🎧 La Hardrock 100 se déroule actuellement dans les montagnes du Colorado aux Etats-Unis
Cette course de 165 kilomètres et plus de 10 000 mètres de dénivelé positif est considérée comme l’un des ultra-trails les plus difficiles au monde, notamment parce que son parcours évolue à plus de 3 300 mètres d’altitude moyenne, avec plusieurs passages au-dessus de 4 000 mètres.
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Abandon de Tom Evans sur la Hardrock 100
Parmi les principaux favoris de la Hardrock 100 figurait Tom Evans, vainqueur de la Western States en 2023 puis de l’UTMB en 2025. Plus jeune que Ludovic Pommeret, mieux classé à l’UTMB Index et fort d’une préparation extrêmement scientifique, le Britannique semblait posséder toutes les armes pour disputer la victoire au double tenant du titre français.
Mais avant Grouse Gulch, aux alentours du 93e kilomètre, Tom Evans a été contraint d’abandonner.
Pourquoi la préparation de Tom Evans pour la Hardrock 100 avait-elle été autant critiquée
Dans les semaines précédant la Hardrock 100, une vidéo de Tom Evans s’entraînant sur un tapis de course avait largement circulé sur les réseaux sociaux.
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On y voyait le Britannique travailler en descente, parfois avec un gilet lesté, afin de reproduire les contractions musculaires imposées aux quadriceps par les longues descentes du Colorado. Ces images avaient immédiatement provoqué des moqueries et relancé un débat ancien dans le trail : peut-on réellement préparer la montagne dans un laboratoire ?
Pour ses détracteurs, cette séquence résumait une préparation devenue trop technologique, trop contrôlée et trop éloignée de la réalité des sentiers.
Certains avaient même affirmé que Tom Evans passait l’essentiel de son entraînement sur tapis roulant.
Cette dernière accusation était fausse. Le Britannique expliquait que ces séances représentaient seulement environ 5 % de son volume total, les 95 % restants étant réalisés dehors. Le tapis ne devait pas remplacer la montagne, mais combler une faiblesse géographique : le Royaume-Uni ne possède pas les descentes interminables que l’on trouve dans les Alpes ou les San Juan Mountains.
Tom Evans avait pourtant préparé l’altitude avec des moyens considérables
La préparation ne se limitait pas au tapis roulant.
Comme Tom Evans vit près du niveau de la mer, son équipe avait intégré des séances en hypoxie simulée. Le Britannique utilisait de l’air appauvri en oxygène pendant certains entraînements, avec une altitude artificielle pouvant monter jusqu’à environ 3 500 mètres.
Il avait même expliqué avoir eu besoin de deux générateurs d’altitude pour obtenir les conditions recherchées à son domicile.
À cela s’ajoutaient des mesures de lactate, des séances très précisément calibrées, un travail musculaire spécifique, une adaptation du matériel et trois semaines passées dans le Colorado avant la course. Tom Evans avait reconnu le parcours, partagé des sorties avec Ludovic Pommeret et multiplié les expositions à l’altitude réelle autour de Telluride et Silverton.
Difficile, dans ces conditions, de l’accuser d’avoir pris la Hardrock à la légère.
Pourquoi son abandon donne-t-il malgré tout des arguments à ses détracteurs
Parce que le point faible qu’il avait cherché à neutraliser est précisément celui qui semble avoir provoqué son abandon.
Tom Evans savait que l’altitude constituait la grande inconnue de son projet. Son entraîneur expliquait d’ailleurs avant la course que les tests en laboratoire avaient montré une adaptation encourageante, mais qu’il restait désormais à vérifier si cette préparation fonctionnerait en altitude réelle.
La réponse apportée par la Hardrock est brutale : malgré les générateurs, les séances simulées et plusieurs semaines d’acclimatation sur place, le Britannique n’a pas résisté jusqu’au bout.
Il était déjà apparu moins expressif au 77e kilomètre, avec 32 minutes de retard sur Ludovic Pommeret. À Engineer, vers le 84e kilomètre, son retard atteignait 43 minutes et les observateurs le trouvaient fatigué. Un peu plus tard, Jason Schlarb signalait que Tom Evans souffrait de l’altitude et avait demandé à être récupéré. Son abandon était ensuite confirmé avant Grouse Gulch.
Pour ceux qui considéraient que la montagne ne pouvait pas être reproduite artificiellement, la tentation est donc grande de conclure que le laboratoire a perdu face au terrain.
Comparatif : Ludovic Pommeret vs Tom Evans, deux approches de la préparation de la Hardrock 100
| Critère | Ludovic Pommeret | Tom Evans |
|---|---|---|
| Connaissance de la Hardrock | Double vainqueur, connaît parfaitement le parcours | Première participation |
| Préparation sur le terrain | Nombreux séjours et reconnaissances dans le Colorado | Environ trois semaines sur place avant le départ |
| Expérience de l’altitude | Très grande expérience des courses en haute montagne | Préparation spécifique malgré une vie au niveau de la mer |
| Préparation scientifique | Approche plus empirique, basée sur l’expérience | Hypoxie simulée, tests physiologiques, tapis roulant, suivi des données |
| Objectif principal | Optimiser la gestion de course grâce à son vécu | Compenser le manque d’altitude par des protocoles d’entraînement |
| Résultat à la Hardrock 2026 | En tête de la course | Abandon avant la mi-course |
| Ce que rappelle cette édition | L’expérience du terrain reste un atout majeur | La préparation scientifique ne supprime pas toutes les incertitudes de la haute montagne |
Deux philosophies de préparation se sont affrontées dans le Colorado
En résumé, la lucidité et le tapis de course de Tom Evans n’auront pas suffi
Quelques jours avant le départ, Tom Evans expliquait qu’il ne fallait surtout pas essayer de courir la course de Ludovic Pommeret sous peine de se faire « casser ». Il voulait rester patient, ignorer les mouvements de ses adversaires et réaliser sa propre course.
Cette lucidité n’aura pas suffi.
Son abandon donne forcément du grain à moudre à ceux qui s’étaient moqués de sa préparation ultra-scientifique. Ils pourront dire que l’altitude simulée n’a pas résisté à l’altitude réelle, qu’un tapis ne remplace pas une montagne et que la technologie ne permet pas de contrôler une épreuve aussi sauvage.
Ils n’auront pas entièrement raison, mais Tom Evans ne pourra pas non plus balayer leurs critiques aussi facilement qu’avant le départ.
La Hardrock vient surtout de rappeler qu’il existe encore, dans le trail moderne, des courses impossibles à enfermer dans des données. On peut mesurer le lactate, simuler l’hypoxie, renforcer les quadriceps et analyser chaque séance. Mais une fois au-dessus de 4 000 mètres, après quinze heures d’effort, le corps conserve toujours le dernier mot.
Tom Evans doit désormais récupérer rapidement. L’UTMB arrive dans six semaines, et le Britannique y défendra son titre à Chamonix. On lui souhaite que cet échec dans le Colorado ne laisse pas trop de traces et qu’il retrouve, en août, le terrain sur lequel il avait dominé le monde du trail en 2025.
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