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Selon l’influenceuse trail Julie Gnr, l’UTMB demande cette année aux bénéficiaires d’un dossard presse ou influence de produire un contenu éducatif consacré aux enjeux du sport en montagne.
Cette demande intervient alors que l’UTMB est régulièrement critiqué pour son impact environnemental et sa communication autour de l’écologie.
🎥 VIDÉO — Quand la communication environnementale de l’UTMB passe par les médias et influenceurs
Dans cette vidéo, je reviens sur ce que cette pratique peut changer : la manière dont l’UTMB fait porter ses messages par des voix extérieures, mais aussi les questions d’authenticité, de liberté éditoriale et d’indépendance de la presse.
Vidéo originale uTrail, réalisée et présentée par Axelle Anne (lien pour me contacter dans ma bio en bas de l’article).
L’UTMB demande aux médias de produire des contenus en lien avec les enjeux de la montagne
Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, l’influenceuse trail Julie Gnr explique avoir renoncé à un dossard pour l’OCC. Mais avant d’évoquer ce choix, elle révèle une information passée relativement inaperçue.
L’objectif affiché est de sensibiliser les pratiquants à différentes thématiques : protection de la montagne, sécurité, biodiversité, impact des activités humaines ou encore bonnes pratiques en milieu naturel.
Sur le principe, la démarche peut sembler difficile à critiquer. Mais elle intervient dans un contexte bien particulier.
L’environnement est devenu un sujet sensible pour l’UTMB
Depuis plusieurs années, l’UTMB est régulièrement critiqué pour son empreinte environnementale.
L’événement rassemble des milliers de coureurs venus des cinq continents, accompagnés de leurs proches, de partenaires, de médias et de nombreux visiteurs. Les déplacements internationaux représentent une part importante de son impact carbone.
L’organisation est également accusée par certains observateurs de pratiquer le greenwashing, c’est-à-dire de mettre fortement en avant ses engagements environnementaux tout en continuant à développer un modèle économique fondé sur une croissance internationale.
Ces critiques ne signifient pas que l’UTMB ne mène aucune action. Elles traduisent surtout un débat récurrent autour de l’équilibre entre développement mondial du trail et protection de la montagne.
Les actions visibles de l’UTMB en faveur de l’environnement…
Pour répondre à ces enjeux, l’UTMB a progressivement mis en place plusieurs mesures destinées à réduire son impact.
Parmi les mesures les plus visibles figurent le bonus mobilité, les incitations à privilégier le train ou le covoiturage, ainsi que l’obligation d’utiliser une frontale en mode lumière rouge sur une portion située dans la Réserve naturelle des Contamines-Montjoie, afin de réduire les perturbations causées à la faune nocturne.
La déclaration de Julie Gnr laisse penser que l’UTMB souhaite désormais aller plus loin.
L’UTMB fait désormais porter ses messages par des voix extérieures
Plutôt que de communiquer uniquement sur ses propres supports, l’organisation demanderait également aux médias, créateurs de contenu et influenceurs invités de diffuser des contenus consacrés aux enjeux environnementaux et à la pratique responsable de la montagne.
Autrement dit, ces messages seraient relayés directement auprès des communautés de chaque créateur.
Où s’arrête la sensibilisation et où commence la stratégie d’influence ?
Sensibiliser les pratiquants à la protection des espaces naturels constitue un objectif largement partagé dans le monde du trail.
La question soulevée par cette initiative est ailleurs.
Lorsque ces contenus sont demandés dans le cadre d’un dossard presse ou influence, certains pourront s’interroger sur la frontière entre une démarche de sensibilisation et une stratégie de communication visant à répondre aux critiques environnementales adressées à l’organisation.
À ce stade, u-Trail n’a pas pu consulter les modalités exactes du dispositif évoqué par Julie Gnr. Nous ignorons notamment si cette demande constitue une condition obligatoire pour obtenir un dossard ou un engagement proposé aux bénéficiaires.
Une chose est certaine : la communication environnementale est devenue un enjeu majeur pour les grands organisateurs de trail, et l’UTMB semble désormais vouloir associer les créateurs de contenu à cette démarche.
