points ITRA peuvent accompagner un changement radical de rĂ©munĂ©ration, de visibilitĂ© et de statut.
Ătre Ă©lite ne signifie toujours pas ĂȘtre professionnel
Câest finalement le principal enseignement de ces chiffres. Autour de 850 points ITRA, un athlĂšte possĂšde dĂ©jĂ un niveau remarquable et consacre souvent une grande partie de sa vie Ă la course. Pourtant, les revenus quâil tire directement de son sport peuvent rester infĂ©rieurs Ă ceux dâun salariĂ© français mĂ©dian.
Cela ne signifie pas forcĂ©ment quâil est impossible dâen vivre. Cela montre surtout que le statut dâathlĂšte Ă©lite et celui de sportif professionnel restent deux rĂ©alitĂ©s trĂšs diffĂ©rentes dans le trail.
Le milieu sâest considĂ©rablement dĂ©veloppĂ©, les audiences progressent, les sponsors investissent et les meilleurs coureurs peuvent dĂ©sormais gagner correctement leur vie. Mais pour une large partie de lâĂ©lite nationale, la professionnalisation reste encore partielle : on peut courir comme un professionnel tout en continuant Ă devoir gagner sa vie comme tout le monde.
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