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🎧 Le trail, c’est la liberté. Mais celle de qui ?
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Le dernier communiqué de presse de l’UTMB est habile.
Le dernier communiqué de l’UTMB parle de la nouvelle campagne de sensibilisation menée par l’organisation sur le thème : « Le trail, c’est la liberté. Pas sans responsabilités”.
Il y est sous-entendu dans le texte comme dans les illustrations de Matthieu Forichon (Des Bosses et des Bulles) de fermer les clôtures des prés, ramasser ses déchets, contourner les troupeaux et ne pas oublier que la montagne est à la fois un décor pour les uns, et un cadre de vie comme de travail pour d’autres.
Evidemment.
Le dire, ou le rappeler est nécessaire, c’est vrai. Mais le sujet du respect de l’environnement, d‘autant plus lorsqu’il vient de l’UTMB, ne peut pas se réduire à quelques rappels de savoir-vivre sur sentier.
En braquant le projecteur sur les coureurs individuels, l’organisation laisse une large part du problème dans l’ombre. Et il y a beaucoup à dire sur le sujet, entre modèle qualificatif, logistique énorme, présence des médias et des marques dans la ville, mise en scène mondiale de l’événement, fan-zone dans la nature etc.
La question n’est pas de savoir si le traileur jette bien son emballage de barre énergétique. La question ne devrait même pas exister, mais plutôt : que fait l’UTMB à la nature ?
Ce que dit et ce que ne dit pas le communiqué de presse de l’UTMB
Respect de la nature et ses populations
Le message relaté à l’écrit et en illustration est simple. Le trail, c’est une question de liberté, mais encadrée par des responsabilités.
On peut courir quelques kilomètres comme 170, mais ne doit jamais oublier que les sentiers sont des lieux qui appartiennent à la nature. Les hommes les empruntent pour les loisirs, pour le sport, pour s’y déplacer, pour le travail. Les traileurs doivent donc le respect à ces lieux, et ceux qui en ont un usage au quotidien.
C’est bien l’esprit qui se dégage des premiers dessins proposés avec le communiqué de presse. Mais on a l’impression d’enfoncer des portes ouvertes. Qui irait applaudir l’idée de mal se comporter en montagne, ou de jeter ses emballages à terre ?
Le communiqué donne le sentiment de réduire la question environnementale aux comportements individuels des coureurs. Si le trail, c’est bien la liberté, les organisateurs ne peuvent pas se soustraire à leurs responsabilités.
Les non-dits du communiqué
Un impact environnemental hors de contrôle
Quand on pense UTMB, on pense à la dernière semaine de course en août à Chamonix. Mais pour arriver ici, il a fallu généralement plusieurs courses qui permettent de multiplier les chances d’être tirés au sort. Ces courses qualificatives, il faut au moins traverser plusieurs fois la France pour les faire toutes.
Cette circulation des coureurs à travers la France et de l’Europe nourrit le prestige de la compétition. Oui, mais ça implique un coût environnemental individuel, mais résultant du système de qualification. Et plus l’UTMB gagne en prestige, plus le nombre de traileurs augmente, et plus les participants ont la nécessité de participer à ces courses préparatoires pour être tirés au sort, entraînant dans une spirale autoalimentée l’impact écologique de la prépa UTMB.
Pour se donner quelques chiffres : l’empreinte carbone de l’édition 2024 est de 18 600 tonnes équivalent CO2, dont environ 85% ayant le déplacement des coureurs comme origine. Et l’on ne parle que du bilan de la semaine UTMB elle-même.
Une coûteuse vitrine mondiale
Il y a la prépa, il y a aussi tout ce que l’on ne voit pas dans une course de cette ampleur. Il faut une sacrée logistique pour assurer la sécurité des coureurs sur de telles distances en montagne, et sur 3 pays. L’UTMB, c’est aussi l’accueil de nombreux médias français et étrangers, et surtout de nombreux sponsors.
On le sait, la planète trail, au sens propre comme au sens figuré, se donne rendez-vous à Chamonix. Ce n’est pas du fait de l’organisation. Mais l’événement constitue naturellement le principal facteur d’attractivité de cette concentration de médias, de marques et de visiteurs.
En plus de la dizaine de milliers de participants, il y a tous les accompagnants. Là encore, quelques milliers de personnes qui se déplacent, se logent et consomment sur place.
Et si l’UTMB ne savait pas parler de la montagne ?
Quand parle-t-on montagne à l’UTMB ?
Le trail, c’est la liberté. Pas sans responsabilités. D’accord.
La responsabilité de l’organisation, qui a transformé la montagne en un décor de course, ne peut donc pas être éludée.
C’est ainsi que l’on peut connaître par cœur les différents passages de l’UTMB (du col du Bonhomme aux Chapieux, de Courmayeur à Vallorcine, etc.), et n’en rien savoir d’autre.
On peut voir en direct sur YouTube les panoramas autour du Mont-Blanc et n’en citer aucune montagne précisément, n’en connaître aucune essence d’arbre, ne rien savoir des animaux croisés. On peut courir 170 km et n’avoir comme décor que la pointe de ses Salomon et le cadran de sa Garmin.
Pour l’UTMB, la montagne devient un cadre, un support de storytelling. On nous vend de beaux paysages à swiper en quelques secondes sur le smartphone, tout en parlant chrono, date et quantité de glucides à l’heure. La montagne fait le D+. Mais après 3 ou 4 jours à Chamonix fin août, vous n’en saurez pas plus sur la montagne qu’avant d’arriver.
En résumé, le paradoxe de l’UTMB, c’est..
Coureurs, accompagnants et spectateurs sont invités à respecter la nature, à ne pas oublier qu’elle est un lieu de vie, et que les déchets se mettent à la poubelle. C’est déjà faire de quelques personnes sans éducation une majorité.
Mais cette communication peut aussi paraître paradoxale. La responsabilité envers la montagne que l’UTMB veut appliquer à ses chers participants, elle en fait abstraction pour elle-même dans ce communiqué. Elle porte, en tant qu’organisatrice de l’événement, une part importante de responsabilité dans son impact environnemental.