Ce que cette demande change réellement dans la communication de l’UTMB
La demande adressée aux médias, influenceurs et créateurs de contenu n’est pas anodine. Elle constitue un élément stratégique dans la manière dont le discours environnemental de l’UTMB peut désormais circuler au sein de la communauté trail.
Jusqu’ici, les messages sur la mobilité, la biodiversité, la lumière rouge, les navettes ou la réduction de l’empreinte carbone étaient principalement portés par l’organisation. Ils étaient donc clairement identifiés comme de la communication institutionnelle.
En demandant à des créateurs bénéficiant d’un dossard de produire eux-mêmes des contenus sur les enjeux de la montagne, l’UTMB fait désormais passer une partie de ces messages par des voix extérieures à l’organisation.
La conséquence est importante : un message publié par un influenceur, un média ou un créateur peut être perçu comme plus spontané, plus personnel et plus crédible qu’un communiqué officiel.
Le mécanisme est particulièrement efficace : l’UTMB définit le cadre général du sujet, le créateur le reformule avec son propre ton, puis le message parvient à une communauté qui lui fait confiance. La communication de l’organisateur se fond alors dans un contenu qui peut ressembler davantage à une réflexion personnelle qu’à une campagne institutionnelle.
Cette stratégie permet également de toucher des audiences que l’UTMB n’atteindrait pas directement. Chaque créateur diffuse le message auprès de sa communauté, avec ses codes et la relation de confiance qu’il entretient avec ses abonnés.
Le risque est de brouiller la frontière entre sensibilisation indépendante et communication organisée. Le lecteur peut avoir l’impression de découvrir une prise de position spontanée sur l’environnement alors que le thème a été demandé dans le cadre de l’attribution d’un dossard.
Ce dispositif n’est pas, à lui seul, une preuve de greenwashing. Mais il peut devenir un outil de greenwashing s’il sert principalement à diffuser des messages positifs tout en détournant l’attention des contradictions du modèle de l’UTMB.
Le véritable test est donc ailleurs : les médias et créateurs sont-ils également libres de parler de ce qui dérange ? Peuvent-ils aborder les déplacements en avion, l’internationalisation du circuit, la multiplication des événements, l’empreinte carbone globale ou la contradiction entre croissance économique et protection de la montagne ?
Si ces sujets peuvent être traités librement, y compris de manière critique, la démarche peut relever de la sensibilisation. Si, au contraire, les contenus attendus mettent surtout en valeur les mesures positives de l’organisation en échange d’un dossard, il s’agit aussi d’une opération de communication destinée à améliorer l’image environnementale de l’UTMB.
Pour les médias, la question touche directement à l’indépendance de la presse
Un média doit pouvoir choisir librement ses sujets, ses angles et le moment où il décide de les traiter. Lorsqu’un organisateur accorde un dossard ou un accès privilégié en contrepartie d’un contenu sur une thématique définie, il crée un lien de dépendance entre l’avantage accordé et la production éditoriale.
Le problème ne disparaît pas parce que le sujet demandé concerne l’environnement. Une cause peut être légitime tandis que la méthode reste discutable. L’indépendance de la presse suppose précisément qu’un organisateur ne décide pas, directement ou indirectement, de ce qu’un média doit publier.
Cette situation peut également favoriser une forme d’autocensure. Un média bénéficiant d’un dossard, d’un accès ou d’une invitation peut hésiter à critiquer l’organisation qui lui accorde cet avantage, notamment sur son bilan carbone, son développement international ou les accusations de greenwashing dont elle fait l’objet.
Le risque est donc double : faire diffuser une communication positive par des voix extérieures, tout en fragilisant la liberté de ces mêmes voix lorsqu’elles souhaitent enquêter, critiquer ou contredire l’organisateur.
La question n’est pas de savoir s’il faut parler de biodiversité, de mobilité ou de protection de la montagne. Ces sujets sont essentiels. La véritable question est de savoir qui choisit le sujet, dans quel cadre il est produit et si le public est clairement informé du lien entre le contenu publié et l’avantage accordé par l’organisateur.
Si la publication d’un contenu environnemental est attendue en échange d’un dossard, il ne s’agit plus seulement de sensibilisation. Il s’agit aussi d’une stratégie d’influence qui brouille la frontière entre communication, création de contenu et indépendance de la presse.
Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.
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