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🎥 Sébastien Spehler a abandonné le 125 km de l’Ultra-Trail Harricana après avoir été malade en course. Une vidéo publiée par Distances+ le montre en grande difficulté, marchant vers le prochain ravitaillement. Cet abandon marque un moment difficile pour Sébastien Spheler au cours de cette compétition.
Les images sont fortes, mais elles posent aussi une question : faut-il vraiment filmer et publier un athlète au moment où il est en pleine déroute ?
L’abandon fait partie de l’ultra-trail. Mais la manière dont il est désormais raconté change. Avec les téléphones et les réseaux sociaux, il ne reste plus seulement un résultat dans un classement : il peut devenir une séquence vidéo, diffusée presque immédiatement, alors que le coureur est encore au plus mauvais moment de sa course.
C’est précisément ce qui s’est produit pendant l’Ultra-Trail Harricana du Canada avec Sébastien Spehler.
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Sébastien Spehler malade et contraint d’abandonner Harricana
Le Français de 38 ans faisait partie des principales têtes d’affiche du 125 km de l’Ultra-Trail Harricana, disputé dans Charlevoix au Québec. L’organisation le présentait avant le départ parmi les athlètes internationaux majeurs de cette édition.
Sa course a pourtant tourné court. Malade et incapable de poursuivre normalement, Spehler a dû se résoudre à l’abandon.
Dans une vidéo publiée par le média québécois Distances+, on le voit marcher sur le parcours alors qu’il est rattrapé par Philippe Poulin. Spehler explique qu’il ne peut plus continuer normalement et qu’il compte rejoindre le prochain ravitaillement à pied, plutôt que solliciter une évacuation alors qu’il estime pouvoir avancer par ses propres moyens.
Malgré son état, il reste calme et presque philosophe sur ce qui lui arrive.
« C’est ma connerie, je dois l’assumer »
L’échange filmé dure seulement quelques dizaines de secondes, mais il montre un athlète dans un moment que les images officielles de trail donnent rarement à voir.
À la question de savoir s’il va réussir à atteindre le prochain ravitaillement, Spehler répond qu’il prendra le temps nécessaire. Il refuse surtout l’idée de déranger l’organisation s’il reste capable de marcher.
Il lâche notamment cette phrase : « C’est ma connerie, je dois l’assumer. »
Il n’y a ni colère ni mise en scène. Seulement un coureur qui comprend que sa course est terminée et qui doit encore sortir du parcours.
C’est justement cette vulnérabilité qui rend la séquence aussi forte.
Mais fallait-il publier ces images ?
C’est là que le sujet dépasse largement l’abandon de Sébastien Spehler.
Filmer un champion lorsqu’il gagne, lorsqu’il attaque ou lorsqu’il franchit une ligne d’arrivée ne pose pratiquement aucune question. Filmer le même athlète malade, épuisé, incapable de continuer et encore isolé sur un sentier est beaucoup plus délicat.
Un commentaire publié sous la vidéo résume directement ce malaise : « Pauvre dude, c’est pas nécessaire de filmer son inconfort et de le publier. »
Tous les internautes ne réagissent évidemment pas ainsi. La majorité des commentaires visibles témoignent plutôt de soutien et de compassion à l’égard du Français. L’un d’eux souligne par exemple combien il est difficile de voir une course s’arrêter de cette façon et lui souhaite de bien récupérer.
Il serait donc excessif de parler d’une polémique massive. En revanche, la question soulevée est réelle.
Montrer l’échec fait aussi partie du sport
Il existe pourtant un argument inverse.
Le trail de haut niveau ne se résume pas aux arrivées victorieuses, aux records et aux images spectaculaires. Les vomissements, les problèmes digestifs, les blessures, les abandons et les longues marches jusqu’à un ravitaillement font partie de l’ultra.
Ne montrer que les moments glorieux donnerait une vision très artificielle de la discipline.
Dans ce sens, la vidéo de Sébastien Spehler raconte aussi quelque chose de profondément authentique : même un coureur de très haut niveau peut se retrouver arrêté par son corps et obligé d’accepter l’échec.
Et Spehler n’y apparaît jamais humilié par son comportement. Au contraire, ses quelques mots montrent un athlète lucide, responsable et encore capable de sourire alors que son objectif vient de disparaître.
La différence se situe peut-être dans le consentement
La vraie frontière n’est donc probablement pas entre filmer et ne pas filmer, mais entre documenter un événement sportif et transformer la détresse d’un athlète en contenu.
Tout dépend du contexte : le coureur sait-il qu’il est filmé ? Accepte-t-il réellement que ces images soient diffusées ? Est-il suffisamment lucide pour le décider ? La séquence apporte-t-elle une information sportive ou cherche-t-elle surtout une image spectaculaire ?
Dans le cas de Spehler, il répond directement à la personne qui filme et ne semble pas chercher à fuir la caméra. Cela ne permet toutefois pas de savoir dans quelles conditions précises la publication de la vidéo a été décidée ensuite.
C’est une distinction importante.
En résumé, les réseaux sociaux ont changé notre manière de regarder les abandons
Il y a encore quelques années, l’abandon d’un favori aurait principalement été raconté après la course : un communiqué, quelques mots du coureur, éventuellement une interview.
Aujourd’hui, l’échec peut être observé quasiment en temps réel.
Cette évolution rapproche incontestablement le public de la réalité du trail, mais elle efface aussi progressivement la frontière entre ce qui appartient à la compétition et ce qui relève d’un moment personnel de faiblesse.
La séquence de Sébastien Spehler à Harricana est finalement intéressante pour cette raison. Elle montre sans filtre la dureté de l’ultra-trail, mais oblige aussi à se demander jusqu’où il est légitime d’aller pour la montrer.
Le sport a besoin d’images vraies. Cela ne signifie pas nécessairement que chaque moment de détresse doit devenir une vidéo publiée sur les réseaux sociaux.
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