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🎧 Un médecin, lecteur de uTrail, nous a adressé un long courrier consacré à la place de plus en plus importante prise par les données physiologiques dans les montres connectées.
Fréquence cardiaque, VO2 max, puissance, sommeil ou récupération : selon lui, les fabricants donnent progressivement aux sportifs l’impression qu’un appareil porté au poignet peut tout mesurer et, surtout, tout interpréter.
C’est en évoquant les recherches menées par Garmin autour du glucose et de l’hémoglobine glyquée qu’il se montre le plus sévère.
« Dans le même cadre “ambiance métabolique”, le capteur d’hémoglobine glyquée chez le diabétique […] par montres Garmin frôle la grande malhonnêteté. Il ne viendrait pas à l’idée d’un médecin de s’y fier pour remplacer son dosage trimestriel au labo. »
La formule est rude. Elle mérite pourtant d’être examinée, car Garmin travaille bien sur des technologies capables d’aller beaucoup plus loin que les mesures traditionnellement proposées par une montre de sport. En revanche, une précision s’impose immédiatement : rien ne permet aujourd’hui d’affirmer que cette fonction équipera effectivement la future Fenix 9.
À savoir : glycémie et hémoglobine glyquée, ce n’est pas la même chose
La glycémie correspond au taux de glucose présent dans le sang à un instant donné. Elle peut varier rapidement après un repas, pendant un effort ou en cas d’hypoglycémie. L’hémoglobine glyquée (HbA1c), elle, donne une indication sur l’exposition moyenne de l’organisme au glucose sur plusieurs semaines.
Les travaux actuellement documentés chez Garmin portent notamment sur une estimation non invasive de l’HbA1c au poignet. Il ne s’agit donc pas, à ce stade, d’un véritable lecteur de glycémie en continu comparable à un Dexcom ou à un FreeStyle Libre. Si le mot « glycémie » est souvent employé dans la presse pour simplifier le sujet, parler de mesure continue de la glycémie serait techniquement inexact.
La mesure de l’HbA1c n’est pas une fonction confirmée de la Garmin Fenix 9
Depuis plusieurs jours, les premières fuites sérieuses autour de la Fenix 9 commencent à dessiner les contours de la prochaine génération de montres haut de gamme Garmin. Elles évoquent notamment trois déclinaisons — Fenix 9, Fenix 9 Pro et Fenix 9 Pro inReach — ainsi qu’une nouvelle répartition entre écrans AMOLED et MIP Solar et, pour le modèle inReach, des fonctions de communication satellite.
En revanche, ces fuites ne confirment pour l’instant aucune mesure de la glycémie ni de l’hémoglobine glyquée sur la Fenix 9.
Il faut donc séparer deux informations qui commencent à être amalgamées : d’un côté, la future Fenix 9, dont certaines caractéristiques ont fuité ; de l’autre, les travaux de Garmin sur de nouveaux indicateurs métaboliques.
Le lien entre les deux reste, à ce stade, une hypothèse.
Garmin travaille bien sur une estimation non invasive de l’hémoglobine glyquée
Ce qui est réel, en revanche, c’est que Garmin a déposé des brevets décrivant des méthodes permettant d’estimer l’HbA1c à partir de capteurs optiques intégrés à un appareil portable.
Le principe repose notamment sur l’analyse de la lumière envoyée dans les tissus puis réfléchie vers les capteurs. L’objectif serait d’obtenir une estimation de l’hémoglobine glyquée sans réaliser de prélèvement sanguin traditionnel. Plusieurs publications spécialisées ayant étudié le brevet décrivent un système destiné à suivre les tendances du glucose sur le long terme plutôt qu’à fournir une glycémie instantanée comparable à celle d’un capteur de glucose en continu.
C’est une nuance essentielle : Garmin ne travaille pas, dans ce brevet, sur l’équivalent d’un Freestyle Libre ou d’un Dexcom donnant une valeur de glucose minute après minute.
L’HbA1c est un marqueur complètement différent. Il permet d’évaluer l’exposition moyenne au glucose sur une période de plusieurs semaines et constitue notamment l’un des indicateurs utilisés dans le suivi du diabète.
Un brevet ne signifie pas que la technologie arrivera sur une montre
C’est également là qu’il faut se méfier des raccourcis.
Les fabricants déposent régulièrement des brevets pour protéger des technologies qui ne deviennent pas nécessairement des produits commerciaux. Un brevet Garmin décrivant une estimation optique de l’HbA1c ne signifie donc ni que la technologie est prête, ni qu’elle a obtenu une éventuelle validation médicale, ni qu’elle sera intégrée à la prochaine Fenix.
Certains médias spécialisés ont d’ailleurs commencé à imaginer l’arrivée d’une mesure non invasive du glucose sur la Fenix 9, mais ils la présentent encore comme une possibilité ou comme une fonction souhaitée, et non comme une caractéristique établie. Tom’s Guide estime par exemple lui-même qu’une telle fonction reste peu probable sur cette génération.
