Sept heures et demie après le départ de Basse-Vallée, Jonathan Schindler, Louis Calais et François D’Haene continuent leur course en tête de l’Ultra-Terrestre. Au passage de Mare à Boue, kilomètre 61,5, les écarts se sont encore réduits. Mais la course ne fait, en réalité, que commencer.
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Un départ à six heures, heure locale
L’Ultra-Terrestre 2026 s’est élancée jeudi à six heures, heure réunionnaise. Quatre heures du matin pour les suiveurs métropolitains, qui doivent composer avec le décalage de deux heures avec l’île intense. Au programme : 224 kilomètres et 14 325 mètres de dénivelé positif entre Basse-Vallée, à Saint-Philippe, et le stade de la Redoute, à Saint-Denis.
La traversée intégrale de La Réunion passe par le volcan du Piton de la Fournaise, le sommet du Piton des Neiges à 3 070 mètres d’altitude, les trois cirques de Cilaos, Mafate et Salazie, avant de redescendre sur la côte nord. Les meilleurs sont attendus à l’arrivée vendredi en fin d’après-midi.
La sélection s’est faite dans la rampe volcanique
Le premier tiers de course est désormais joué. Les coureurs ont enchaîné la longue montée du volcan, de Basse-Vallée jusqu’au plateau de la Plaine des Cafres, en passant par les parkings des Camphriers, de Foc Foc et du Nez de Bœuf. Une séquence qui a fait office de juge de paix sur ce premier acte.
Le terrain est révélateur. Cette montée n’est pas un secteur technique : c’est une rampe longue, relativement régulière, où la sélection se fait à la jambe et à l’endurance plus qu’au pied technique. Les coureurs qui émergent à l’avant sont donc d’abord ceux qui ont su monter longtemps sans casser leur tempo.
Au parking de l’Horloge, kilomètre 49, les trois leaders se tenaient déjà en moins de trois minutes. À Mare à Boue, kilomètre 61,5, les écarts se sont encore resserrés :
– Jonathan Schindler – passage à 13h34 (heure locale)
– Louis Calais – passage à 13h34, ex-æquo avec Schindler
– François D’Haene- passage à 13h37, à 3 minutes
Tous trois ont déjà occupé la tête de course à un moment depuis le départ. D’Haene est parti le plus vite, seul sous l’heure aux Camphriers. Schindler a basculé devant à Foc Foc. Calais a pris la tête au Nez de Bœuf, avant que Schindler ne revienne devant à l’Horloge. À Mare à Boue, Calais a recollé pour pointer dans le même temps que le Suisse. Le scénario depuis le départ, c’est trois hommes qui se cherchent, sans qu’aucun n’impose vraiment le sien.
Rien n’est joué : la vraie course commence maintenant
Il faut le rappeler avec netteté : sur un format de plus de trente heures, sept heures et demie représentent à peine un quart de l’effort. Les écarts au sommet du classement, aussi resserrés soient-ils, ne disent encore rien de l’issue. Ils disent seulement que personne, à ce stade, n’a craqué.
C’est précisément maintenant que les stratégies de course vont commencer à se dévoiler. Jusqu’ici, les coureurs ont essentiellement fait connaissance avec le parcours et les conditions du jour. La rampe volcanique a permis de jauger les sensations, de placer un premier tempo, d’identifier qui se sentait bien et qui ne se sentait pas. Mais les choix tactiques structurants — quand attaquer, quand temporiser, comment gérer le sommeil, à quel moment basculer en mode survie — n’ont pas encore eu à être faits.
Plusieurs basculements sont attendus dans les heures qui viennent. Le passage en altitude au Piton des Neiges, en début de soirée pour les leaders, imposera ses propres règles : froid, raréfaction de l’oxygène, terrain technique. La première nuit, qui s’annonce sur les hauts de Mafate, redistribuera les cartes selon la capacité de chacun à courir dans le noir. Et la traversée du cirque jusqu’au Maïdo, samedi matin, sera un autre test, mental celui-là, à un moment où la fatigue accumulée commencera à peser.
Le trio de tête actuel reflète un état de course à un instant donné. Il ne préjuge en rien de l’ordre d’arrivée. Sur les éditions passées d’ultra-trail comparable, on a vu des leaders du premier tiers s’effondrer dans la seconde nuit, et des coureurs partis en gestion remonter dans les dernières heures. L’Ultra-Terrestre, par son format et son terrain, est précisément le genre d’épreuve où la patience peut payer.
Jonathan Schindler, l’inattendu en tête
Le co-leader actuel n’apparaissait dans aucune preview comme un favori. Le Suisse est pourtant un coureur du très long, avec un profil qui sied bien à l’Ultra-Terrestre.
