🎧 Dire que je n’aime pas les influenceurs serait trop facile, et probablement faux.
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La question s’est pourtant posée récemment après plusieurs remarques reçues sur le groupe Je suis addict au trail, où certains m’ont reproché d’avoir une forme d’hostilité systématique envers eux. Alors j’ai essayé de prendre un peu de recul.
Est-ce une question de génération ? Est-ce une forme de jalousie envers celles et ceux qui ont réussi à transformer leur visibilité sur Instagram, YouTube ou TikTok en activité professionnelle ? Est-ce simplement parce que je ne sais pas, moi, me mettre en scène, parler de moi en permanence ou transformer chaque instant de ma vie en contenu ?
Je ne crois pas que le problème soit là . Ce qui me dérange davantage, c’est la manière dont l’influence est parfois en train de modifier le trail lui-même, jusqu’à faire passer le récit, le partenariat commercial ou la mise en scène avant la pratique sportive.
Pourquoi je pousse aujourd’hui un coup de gueule contre les influenceurs trail
🎥 Dans cette vidéo, j’explique pourquoi mon problème n’est pas l’existence des influenceurs ni le fait qu’ils gagnent de l’argent grâce au trail. Ce qui me dérange, c’est la place que l’influence, les partenariats commerciaux et le storytelling finissent parfois par prendre au détriment du sport lui-même. Une mise au point personnelle, forcément subjective, mais qui permet aussi d’ouvrir le débat sur ce que devient le trail à l’ère des réseaux sociaux.
Vidéo originale uTrail, réalisée et présentée par Axelle Anne.
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Le problème, ce n’est pas que les influenceurs gagnent de l’argent, tout le monde a le droit de faire son biz comme il le désire
Il faut commencer par le dire clairement : je n’ai aucun problème avec le fait qu’un traileur, un athlète ou un créateur de contenu gagne de l’argent grâce à sa communauté. Lorsqu’une personne parvient à vivre de sa passion, à signer des partenariats avec des marques ou à monétiser son audience, il n’y a rien de condamnable là -dedans.
Le trail professionnel fonctionne d’ailleurs depuis longtemps avec des sponsors, des équipementiers et des opérations commerciales. Les athlètes ont besoin de financer leurs saisons, leurs déplacements, leurs entraînements et parfois simplement leur quotidien. Les influenceurs ne font donc qu’occuper une nouvelle place dans un système économique qui existait déjà avant eux.
Le vrai sujet commence lorsque le public ne sait plus très bien à quel moment il écoute un avis personnel et à quel moment il est exposé à un discours commercial.
Lorsqu’un sportif recommande un produit de nutrition, une montre, une banque ou un équipement tout en étant rémunéré par la marque concernée, cette information change forcément la manière dont son propos doit être reçu. Ce n’est pas la collaboration qui pose problème, mais l’absence de frontière claire entre expérience personnelle, communication et publicité.
Le vrai problème des influenceurs dans le trail, c’est le manque d’authenticité
C’est probablement là que se trouve mon principal malaise avec une partie de l’influence actuelle dans le trail.
Il devient parfois difficile de savoir ce qui relève d’une aventure spontanée et ce qui a été pensé dès le départ comme un contenu. Une expédition en montagne peut naturellement donner naissance à un film, tout comme une grande course peut devenir un documentaire. Il serait absurde de reprocher aux athlètes de raconter ce qu’ils vivent.
Mais j’ai parfois le sentiment que le processus s’est inversé : l’aventure n’est plus seulement filmée parce qu’elle existe, elle est parfois imaginée parce qu’elle permettra ensuite de produire une histoire, un teaser, une campagne avec des partenaires et un film destiné aux réseaux sociaux.
Cela ne signifie pas que l’effort sportif est faux ou que la difficulté n’est pas réelle. Les kilomètres sont bien parcourus, la fatigue existe et les risques aussi. Pourtant, quelque chose change lorsque la logique médiatique intervient en amont de l’aventure elle-même.
Le trail n’est alors plus seulement raconté. Il devient également un support de communication.
Quand l’aventure est pensée pour faire un film, le trail passe au second plan
C’est peut-être là que se situe le véritable décalage entre une partie de l’ancienne culture trail et ce qu’elle devient aujourd’hui.
Pendant longtemps, l’imaginaire de ce sport reposait sur quelque chose de relativement simple : courir dehors, traverser des montagnes, prendre un dossard, se confronter à un parcours et parfois simplement partir plusieurs heures sans autre objectif que celui d’avancer.
Bien sûr, cet univers n’a jamais été complètement pur ou déconnecté de l’argent. Les grandes marques étaient déjà présentes, les meilleurs athlètes étaient sponsorisés et les courses avaient besoin de partenaires pour exister.
