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🎧 Les FKT ne sont pas nouveaux, mais quelque chose semble avoir changé en 2026.
Les tentatives se succèdent désormais à un rythme impressionnant, parfois sur les mêmes itinéraires et à seulement quelques semaines d’intervalle. Le record n’est plus seulement l’aboutissement exceptionnel d’une aventure : il devient presque un format de compétition à part entière.
Pendant longtemps, la saison de trail était surtout rythmée par les grandes courses. L’UTMB, la Western States, la Hardrock, la Diagonale des Fous ou Sierre-Zinal concentraient l’attention sur quelques rendez-vous identifiés. Le principe était simple : des coureurs se retrouvaient au même endroit, le même jour, et un classement permettait de les départager.
En 2026, une autre manière de se mesurer les uns aux autres prend une place considérable : le FKT, pour Fastest Known Time, autrement dit le meilleur temps connu sur un itinéraire donné.
Il suffit de regarder ce qui se passe cet été pour comprendre le phénomène. Aurélien Sanchez vient d’établir un nouveau FKT supported sur le Pacific Crest Trail en 45 jours, 20 heures et 11 minutes. François D’Haene a repris celui du GR20 en passant sous les trente heures, tandis que Karel Sabbe traverse actuellement la France sur l’HexaTrek et que Frédéric Splendore s’attaque à la Via Alpina. La plateforme Fastest Known Time classe encore ces deux dernières tentatives parmi celles en cours.
Le FKT n’est donc plus un phénomène marginal dans l’ultra. Il est en train de devenir une compétition parallèle aux courses traditionnelles.
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En 2026, un record peut déjà être menacé quelques semaines après être tombé
Le GR20 constitue probablement le meilleur exemple de cette accélération.
Le 9 juillet, François D’Haene a parcouru le mythique sentier corse en 29 h 46 min 20 s, améliorant les 30 h 26 min 15 s de Lambert Santelli et devenant le premier à passer sous la barre des trente heures.
On pourrait imaginer qu’une telle performance installe une référence pour plusieurs années. Pourtant, Aurélien Dunand-Pallaz prévoit déjà de s’attaquer au GR20 en septembre 2026. Son projet avait été annoncé lorsque Santelli détenait encore le record ; entre-temps, D’Haene a déplacé la cible. Dunand-Pallaz devra donc partir avec près de quarante minutes supplémentaires à aller chercher par rapport à son objectif initial.
Cette situation résume assez bien le fonctionnement actuel des FKT : le record peut changer pendant qu’un autre athlète prépare encore sa tentative.
Un chrono tombe, et il devient immédiatement la prochaine cible.
La Via Alpina montre la même accélération
La Via Alpina offre un autre exemple frappant. Son itinéraire actuel d’environ 2 000 kilomètres a été défini en 2024, à côté de l’ancien tracé rouge beaucoup plus long. Jake Catterall y avait établi une première référence masculine supported en 35 jours, 21 heures et 4 minutes.
En juillet 2026, Sophie Grant est partie de Trieste pour tenter à son tour le record supported. Quelques semaines seulement après son départ, Frédéric Splendore s’est élancé de Monaco dans le sens inverse avec le même objectif sportif sur cette Via Alpina, avant de poursuivre son aventure vers l’Ukraine.
Ce chevauchement est révélateur : plusieurs histoires sportives peuvent désormais se construire presque simultanément autour du même itinéraire, sans qu’il soit nécessaire d’attendre l’édition suivante d’une course.
Car contrairement à une compétition traditionnelle, un sentier reste disponible toute l’année.
Pourquoi les FKT sont-ils devenus aussi visibles ?
La technologie joue évidemment un rôle majeur. Les montres GPS offrent davantage d’autonomie, les fichiers GPX facilitent la navigation et les balises satellites permettent désormais de suivre un coureur presque en direct pendant plusieurs semaines.
La plateforme Fastest Known Time ajoute à cela un cadre commun, avec notamment des catégories supported, self-supported et unsupported, qui permettent de distinguer les conditions dans lesquelles une performance a été réalisée.
