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Eliud Kipchoge, le plus grand marathonien de lâhistoire, lance une tournĂ©e mondiale censĂ©e dĂ©fendre lâenvironnement⊠en multipliant les vols autour de la planĂšte
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Le « Eliud Kipchoge World Tour » relance un débat devenu explosif dans le running
Pendant longtemps, Eliud Kipchoge incarnait une forme de perfection presque intouchable dans la course à pied. Son image dépassait largement le simple cadre du marathon : discipline absolue, humilité permanente, discours inspirant et performances historiques avaient fini par faire de lui une figure quasiment universelle du sport mondial.
Mais son nouveau projet risque de rouvrir un débat de plus en plus sensible dans le monde du running et du trail : celui de la cohérence écologique.
Le principe de ce « Eliud Kipchoge World Tour » est relativement simple. Le marathonien kĂ©nyan souhaite courir sept marathons sur les sept continents au cours des deux prochaines annĂ©es afin de soutenir les actions de sa fondation, notamment dans les domaines de lâĂ©ducation et de lâenvironnement.
PrĂ©sentĂ© ainsi, le projet paraĂźt difficilement critiquable. Utiliser sa notoriĂ©tĂ© pour financer des causes utiles ressemble mĂȘme Ă une initiative positive et logique pour un athlĂšte de cette dimension.
Mais derriĂšre lâintention affichĂ©e apparaĂźt rapidement une contradiction devenue impossible Ă ignorer dans les sports dâendurance modernes.
Car cette tournĂ©e mondiale implique forcĂ©ment une succession de vols intercontinentaux, des dĂ©placements extrĂȘmement lourds sur le plan environnemental et mĂȘme une Ă©tape envisagĂ©e en Antarctique. Et câest prĂ©cisĂ©ment ce contraste qui commence dĂ©jĂ Ă faire rĂ©agir.
Le running découvre ses propres contradictions écologiques
Le cas Kipchoge dĂ©passe largement la simple personne du champion kĂ©nyan. Ce quâil rĂ©vĂšle surtout, câest lâĂ©volution profonde du running mondial depuis une dizaine dâannĂ©es.
Jamais les discours Ă©cologiques nâont Ă©tĂ© aussi prĂ©sents dans le trail et la course Ă pied. Les organisations parlent dĂ©sormais systĂ©matiquement de rĂ©duction des dĂ©chets, de compensation carbone, de mobilitĂ© douce, de respect de la montagne ou encore de prĂ©servation des espaces naturels.
Dans le mĂȘme temps, jamais les calendriers internationaux nâont Ă©tĂ© aussi mondialisĂ©s.
Les Ă©lites prennent lâavion en permanence pour courir aux quatre coins du monde. Les influenceurs enchaĂźnent les destinations pour produire du contenu. Les grandes sĂ©ries internationales poussent les coureurs Ă voyager toujours plus loin afin dâexister mĂ©diatiquement ou sportivement.
Le paradoxe devient donc de plus en plus visible. Et le projet de Kipchoge agit presque comme un révélateur géant de cette contradiction.
Courir en Antarctique pour dĂ©fendre lâenvironnement interroge forcĂ©ment
Parmi les Ă©tapes Ă©voquĂ©es dans cette tournĂ©e mondiale, celle de lâAntarctique rĂ©sume probablement Ă elle seule tout le problĂšme.
Sportivement, lâimage sera spectaculaire. Voir Eliud Kipchoge courir au milieu des glaces fera forcĂ©ment le tour des rĂ©seaux sociaux et des mĂ©dias du monde entier. Le storytelling paraĂźt presque parfait.
Mais sur le plan symbolique, le message devient beaucoup plus fragile.
LâAntarctique reprĂ©sente justement lâun des territoires les plus sensibles de la planĂšte face au rĂ©chauffement climatique. Y organiser un Ă©vĂ©nement sportif international nĂ©cessite une logistique extrĂȘmement lourde, des transports complexes et des dĂ©placements aĂ©riens massifs.
Câest lĂ que le discours Ă©cologique commence rĂ©ellement Ă se heurter Ă la rĂ©alitĂ© matĂ©rielle du projet.
Le problĂšme nâest pas Eliud Kipchoge lui-mĂȘme
Attention toutefois : le sujet nâest pas de reprocher Ă Kipchoge de continuer Ă courir ou de vouloir utiliser sa notoriĂ©tĂ© pour soutenir des projets utiles.
Le vrai débat se situe ailleurs.
Depuis plusieurs annĂ©es, le sport dâendurance moderne semble vouloir faire cohabiter deux rĂ©cits qui deviennent de plus en plus difficiles Ă concilier. Dâun cĂŽtĂ©, celui de la mondialisation permanente, avec des Ă©vĂ©nements organisĂ©s sur tous les continents et des dĂ©placements incessants. De lâautre, celui dâun sport supposĂ©ment exemplaire sur le plan Ă©cologique.
Or, Ă mesure que le running devient une industrie mondiale, cette contradiction devient de plus en plus visible.
Son projet apparaĂźt simplement comme une version particuliĂšrement spectaculaire dâun phĂ©nomĂšne dĂ©jĂ omniprĂ©sent dans le trail et la course sur route.
Pendant longtemps, le running bĂ©nĂ©ficiait dâune image naturellement positive. Courir Ă©tait vu comme un sport simple, sain et proche de la nature. Mais avec la professionnalisation des circuits, lâexplosion du marketing sportif et la multiplication des Ă©vĂ©nements internationaux, cette image commence progressivement Ă se fissurer.
Le « Eliud Kipchoge World Tour » pourrait finalement symboliser malgrĂ© lui cette nouvelle rĂ©alitĂ© : celle dâun sport qui parle de plus en plus dâĂ©cologie⊠tout en reposant toujours davantage sur une logique de dĂ©placements mondialisĂ©s.
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