Les réseaux sociaux ont néanmoins changé d’échelle. Désormais, la personne elle-même peut devenir à la fois athlète, média, support publicitaire et marque.
Son entraînement devient du contenu, sa nutrition devient du contenu, ses vacances deviennent du contenu et même ses moments de fatigue ou de doute peuvent être intégrés dans une narration soigneusement construite. À force, il devient parfois difficile de distinguer ce qui appartient encore à la vie sportive de ce qui relève déjà du storytelling.
Oui, les influenceurs font aussi du bien au trail en amenant de nouveaux pratiquant et tout le monde en bénéficie, moi aussi
Il serait évidemment malhonnête de ne présenter que le côté négatif du phénomène.
Les créateurs de contenu ont largement participé à la démocratisation du trail. Des personnalités capables de raconter une course, une préparation ou une aventure touchent aujourd’hui un public beaucoup plus large que celui des médias spécialisés traditionnels.
Ils donnent envie de courir, permettent de découvrir des épreuves et rendent parfois compréhensible un univers qui pouvait sembler très fermé aux nouveaux pratiquants. Lorsqu’un grand projet sportif devient viral, toute la discipline profite également de cette exposition.
Les médias spécialisés eux-mêmes en bénéficient. Plus le trail est visible, plus il suscite de recherches, de discussions et d’intérêt. Il serait donc incohérent de profiter de cette dynamique tout en prétendant que l’influence n’apporte rien au sport.
Le problème n’est pas son existence, mais la place qu’elle finit parfois par prendre.
Quelques influenceurs finissent par saturer tout l’espace médiatique
Les algorithmes des réseaux sociaux favorisent naturellement les contenus qui génèrent beaucoup d’engagement. Lorsqu’une personnalité possède déjà une communauté importante, ses publications sont davantage partagées, commentées et recommandées, ce qui accentue encore sa visibilité.
Ce mécanisme produit un effet de saturation. Même en ne suivant pas certains créateurs, leurs vidéos finissent par apparaître sur Instagram, Facebook ou YouTube. Lorsqu’elles ne sont pas directement proposées par les plateformes, elles sont relayées par les marques, les médias ou les internautes eux-mêmes.
À terme, quelques visages finissent par occuper une part considérable de l’espace médiatique du trail, alors que des centaines d’athlètes, d’organisateurs, de bénévoles ou de pratiquants anonymes vivent des aventures tout aussi intéressantes sans bénéficier du même écho.
C’est cette concentration de l’attention qui peut devenir gênante, surtout lorsqu’elle donne l’impression que le trail se résume progressivement aux mêmes personnalités et aux mêmes histoires.
Être très suivi ne suffit pas à devenir une référence dans le trail
Il existe toutefois une différence importante entre les profils.
Lorsqu’un athlète possède une forte présence médiatique mais continue parallèlement à réaliser des performances sportives remarquables, sa visibilité repose aussi sur ce qu’il accomplit sur le terrain.
Cela ne signifie évidemment pas qu’il faille gagner une grande course pour avoir le droit de raconter son expérience. Le trail appartient autant au premier qu’au dernier et chacun peut produire du contenu autour de sa pratique.
En revanche, lorsqu’une personnalité commence à occuper une position d’autorité dans le milieu, à donner des conseils ou à influencer fortement les pratiques et les achats, la question de sa légitimité devient naturellement plus importante.
L’influence ne devrait pas suffire à fabriquer de l’expertise.
En résumé, je n’ai rien contre les influenceurs, tant qu’ils ne dénaturent pas le trail
Au fond, je n’ai rien contre les influenceurs lorsqu’ils assument clairement leur activité, leurs partenariats et leur manière de gagner leur vie.
Ce qui me dérange davantage apparaît lorsque chaque aventure semble devoir devenir un film, lorsque chaque émotion est transformée en storytelling et lorsque chaque recommandation peut cacher un intérêt commercial difficile à identifier.
Je n’aime pas non plus cette sensation de saturation permanente, quand quelques personnalités finissent par être tellement présentes qu’elles deviennent presque plus visibles que le sport qu’elles racontent.
Le trail a évidemment changé et il serait inutile de vouloir revenir à une époque qui n’existe plus. Les réseaux sociaux font désormais partie de son écosystème et ils continueront d’en être un moteur puissant.
Mais j’aimerais que subsiste malgré tout une place pour quelque chose de moins calculé : une course qui n’a rien à vendre, une aventure qui n’a pas été imaginée pour produire un film, un entraînement qui n’a pas besoin d’être publié et parfois simplement quelqu’un qui court parce qu’il aime courir.
C’est peut-être moins efficace pour les algorithmes, mais c’est aussi une partie de ce qui a rendu le trail attirant au départ.
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