Autrement dit, Garmin explore sérieusement le sujet, mais personne ne peut aujourd’hui écrire sérieusement que “la Fenix 9 mesurera la glycémie”.
Alors pourquoi notre médecin parle-t-il de « malhonnêteté » ?
Son inquiétude porte moins sur le principe technologique que sur l’utilisation qui pourrait un jour être faite de ces résultats.
Une montre grand public peut déjà fournir une quantité impressionnante d’informations liées à la santé et à la performance. Certaines sont directement mesurées, comme la fréquence cardiaque, tandis que d’autres sont calculées ou estimées à partir de plusieurs données et d’algorithmes propriétaires.
Pour l’utilisateur, cette distinction n’est pas toujours évidente.
Lorsqu’une montre affiche une VO2 max de 48, un âge physique de 42 ans ou un score de récupération de 73, le chiffre possède une apparence de précision scientifique. Pourtant, il ne s’agit pas nécessairement d’une mesure comparable à celle réalisée dans un laboratoire.
Avec l’HbA1c, cette question changerait encore de dimension, parce que l’on quitterait clairement le domaine du simple indicateur d’entraînement pour toucher à une donnée utilisée dans la prise en charge médicale.
Une estimation au poignet pourrait-elle remplacer une prise de sang ?
C’est précisément ce que notre lecteur conteste.
Aujourd’hui, le dosage de l’HbA1c repose sur une analyse biologique. Le brevet Garmin cherche justement à déterminer si une combinaison de capteurs optiques et d’algorithmes pourrait permettre d’en produire une estimation non invasive. (T3)
Il serait cependant très différent de proposer cette donnée comme un simple indicateur de tendance destiné au bien-être et de la présenter comme un substitut à un examen médical.
Et c’est probablement là que se situe le vrai débat soulevé par son courrier : jusqu’où une marque de montres de sport peut-elle aller lorsqu’elle commence à afficher des données qui ressemblent de plus en plus à celles utilisées par les médecins ?
Pour les traileurs, la tentation du laboratoire au poignet
Le sujet dépasse largement les personnes diabétiques.
Les sportifs d’endurance sont particulièrement friands de données. Fréquence cardiaque, variabilité cardiaque, VO2 max, puissance, sommeil, oxygénation, température cutanée ou temps de récupération se sont progressivement ajoutés aux simples kilomètres parcourus.
Pour un traileur, une information liée au métabolisme du glucose pourrait évidemment être séduisante. Sur un ultra, où l’alimentation devient l’un des paramètres majeurs de la performance, connaître précisément la réaction de son organisme aux apports glucidiques ressemble presque au Graal.
Mais entre disposer d’un nouveau chiffre et savoir quoi en faire, la distance peut être considérable.
Une variation observée au poignet peut dépendre de nombreux paramètres, et une estimation algorithmique n’acquiert pas automatiquement une valeur médicale simplement parce qu’elle apparaît sur une montre vendue plusieurs centaines d’euros.
Le risque serait surtout de confondre estimation et diagnostic
C’est finalement là que la critique de notre lecteur prend tout son sens.
Dire aujourd’hui que Garmin est déjà « malhonnête » serait excessif : la marque n’a annoncé ni mesure de l’HbA1c sur la Fenix 9, ni fonction destinée à remplacer une analyse médicale.
En revanche, le jour où ce type de métrique arrivera réellement sur une montre grand public, la manière dont elle sera présentée sera déterminante.
Une « estimation de tendance métabolique » et un « taux d’HbA1c » affiché comme une valeur médicale ne produisent évidemment pas la même perception chez l’utilisateur.
Or les montres connectées possèdent déjà un pouvoir considérable : elles transforment des signaux biologiques parfois complexes en chiffres simples, immédiatement lisibles et faciles à comparer.
C’est pratique pour suivre son entraînement. Cela devient beaucoup plus sensible lorsque ces chiffres commencent à ressembler à ceux inscrits sur un bilan sanguin.
En résumé, la Fenix 9 pourrait surtout ouvrir un nouveau débat
Pour le moment, la future Garmin Fenix 9 reste donc hors de cause : les fuites disponibles ne permettent pas d’affirmer qu’elle embarquera une mesure du glucose ou de l’HbA1c.
Mais les brevets déposés par Garmin montrent que le constructeur travaille bel et bien sur ce terrain.
Et pour les coureurs comme pour les médecins, la vraie question pourrait bientôt devenir beaucoup plus intéressante que celle de savoir combien de capteurs Garmin réussira à placer sous une montre :
à partir de quel moment une donnée de santé affichée au poignet cesse-t-elle d’être un gadget sportif pour devenir une information que l’utilisateur risque de prendre pour un diagnostic ?
Source
- courrier adressé à la rédaction de uTrail par un médecin lecteur du site. À sa demande, son identité n’est pas publiée et la source reste anonyme. Son témoignage est utilisé pour ouvrir le débat ; les éléments techniques évoqués dans l’article ont été vérifiés séparément à partir de sources publiques.
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