🎧 Les traileurs américains estiment que le mental est le facteur le plus sous-estimé lorsqu’il fait chaud. Un point de vue intéressant, mais qui mérite quelques nuances vues de France.
Écouter le résumé de l’article — Durée totale : 0:48Lisez la suite pour découvrir nos conseils pour courir en pleine chaleur.
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Courir en été : quand la chaleur monte et quand les températures dépassent les 30 °C, les conseils affluent.
Hydratation, électrolytes, acclimatation, vêtements techniques, glace dans la casquette ou passages au sauna : les coureurs cherchent tous la meilleure solution pour supporter la chaleur.
Aux États-Unis, un autre discours gagne pourtant du terrain. Selon certains observateurs du trail et de l’ultra-trail, la chaleur serait aussi, et parfois surtout, une affaire de mental.
L’idée a récemment été défendue par Andy Jones-Wilkins sur iRunFar, à travers une réflexion inspirée de l’héritage du Dr Bob Lind, figure historique de la Western States 100.
Mais avant d’aller plus loin, une précision s’impose. Chez uTrail, nous pensons qu’il faut être prudent avec ce type d’affirmation.
Les épisodes de chaleur extrême observés en France ces dernières années ont rappelé une réalité simple : la chaleur peut tuer. Chaque été, des personnes sont victimes de malaises, de déshydratation sévère ou de complications cardiovasculaires. En course à pied comme dans la vie quotidienne, les risques physiologiques existent et ne doivent jamais être minimisés.
Cela étant dit, une fois cette évidence rappelée, le point de vue américain mérite d’être exploré.
Le point de vue américain : le cerveau abandonne parfois avant les jambes
Selon Andy Jones-Wilkins, le trail moderne parle énormément de physiologie mais pas assez de psychologie.
Les coureurs savent aujourd’hui comment s’acclimater à la chaleur.
Les protocoles sont nombreux. Certains utilisent le sauna. D’autres réalisent des bains chauds après leurs séances. Certains s’entraînent dans des environnements volontairement chauds pour préparer des courses comme la Western States 100 ou la Badwater.
Pour l’auteur américain, le problème est ailleurs.
Il estime que notre cerveau a été conditionné à considérer la chaleur comme une situation désagréable dont il faut s’échapper le plus vite possible. Lorsque la température grimpe, nous devenons irritables, fatigués et démoralisés. Cette réaction mentale s’ajoute alors aux contraintes physiques déjà imposées par l’effort.
Autrement dit, le corps souffre réellement de la chaleur, mais le cerveau amplifie parfois cette souffrance.
Dans cette vision très américaine de l’endurance, la capacité à accepter l’inconfort devient une qualité aussi importante que la condition physique.
À la Western States, l’acceptation de la chaleur fait partie de la stratégie
Cette approche s’explique aussi par le contexte.
La Western States 100 est réputée pour ses températures parfois extrêmes. Certains secteurs du parcours dépassent régulièrement les 35 °C et peuvent approcher les 40 °C lors des années les plus chaudes.
Depuis des décennies, les coureurs apprennent donc à vivre avec cette réalité.
Le légendaire Dr Bob Lind recommandait déjà ce qu’il appelait le protocole « 90-90-9 » : courir 90 minutes sous une température de 90 degrés Fahrenheit, soit environ 32 °C, pendant 9 jours consécutifs avant la course.
Mais il insistait également sur un autre point : profiter de chaque occasion pour se refroidir, en traversant les ruisseaux, en utilisant les points d’eau naturels et en acceptant que la chaleur fasse partie intégrante de l’expérience.
Cette philosophie se retrouve encore aujourd’hui chez de nombreux ultratraileurs américains.
La nuance française : la chaleur n’est pas qu’une question de mental
C’est probablement ici que les visions américaine et européenne divergent.
En France, les épisodes de canicule sont devenus un sujet de santé publique majeur. Les autorités sanitaires multiplient les messages de prévention et rappellent régulièrement que certaines situations peuvent devenir dangereuses, y compris pour des personnes en bonne santé.
Lorsque le corps commence à surchauffer, il ne s’agit plus seulement d’une question de volonté.
La fréquence cardiaque augmente. La déshydratation s’accélère. La capacité à réguler la température corporelle diminue progressivement. Dans certains cas, le risque médical devient réel.
Dire que « la chaleur est dans la tête » serait donc faux si cela revenait à nier ces mécanismes physiologiques.
En revanche, reconnaître que notre perception de la chaleur influence fortement nos performances est une idée beaucoup plus défendable.
En résumé, peut-être que la vérité se situe entre les deux
Comme souvent lorsqu’il est question d’entraînement et de performance, la réalité est probablement plus nuancée que ne le laissent entendre les positions les plus tranchées. Les Américains ont sans doute raison lorsqu’ils affirment que le mental joue un rôle important dans la manière dont un coureur supporte la chaleur. À l’inverse, l’approche plus prudente observée en France rappelle à juste titre que les fortes températures ont des conséquences physiologiques bien réelles et qu’il serait dangereux de les réduire à une simple question de volonté.
Car la chaleur ne se contente pas d’être inconfortable. Elle ralentit objectivement le coureur, augmente la sollicitation du système cardiovasculaire, accélère la déshydratation et rend la gestion de l’effort plus complexe. Pourtant, au-delà de ces effets mesurables, elle influence aussi le moral, la motivation et la façon dont chacun perçoit la difficulté du moment.
C’est sans doute ce qui explique pourquoi deux coureurs présentant un niveau similaire peuvent vivre une même journée chaude de manière totalement différente. Tous deux subiront les mêmes contraintes physiologiques, mais l’un passera sa course à lutter contre la chaleur tandis que l’autre l’acceptera comme une composante normale de l’épreuve. Aucun n’échappera réellement aux effets du thermomètre, mais celui qui parvient à intégrer cette contrainte dans sa stratégie de course aura souvent davantage de chances de conserver sa lucidité, son efficacité et sa capacité à avancer lorsque les conditions deviennent difficiles.
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