🎧 49 secondes pour comprendre pourquoi ces nouveaux bâtons pourraient créer un énorme débat dans le trail
Pendant des années, les bâtons de trail et de randonnée ont surtout évolué sur des détails techniques : quelques grammes gagnés, un carbone plus rigide, un système de pliage plus compact ou une poignée plus ergonomique. Mais cette fois, l’idée va beaucoup plus loin. Deux inventeurs français viennent de présenter un modèle de bâtons capable non seulement d’accompagner le mouvement, mais aussi de restituer une partie de l’énergie produite par le marcheur.
Baptisés Pouss’O’Q
Et ce n’est pas un concept futuriste aperçu dans un salon technologique : leur invention vient d’être récompensée au concours Lépine 2026.
Baptisés Pouss’O’Q, ces bâtons ont été imaginés par Pierre Duc, sculpteur bisontin, et Patrick Guillaume, fondeur d’art en Haute-Saône. Leur promesse est simple sur le papier mais potentiellement énorme dans les faits : améliorer l’efficacité du déplacement grâce à un système mécanique qui agit presque comme un mini exosquelette passif intégré au bâton.
Pour le monde du trail et de l’ultra, forcément, le sujet intrigue déjà.
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Des bâtons de trail conçus pour restituer de l’énergie
Le fonctionnement repose sur un principe mécanique présenté comme relativement simple. Lorsque le bâton est planté au sol, une partie de l’énergie exercée lors de l’appui serait restituée pour accompagner le mouvement vers l’avant. Les concepteurs parlent eux-mêmes d’un fonctionnement proche d’un “exosquelette mécanique”.
Selon eux, cette technologie permettrait d’agrandir naturellement la foulée tout en réduisant la dépense énergétique. L’objectif n’est donc pas uniquement le confort, mais aussi une meilleure efficacité du déplacement, notamment sur les longues distances ou dans les terrains accidentés.
Dans le trail, où les bâtons jouent déjà un rôle majeur dans les montées raides et les ultras techniques, l’idée pourrait rapidement susciter de nombreuses réactions. Depuis plusieurs années, les meilleurs traileurs utilisent déjà les bâtons comme un véritable outil de gestion musculaire. Ils permettent de répartir l’effort entre le haut et le bas du corps, de soulager les quadriceps et parfois même de maintenir un rythme plus élevé dans les ascensions.
Avec un système capable de restituer mécaniquement une partie de l’énergie, certains pourraient considérer qu’on franchit une nouvelle étape.
Une invention récompensée au concours Lépine
Les bâtons Pouss’O’Q ont obtenu la médaille de bronze lors du concours Lépine 2026. Mais surtout, ils ont également reçu une distinction attribuée par la Société française de médecine de l’exercice et du sport, un prix décerné par un collège composé de médecins.
Cette reconnaissance apporte une certaine crédibilité au projet, même si aucune étude scientifique indépendante n’a encore été publiée sur les gains réels en performance ou sur l’économie énergétique générée par le système.
Les inventeurs expliquent travailler sur ce concept depuis environ huit ans. Initialement développée presque “en dilettante”, selon leurs propres mots, l’idée a progressivement évolué vers un véritable projet industriel avec dépôt de brevets et lancement commercial prévu dès l’été 2026.
Deux modèles devraient être proposés, avec des versions intégrant notamment un système de pied ressort plus avancé. Les prix pourraient atteindre environ 230 euros, soit un positionnement premium mais finalement cohérent avec le marché du matériel haut de gamme en trail ou en randonnée.
Le trail face à une nouvelle frontière technologique ?
Difficile, en découvrant ce type d’équipement, de ne pas penser immédiatement aux débats qui ont secoué la course à pied ces dernières années autour des chaussures carbone.
À chaque grande évolution technologique, la même question revient : où se situe la frontière entre innovation et assistance ?
Les plaques carbone, les mousses ultra-réactives ou certaines combinaisons en natation ont toutes provoqué les mêmes réactions au départ. Beaucoup dénonçaient une forme d’avantage artificiel avant que ces technologies ne deviennent progressivement la norme du haut niveau.
Dans le cas des bâtons Pouss’O’Q, le débat pourrait être encore plus sensible dans l’univers du trail, un sport qui continue à cultiver une image de simplicité, d’effort brut et de proximité avec la nature.
Car même si ces bâtons ne possèdent ni moteur, ni batterie, ni assistance électronique, leur fonction revendiquée reste bien de restituer de l’énergie au coureur ou au marcheur. Et c’est précisément ce point qui risque de faire réagir.
Une manière de “tricher sans être vu” ?
Le mot est fort, mais certains traileurs risquent forcément de poser la question.
Si un équipement améliore mécaniquement le rendement énergétique, peut-on encore parler d’un simple accessoire ? Ou entre-t-on dans une forme d’assistance discrète à la performance ?
Le sujet devient particulièrement sensible en ultra-trail, où l’économie musculaire est souvent l’une des clés principales de la réussite. Sur des courses de 100 miles ou plus, gagner quelques pourcents d’efficacité dans les montées peut avoir des conséquences énormes après vingt ou trente heures d’effort.
Évidemment, il faut aussi rester prudent avant de parler de triche. Les bâtons classiques apportent déjà une aide considérable. Ils améliorent la stabilité, réduisent certaines charges musculaires et permettent depuis longtemps d’optimiser l’effort en montagne. Le trail a toujours accepté cette assistance biomécanique.
La vraie question sera donc ailleurs : le gain offert par ce nouveau système est-il suffisamment important pour modifier l’équité sportive ?
Pour l’instant, personne n’a réellement la réponse.
Le règlement pourrait finir par évoluer
Aujourd’hui, rien n’interdit ce type de matériel dans les règlements classiques du trail ou de l’ultra-trail. Mais si ces technologies deviennent plus performantes ou se démocratisent, les fédérations et les organisateurs pourraient finir par se pencher sérieusement sur le sujet.
Le sport a déjà connu ce type de débats dans le passé. Certaines innovations ont été limitées, d’autres encadrées, et certaines totalement interdites lorsqu’elles étaient jugées trop avantageuses.
Le trail reste encore relativement permissif sur le matériel comparé à des disciplines comme le cyclisme ou la natation. Mais plus les équipements deviennent techniques, plus la frontière entre innovation acceptable et assistance contestable devient difficile à définir.
Et honnêtement, imaginer dans quelques années des traileurs équipés de bâtons semi-propulsifs dans les grands ultras mondiaux n’a plus vraiment quelque chose de complètement absurde aujourd’hui.
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