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Un chasseur de 42 ans a comparu devant la justice ce mardi 15 septembre après une scène survenue lors d’une battue à Lougratte, dans le Lot-et-Garonne. Au volant de son 4×4, l’homme s’est lancé à la poursuite d’une compagnie de sangliers à travers champs, franchissant routes et fossés et cherchant à percuter les animaux, tandis que d’autres chasseurs se trouvaient à pied dans le secteur avec leurs fusils. Quatre mois de prison avec sursis ont été requis contre lui pour chasse à l’aide d’un engin prohibé.
L’affaire dépasse largement la question de la manière dont on chasse un sanglier. Pour nous, traileurs, elle pose une question beaucoup plus immédiate : quand nous partons courir en forêt au milieu de personnes armées, comment savoir que toutes sont suffisamment maîtresses de leur comportement pour que nous puissions leur faire confiance ?
Un chasseur qui transforme une battue en course-poursuite en 4×4
Les faits remontent au 13 février 2025. Une battue est organisée à Lougratte lorsque la situation bascule. Le 4×4 roule à vive allure derrière plusieurs sangliers, traverse les champs, coupe des routes, franchit des fossés et tente de les percuter. Des chiens se trouvent également au milieu de la scène et, autour du véhicule, d’autres participants évoluent à pied, fusil en main et gilet orange sur le dos.
On peut évidemment considérer cette affaire comme le comportement isolé d’un homme qui a complètement dépassé les limites. Ce serait même la seule manière raisonnable de la traiter : ce chasseur ne représente pas l’ensemble des chasseurs.
Mais c’est précisément le problème qui intéresse les autres usagers de la nature. Il suffit d’un seul.
Quand on court en forêt, on ne sait pas sur qui on va tomber
Depuis plusieurs jours, chaque fois que nous parlons de sécurité à la chasse, la même réponse revient : l’immense majorité des chasseurs est responsable, formée et respectueuse des règles.
Probablement.
Mais lorsqu’on court au milieu de personnes équipées d’armes à feu, le chiffre qui compte n’est pas uniquement celui de la majorité raisonnable. Le problème est aussi celui de l’individu qui, ce jour-là, ne l’est plus.
Le traileur qui arrive dans une zone de chasse ne connaît pas les personnes qu’il va croiser. Il ignore leur tempérament, leur niveau de fatigue, leur consommation éventuelle d’alcool, leur capacité à gérer leur colère ou tout simplement leur respect des règles élémentaires de prudence.
Dans 99,9 % des cas, la rencontre se passera probablement sans le moindre problème.
Mais avec une arme, les conséquences du 0,1 % restant ne sont pas celles d’une altercation entre deux promeneurs.
Cette affaire arrive après celle des « cartouches de gros sel »
Et c’est là que l’accumulation commence à devenir difficile à ignorer.
Quelques jours plus tôt, Francis Lampe, alors président de l’association communale de chasse de Pollestres, évoquait « quelques cartouches remplies de gros sel » pour ceux qui viendraient perturber l’ouverture de la chasse et promettait qu’ils auraient « très mal aux fesses ». Il a ensuite regretté ses propos et démissionné.
Là encore, impossible d’en déduire que les chasseurs seraient violents. Ce serait une généralisation absurde.
Mais en quelques jours, deux affaires donnent à voir des comportements qui sont exactement ceux que l’on nous explique habituellement être tellement marginaux qu’il ne faudrait même pas s’en préoccuper.
D’un côté, un responsable local qui utilise l’imaginaire du tir pour répondre à ses opposants. De l’autre, un homme qui, pendant une battue, se lance dans une course-poursuite en 4×4 derrière des sangliers.
Pour ceux qui courent seuls dans les mêmes forêts, cela ne contribue franchement pas à rassurer.
La question de l’état psychiatrique des chasseurs
Le titre de Sud Ouest parle d’un homme « fou de chasse » et « ingérable », et affirme que « sa passion dépasse sa raison ». Mais ces expressions ne constituent évidemment pas un diagnostic médical.
Nous ne savons rien de son éventuel état psychiatrique et il serait irresponsable de lui attribuer une maladie à partir de son comportement.
Parce qu’une personne n’a pas besoin d’être atteinte d’une maladie psychiatrique pour représenter momentanément un danger. La colère, l’impulsivité, la perte de contrôle ou le simple mépris des règles peuvent suffire.
Et lorsqu’un fusil entre dans l’équation, cette question concerne aussi ceux qui passent à côté.
Comment vérifie-t-on l’aptitude psychique d’un chasseur ?
C’est ici que la question du certificat médical revient nécessairement.
Pour obtenir le permis de chasser, un candidat doit fournir un certificat attestant que son état physique et psychique est compatible avec la détention d’une arme. Il existe donc bien, dans le système français, l’idée qu’une aptitude psychique minimale doit être vérifiée.
Mais cette affaire amène forcément à s’interroger sur la suite.
Une personne peut obtenir son permis puis évoluer. Un comportement peut également apparaître plusieurs années après l’examen initial. Et surtout, aucune visite médicale annuelle systématique n’accompagne ensuite chaque validation annuelle du permis.
C’est donc moins le certificat initial qui pose question que la manière dont on détecte ensuite une personne dont le comportement devient manifestement incompatible avec la prudence que nécessite une arme.
Pour un traileur, la confiance est obligatoire
Le plus étrange dans cette cohabitation entre chasseurs et autres usagers est peut-être là : nous sommes obligés de leur faire confiance.
Quand nous entendons un coup de feu derrière une haie, nous faisons confiance au tireur pour avoir identifié ce qu’il visait. Lorsque nous arrivons à proximité d’une battue, nous faisons confiance aux chasseurs pour respecter leurs angles de tir. Lorsque nous croisons quelqu’un avec un fusil, nous faisons confiance à sa maîtrise de l’arme, de ses émotions et de son comportement. Nous n’avons aucun moyen de vérifier quoi que ce soit nous-mêmes.
Et dans l’immense majorité des cas, cette confiance est probablement justifiée. Mais l’affaire de Lougratte rappelle précisément pourquoi « la plupart sont responsables » n’est jamais une réponse totalement satisfaisante lorsqu’une activité met des armes à feu entre les mains de particuliers au milieu d’espaces fréquentés par tous.
Il suffit d’une seule brebis galeuse
C’est exactement ce que nous écrivions déjà à propos des accidents et des comportements marginaux : personne ne prétend que tous les chasseurs sont dangereux.
Il suffit pourtant d’une seule personne pour qu’une situation bascule.
Un seul mauvais tir. Une seule perte de contrôle. Une seule mauvaise manipulation. Une seule personne qui se croit autorisée à faire ce qu’elle veut parce que sa « passion » prend le dessus.
Le chasseur de Lougratte n’a, d’après les éléments connus, tiré sur aucun promeneur et n’a percuté aucun sanglier lors de cette poursuite. Il serait donc déplacé de lui attribuer un danger qu’il n’a pas créé envers un traileur. Mais son comportement permet de poser une question très concrète : si nous l’avions croisé ce jour-là sur un chemin avec son fusil, comment aurions-nous pu savoir à qui nous avions affaire ?
C’est cela, finalement, qui nourrit la peur sur les sentiers. Pas l’idée que chaque chasseur serait dangereux.
L’idée qu’au milieu de tous ceux qui ne le sont pas, nous n’avons aucun moyen de reconnaître celui qui peut, un jour, perdre complètement le sens des limites.
Source
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