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« Je considère que ce n’est pas parce qu’on est Chamoniard que la ville nous appartient. Certains sont des nantis et ne se rendent pas compte de la chance qu’ils ont de pouvoir résider à Chamonix, une ville calme quasiment tout le reste de l’année ! » a déclaré Vincent Delebarre dans le magazine Marianne.
🎥 UTMB : mon analyse en vidéo
Vidéo originale uTrail, réalisée et présentée par Axelle Anne (lien pour me contacter dans ma bio en bas de l’article).
Dans cette vidéo, je reviens sur la polémique récurrente entre l’UTMB, Chamonix et une partie des habitants de la vallée. Je rappelle également une expérience personnelle vécue après un précédent article consacré au sujet, avant de revenir sur les déclarations très directes de Vincent Delebarre, vainqueur de l’UTMB en 2004.
Son intervention pose une vraie question : à force de dénoncer le gigantisme de l’UTMB et ses conséquences sur la montagne, le débat n’a-t-il pas parfois perdu de vue les bénéfices économiques, sportifs et touristiques apportés par l’événement ? Je vous donne mon point de vue et je vous laisse en débattre en commentaires.
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À quelques jours du départ de l’UTMB 2026, le débat autour de la place prise par l’événement à Chamonix continue.
Entre les habitants qui supportent pendant une semaine l’afflux de milliers de coureurs et de spectateurs, les élus qui réclament une meilleure maîtrise de la fréquentation et l’organisation qui défend un rendez-vous devenu mondial, les positions s’opposent. Vincent Delebarre, vainqueur de l’UTMB en 2004 et acteur des premières années de la course, vient d’apporter un point de vue particulièrement tranché : selon lui, certaines critiques formulées à Chamonix oublient tout ce que l’UTMB a apporté à la vallée.
L’UTMB 2026 se déroulera du 24 au 30 août autour du Mont-Blanc
Le HOKA UTMB Mont-Blanc débute lundi 24 août 2026 et s’achève dimanche 30 août. Pendant une semaine, plusieurs courses se succèdent entre la France, l’Italie et la Suisse.
La course reine, l’UTMB, prendra son départ de Chamonix vendredi 28 août à 17 h 45. Au programme : 174 kilomètres et environ 9 900 mètres de dénivelé positif autour du massif du Mont-Blanc, avec un temps maximal de 46 h 45. L’épreuve constitue aujourd’hui la finale 100M de l’UTMB World Series.
Depuis sa création en 2003, l’événement a changé de dimension. Ce qui était à l’origine une course d’ultra-endurance est devenu l’un des principaux rendez-vous internationaux du trail. L’édition 2026 rassemble huit épreuves et les trois grandes finales du circuit, l’OCC, la CCC et l’UTMB.
Cette réussite sportive et économique explique aussi pourquoi chaque débat concernant son avenir prend désormais une dimension particulière.
À Chamonix, la taille prise par l’UTMB fait débat
Depuis plusieurs années, l’UTMB cristallise une partie des discussions autour de la fréquentation de la vallée du Mont-Blanc.
Les sujets reviennent régulièrement : circulation, saturation de certains secteurs, pression touristique, logement, environnement ou encore place laissée aux habitants pendant les périodes de très forte fréquentation.
Le débat a pris une dimension supplémentaire en 2026 avec le nouveau maire de Chamonix, François-Xavier Laffin. Élu au printemps, celui-ci a fait de la gestion des flux touristiques et du logement deux dossiers importants de son début de mandat. Il a également exprimé publiquement ses interrogations sur la dimension atteinte par l’UTMB et sur la capacité de la vallée à absorber son développement.
La question dépasse donc largement le simple fait d’aimer ou de détester une course de trail. Elle touche au modèle touristique de Chamonix et à l’équilibre à trouver entre une destination internationale et ceux qui y vivent toute l’année.
Vincent Delebarre connaît l’UTMB depuis presque le premier jour, c’est ce qui donne du poids à son témoignage
Aujourd’hui âgé de 58 ans, l’ancien ultra-traileur pratique la discipline depuis les années 1990. Surtout, il faisait partie des neuf membres du comité directeur qui ont préparé la première édition de l’UTMB en 2003.
Un an plus tard, en 2004, il remportait la deuxième édition de la course.
