🎧 Au moment où nous rédigeons cet article, 37 départements sont placés en vigilance rouge canicule.
Le Tour de France vient de raccourcir une étape pour la première fois de son histoire en raison de la chaleur. Ces derniers jours, plusieurs compétitions ont été annulées ou adaptées en France, alimentant un vif débat chez les sportifs.
Dans le même temps, de l’autre côté de l’Atlantique, Ludovic Pommeret et Courtney Dauwalter remportent la Hardrock 100 en battant chacun le record de l’épreuve.
Très vite, les réseaux sociaux s’enflamment : « Il faisait 35 °C dans le Colorado et personne n’a annulé la course. Alors pourquoi empêcher les Français de courir ? »
L’argument paraît frappé au coin du bon sens. Pourtant, il repose sur une comparaison trompeuse.
Cette comparaison France vs Etats-Unis repose en réalité sur différentes méconnaissances.
1) Un record par 35 °C ne prouve pas que l’on pourra toujours courir
L’argument revient souvent : « S’ils ont pu battre un record à la Hardrock par 35 °C, c’est bien la preuve que la chaleur n’empêche pas de courir. »
Le raisonnement paraît logique. Pourtant, il ne répond pas à la question que pose aujourd’hui le changement climatique.
Le débat n’est pas de savoir si un petit groupe d’athlètes d’exception peut réaliser un exploit sportif lors d’une journée très chaude. Le véritable enjeu est de comprendre ce qui se passera lorsque ces épisodes de chaleur deviendront plus fréquents, plus longs et plus intenses.
Les scientifiques estiment qu’au cours des prochaines décennies, certaines régions françaises pourraient connaître, lors des canicules les plus extrêmes, des pointes proches de 48 °C. À ces niveaux de température, on ne parle plus simplement d’inconfort ou de performance. On parle des limites physiologiques du corps humain.
2) La Hardrock ne réunit pas des milliers d’amateurs
La deuxième confusion concerne les participants. La Hardrock 100 n’est pas une course populaire ouverte à tous. En 2026, seulement 146 coureurs ont pris le départ, dont une trentaine de femmes. Tous figurent parmi les ultra-traileurs les plus expérimentés au monde et répondent à des critères de qualification particulièrement exigeants.
Comparer cette élite mondiale à un trail français accueillant parfois plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de coureurs amateurs n’a donc pas beaucoup de sens. Les niveaux physiques, l’expérience, la vitesse de progression et la capacité à gérer la chaleur sont incomparables.
3) Le Colorado ce n’est pas la France
La Hardrock se déroule entre 3 000 et plus de 4 000 mètres d’altitude. Les températures varient fortement selon l’altitude, l’exposition et l’heure de la journée. Les nuits y sont souvent fraîches, ce qui permet au corps de mieux récupérer.
Ces conditions n’ont rien à voir avec celles d’une course disputée en plaine, sur l’asphalte ou dans une vallée où la chaleur reste élevée pendant de longues heures.
4) La Hardrock a failli être annulée… elle aussi
Enfin, beaucoup oublient un élément essentiel. Quarante-huit heures avant le départ, les organisateurs ont sérieusement envisagé une annulation en raison des incendies qui menaçaient une partie du parcours dans le Colorado. La situation a été suivie heure par heure avant que le départ ne soit finalement confirmé.
Autrement dit, même l’une des courses les plus mythiques au monde, organisée pour seulement 146 athlètes parmi les meilleurs de la planète, n’échappe plus aux conséquences du changement climatique.
5) La Hardrock a déjà payé le prix du changement climatique
Enfin, beaucoup oublient que la Hardrock elle-même est de plus en plus confrontée aux conséquences des feux de forêt.
En 2025, la course s’est élancée sous un ciel chargé de fumées provenant des incendies. Les organisateurs avaient même proposé aux coureurs qui le souhaitaient de reporter leur dossard en raison de la qualité de l’air, tandis que plusieurs favoris, dont Ludovic Pommeret, ont reconnu que cette fumée constituait une véritable source d’inquiétude.
Cette même édition a été endeuillée par le décès d’une participante de 60 ans victime d’un arrêt cardiaque peu après le départ. Rien ne permet d’attribuer ce drame à la fumée, mais il rappelle que l’ultra-endurance se pratique dans des environnements où les risques sont bien réels.
En 2026, l’histoire s’est répétée. Les incendies dans le Colorado ont de nouveau fait planer la menace d’une annulation et les organisateurs ont suivi l’évolution de la situation jusqu’aux dernières heures précédant le départ.
Autrement dit, utiliser la Hardrock pour démontrer que le changement climatique ne poserait pas de problème au trail est paradoxal. Cette course est justement l’une des premières à devoir s’adapter aux nouvelles réalités climatiques.
En résumé, utiliser la Hardrock pour expliquer que toutes les courses devraient être maintenues malgré les fortes chaleurs revient donc à comparer des situations qui n’ont rien de comparable.
Elle montre qu’il est encore possible de réaliser des performances extraordinaires dans des conditions difficiles, mais dans un contexte extrêmement particulier : un peloton réduit, des athlètes d’exception, une organisation expérimentée, un important dispositif de sécurité et une vigilance permanente face aux risques naturels.
S’il y a une leçon à retenir de cette édition 2026, c’est peut-être que même les plus grandes courses du monde doivent désormais composer avec un climat qui change.
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