Mais le véritable changement est probablement ailleurs : le public peut désormais suivre la tentative pendant qu’elle se déroule.
Un FKT de plusieurs milliers de kilomètres devient alors un feuilleton. Le tracker permet de voir l’avancée du coureur, les réseaux sociaux racontent ses journées et chacun peut observer son avance ou son retard sur la référence. Karel Sabbe possède ainsi un suivi en direct pour son HexaTrek, tout comme Frédéric Splendore sur la Via Alpina.
L’intérêt médiatique ne se concentre plus uniquement sur l’arrivée et le chrono final. Il peut durer plusieurs semaines.
Les traileurs peuvent désormais créer leur propre compétition
C’est probablement la différence fondamentale avec le trail traditionnel.
Pour essayer de gagner l’UTMB, il faut participer à l’UTMB, obtenir son dossard et être prêt le jour choisi par l’organisation. Pour tenter un FKT, un athlète peut sélectionner son itinéraire, préparer son équipe et choisir sa période de départ.
Il ne crée évidemment pas les montagnes ni le sentier, mais il peut construire son propre événement sportif autour d’eux.
Cette liberté ouvre des possibilités presque infinies. Un GR, une traversée alpine, un sommet ou un itinéraire de plusieurs milliers de kilomètres peuvent chacun posséder leur propre référence. Le nombre de records potentiels n’a donc rien à voir avec celui d’une discipline codifiée comme l’athlétisme.
Et lorsqu’aucun chrono reconnu n’existe encore, un athlète peut même être le premier à poser une référence que d’autres chercheront ensuite à battre.
Les réseaux sociaux ont trouvé le format parfait
Le FKT possède aussi tous les ingrédients d’une histoire facile à raconter : un départ, une arrivée, une distance, un chrono de référence et une question simple qui peut rester ouverte pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines : va-t-il réussir ?
Chaque journée apporte ensuite son propre suspense. Il faut gérer le sommeil, la météo, les douleurs, les erreurs d’itinéraire, l’alimentation et l’accumulation des kilomètres.
Pour les athlètes, les médias et les marques, c’est un format particulièrement puissant parce que l’histoire ne dure pas seulement le temps d’une course. Une traversée comme le Pacific Crest Trail ou l’HexaTrek peut occuper l’espace médiatique pendant plus d’un mois.
Le FKT transforme ainsi une performance individuelle en événement suivi presque en temps réel.
Le trail revient-il finalement à l’obsession du chrono ?
Il existe pourtant un paradoxe.
Le trail s’est longtemps raconté comme un sport de montagne, d’aventure et de liberté, parfois présenté en opposition avec la course sur route et son obsession des secondes. Or l’ultra semble aujourd’hui redécouvrir exactement cette fascination : mettre un chrono sur des itinéraires qui étaient autrefois avant tout des traversées.
Faire le GR20 ne suffit plus toujours à raconter l’exploit ; on demande en combien de temps. Traverser les Alpes reste une aventure, mais la question du record apparaît immédiatement. Même parcourir plusieurs milliers de kilomètres peut désormais devenir une tentative chronométrée.
Cela ne signifie pas que l’esprit d’aventure disparaît. Au contraire, les FKT produisent des projets extraordinaires et attirent l’attention sur des sentiers parfois peu connus. Mais ils modifient incontestablement la manière dont la performance est regardée.
Le record est sans fin
C’est probablement ce qui caractérise le mieux cette année 2026.
Aurélien Sanchez termine le Pacific Crest Trail avec un nouveau FKT, François D’Haene reprend celui du GR20, Karel Sabbe attaque l’HexaTrek, Frédéric Splendore la Via Alpina et Aurélien Dunand-Pallaz prépare déjà sa tentative de septembre en Corse.
Dans une course, le classement reste généralement figé jusqu’à l’édition suivante. Avec un FKT, il n’existe aucune saison à attendre : le lendemain d’un record peut déjà être le premier jour de préparation de celui qui voudra le battre.
C’est peut-être cela, finalement, l’ère des records permanents : non pas davantage de chronomètres dans le trail, mais des records qui ne connaissent plus vraiment d’intersaison.
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