Il a ensuite travaillé pendant plusieurs années comme conseiller technique de l’épreuve. Guide de haute montagne, il a encore récemment retrouvé l’organisation en devenant directeur de la sécurité sur la PTL, l’épreuve d’environ 300 kilomètres organisée pendant la semaine de l’UTMB.
Son regard est donc celui d’un champion de la première heure qui a connu l’UTMB avant son explosion médiatique et commerciale.
« Ce n’est pas parce qu’on est Chamoniard que la ville nous appartient »
Interrogé par Marianne sur les critiques formulées à Chamonix, Vincent Delebarre assume une position très favorable à l’événement.
Il reconnaît qu’à certains moments le nombre de participants et de visiteurs a pu devenir difficile à absorber sur le plan logistique. Il considère toutefois que les critiques faites à l’UTMB sont souvent trop sévères au regard de ses effets positifs.
Et sa réponse aux opposants locaux est particulièrement directe :
« Ce n’est pas parce qu’on est Chamoniard que la ville nous appartient. »
Vincent Delebarre va encore plus loin en estimant que certains habitants sont des « nantis » qui mesurent mal la chance de vivre à Chamonix. Il rappelle aussi que l’intense agitation liée à l’UTMB se concentre essentiellement sur une période limitée de l’année.
Son raisonnement est simple : les nuisances existent, les habitants doivent être entendus, mais l’UTMB apporte selon lui davantage à Chamonix qu’il ne lui retire.
Selon lui, le trail a aussi transformé l’économie de la montagne
Vincent Delebarre insiste notamment sur un effet souvent moins visible depuis l’extérieur : le trail a permis d’allonger la saison touristique.
Il explique qu’autrefois, à Chamonix, la fréquentation avait tendance à décliner après le 15 août. Le développement du trail et des activités outdoor attire désormais des visiteurs jusqu’en septembre.
Hébergements, commerces, marques, stages, accompagnateurs et professionnels du sport profitent directement ou indirectement de cette nouvelle économie estivale. Delebarre en a lui-même fait l’expérience puisqu’il a créé dès 2003 une activité de stages de trail et organisé par la suite des dizaines de stages liés à l’UTMB.
Dans son analyse, l’UTMB constitue donc aussi une réponse à la transformation économique des stations de montagne, historiquement très dépendantes du ski.
Sur l’environnement, Vincent Delebarre relativise fortement l’impact du trail
C’est probablement l’autre partie très clivante de son discours.
Guide de haute montagne et présent quotidiennement sur le terrain, Vincent Delebarre explique qu’il n’a personnellement constaté quasiment aucune évolution majeure de la nature, des sentiers ou de la faune qu’il puisse attribuer à l’augmentation du nombre de traileurs et de randonneurs.
Il reconnaît en revanche des phénomènes de concentration sur certains sites très fréquentés, comme le lac Blanc.
Son point de vue s’oppose ainsi à ceux qui considèrent que la massification de la pratique impose une régulation plus importante de certains espaces.
Alors, qui a tort et qui a raison ?
Les deux camps parlent en réalité de deux réalités différentes.
Les habitants et les élus qui demandent davantage de régulation peuvent légitimement regarder les conséquences immédiates d’un événement mondial : trafic, concentration humaine, pression sur les infrastructures ou fréquentation d’espaces naturels déjà très sollicités. Le nouveau maire de Chamonix place d’ailleurs la maîtrise générale des flux touristiques parmi ses priorités, bien au-delà du seul UTMB.
Vincent Delebarre regarde l’autre côté de la balance. Il voit une course qui a contribué à faire connaître le trail, à attirer des pratiquants vers la montagne, à développer une économie estivale et à transformer Chamonix en capitale mondiale de la discipline.
L’un n’annule pas l’autre.
La véritable question consiste donc moins à savoir s’il faut choisir entre l’UTMB et les habitants qu’à déterminer jusqu’où l’événement peut continuer à se développer tout en restant acceptable pour le territoire qui l’accueille.
Sur ce point, Vincent Delebarre reconnaît lui-même que des compromis devront être trouvés.
Sources
- Entretien de Vincent Delebarre publié par Marianne le 21 août 2026 ; informations sportives et programme officiel du HOKA UTMB Mont-Blanc 2026 ; déclarations et éléments concernant la politique de gestion des flux touristiques de la mairie de Chamonix.
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