À retenir sur Schindler :
– 33 ans, originaire de Suisse, licencié au Cross Club Nidau
– Ancien judoka international (3e à Dubrovnik en 2016, catégorie 90 kg)
– UTMB Index 791
– 7e de la SwissPeaks 360 en 2023 (366 km en 96h47)
– 3e de l’Endurance Trail au Liechtenstein en 2024 (396 km)
– 2e de l’Ultramediterrània 90K en 2026
Sa course depuis le départ est lisible. Sixième aux Camphriers, premier à Foc Foc, deuxième au Nez de Bœuf, premier à l’Horloge, désormais ex-æquo avec Calais à Mare à Boue : le Suisse a fait sa course dans la longue montée. C’est le profil d’un grimpeur d’endurance, peut-être moins explosif dans les premiers kilomètres roulants, mais capable de tenir longtemps un effort soutenu en montée.
Louis Calais, le spécialiste de la très longue distance
Le Beaujolais court avec le dossard 3 et un UTMB Index de 800. Son palmarès en dit long sur sa capacité à durer.
Ses principales lignes de palmarès :
– Vainqueur de la SwissPeaks 360 en 2023 (366 km), avec le record de l’épreuve en 81h36
– Vainqueur de l’UT4M Xtrem en 2024 (180 km)
– 4e de l’Échappée Belle Intégrale en 2022
– 5e du Cervino Matterhorn Ultra Race en 2023
Membre de la team Run Expert à Villefranche et coureur Kailas Fuga, Calais a longtemps revendiqué une préférence pour les épreuves longues et confidentielles, à l’écart des grands circuits médiatiques. Son engagement sur l’Ultra-Terrestre marque, en ce sens, une inflexion notable. La course, par son terrain et sa longueur, lui correspond. Sa remontée sur Schindler à Mare à Boue, après avoir concédé 26 secondes à l’Horloge, confirme qu’il est dans le rythme.
François D’Haene, calé au contact
Le quadruple vainqueur de l’UTMB porte le dossard 1. Il occupe la troisième place avec 3 minutes de retard sur le duo de tête. C’est un écart négligeable après sept heures et demie de course sur un format qui en durera au moins trente.
À noter sur D’Haene :
– 40 ans, catégorie M1 H, seul vétéran du trio de tête
– UTMB Index 860, le plus élevé du peloton suivi
– Quadruple vainqueur de l’UTMB (2012, 2014, 2017, 2021)
– Triple vainqueur de la Diagonale des Fous
Le Savoyard avait évoqué ses doutes physiques quelques jours avant le départ. Sa course est conforme à la lecture d’un coureur en gestion : démarrage solide, puis tempo régulier qui le maintient au contact. À ce stade, il ne se distancie pas, il ne creuse pas non plus. Reste à voir si ce positionnement relève d’un choix tactique délibéré — rester accroché, frapper plus tard — ou si les doutes annoncés en preview se sont traduits par une marge volontairement maintenue.
Derrière, le trou se creuse avec Sherpa
Le quatrième de la course, Sangé Sherpa, est passé à Mare à Boue en 14h16, soit 42 minutes derrière les leaders. À l’Horloge, le coureur de la team Kailas (UTMB Index 815, catégorie M2 H) accusait 25 minutes de retard. Il en a perdu 17 supplémentaires sur la séquence suivante. La sélection à l’avant se confirme.
Plus loin, deux têtes d’affiche françaises mènent leur course en retrait.
Martin Perrier, deuxième du Tor des Géants 2024, est passé à l’Horloge en huitième position avec :
– Un retard de 57 minutes et 46 secondes sur le leader
– Une vitesse moyenne globale de 7,4 km/h
– Un démarrage à la 48e place aux Camphriers
Sébastien Raichon, rentré cet hiver de la Winter Spine Race et des Barkley Marathons, était treizième à l’Horloge à plus d’une heure cinq de Schindler. Son démarrage en retrait (46e aux Camphriers) correspond à sa philosophie de course sur les formats très longs, où il privilégie l’usure à la vitesse pure.
Le choix stratégique de Perrier et Raichon — partir loin du rythme initial, laisser filer le groupe de tête, miser sur la deuxième partie de course — est un classique de l’ultra-longue distance. Sur un format comme l’Ultra-Terrestre, il a déjà fait ses preuves : un retard d’une heure au premier tiers ne signifie pas grand-chose si les leaders payent leur tempo dans la nuit.
La suite : le Piton des Neiges en ligne de mire
Les principales étapes à venir dans les prochaines heures :
– **Stade d’Hell-Bourg** (KM 83,3) — fin du deuxième acte
– **Sommet du Piton des Neiges** (KM 94,2, 3 070 m d’altitude) — passage estimé en début de soirée pour les leaders
– **Cilaos** (KM 106,7) — base de vie, entrée dans le cirque
C’est sur cette deuxième séquence que le terrain change vraiment. La rampe régulière du volcan laisse place à des descentes raides vers Hell-Bourg, puis à une ascension finale vers le sommet du Piton des Neiges qui culmine en haute altitude. Le profil de l’effort se rapproche de celui des grandes courses alpines, sur un format qui en cumule déjà douze heures.
L’arrivée à la Redoute, à Saint-Denis, est estimée vendredi en fin d’après-midi pour les premiers. Une projection à prendre avec prudence : la vraie course, elle, commence à peine.
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